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Soldats français inspectant un village burkinabé, novembre 2019

Les terroristes à moto infligent un "week-end infernal" au Burkina Faso

7 min
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Le week-end a été marqué au Burkina Faso par une succession d'attaques terroristes qui ont fait une cinquantaine de morts. Cette région du Sahel s'interroge toujours sur les raisons de cette aveugle campagne meurtière. Aux Etats-Unis, les violences se répondent entre policiers et manifestants.

Soldats français inspectant un village burkinabé, novembre 2019
Soldats français inspectant un village burkinabé, novembre 2019 Crédits : MICHELE CATTANI - AFP

Nous allons bien sûr évoquer dans un instant les tensions raciales, sociales et policières aux Etats-Unis après la mort de George Floyd, mais avant cela une Une de la presse africaine retient notre attention.

C'est la Une du quotidien du Burkina faso Aujourd'hui au Faso, et son grand titre qui décrit le week-end qui vient de se terminer comme "48 heures infernales". Pour que le journal de Ouagadougou emploie une telle formule, sachant que les massacres et attaques terroristes sont depuis des mois tristement récurrentes dans la région du Sahel, c'est que ces 48 heures-là ont été particulièrement "sanglantes"", comme le confirme Wakat Sera : à peine le Burkina Faso se relève-t-il, et sans trop de dégâts humains, de l'épidémie de Covid-19, que ce vieux démon du "terrorisme indiscriminé" se rappelle à son souvenir. Il n'avait pas cessé ces derniers mois, relativise Aujourd'hui au Faso, mais il n'occupait plus la Une comme ce matin.  

Ces trois derniers jours, donc, une cinquantaine de personnes a trouvé la mort dans des attaques de ces groupes armés, qui selon leur mode opératoire désormais bien connu, débarquent de nulle part sur une nuée de motos, fondent sur des villages et tuent, sans descendre de leurs montures, avant de disparaître à nouveau dans la nature. 

Vendredi c'est un convoi de commerçant qui a été pris pour cible, avec 15 civils tués ; le même jour, les "tueurs volatiles", comme les surnomme le quotidien, ont débarqué au beau milieu du petit marché du village de Sollé au nord du pays et y ont abattu 9 personnes ; le lendemain, samedi,  le scénario s'est reproduit au marché aux bestiaux de Kopiembiga, plus au sud-est, avec au moins 25 victimes dans la foule mitraillée au hasard.

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Voilà qui pose à nouveau ces questions de fond : mais qui en veut à ce point au Burkina et à sa population, et pourquoi ? Ces questions lancinantes  parcourrent l'édito d'Aujourd'hui au Faso, comme celui du Pays, l'autre grand titre de la presse à Ouagadougou qui compare ce calvaire vécu par le Bourkina Faso à la torture qui consiste à faire tomber à intervalle régulier une goutte d'eau sur le front d'un prisonnier : c'est la répétition implacable du supplice qui rend fou, qui condamne des milliers d'habitants de l'Est et du nord du pays à vivre "désemparés, la peur au ventre", qui pousse les populations de villages entiers à fuir en abandonnant tout derrière elles pour ne pas être les prochaines cibles de ces "braconnages humains". 

Et il y a de quoi devenir plus fou encore quand on se rappelle que les insaisissables "terroristes" à l'oeuvre ne revendiquent rien, ne s'identifient jamais, ne serait-ce que pour faire passer un message politique ou religieux. Quoi que fassent les armées des pays concernés au Sahel, avec l'appui de la force française Barkhane, pour couper "les tentacules de cette hydre terroriste", nous dit Wakat Sera, ces tentacules repoussent toujours et frappent à nouveau.  

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Alors faut-il voir dans les attaques particulièrement nombreuses et meurtrières de ce week-end des représailles, après justement les opérations anti-terroristes évoquées par Jeune Afrique et qui ont été menées ces derniers jours conjointement par les armées de Côte-d'Ivoire et du Burkina ?

Faut-il plutôt y voir une manière pour les groupes armés d'attiser encore les tensions ethniques, dans un pays, le Burkina Faso, où la communauté Peul, rejettée par le reste des populations rurales, est souvent acusée de collaborer avec les terroristes ? A ce sujet, comme nous le rappelle l'Observateur Paalga, la situation burkinabé est particulièrement tendue ces dernières semaines, depuis ce 12 mai où 12 hommes Peuls, présentés comme des "terroristes présumés", ont trouvé la mort dans une cellule de la gendarmerie de Tamwabougou où ils étaient détenus. 

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Le mystère qui entoure les causes leur décès suscite un profond malaise chez les Peuls, à en croire un élu de la région cité par Jeune Afrique et selon qui "le repli communautaire au Burkina Faso n'est pas un risque, il est déjà là". Difficile d'imaginer un meilleur combustible, pour la folie destructrice des terroristes du Sahel.

Aux Etats-Unis, l'étincelle qui a remis le feu au baril de poudre racial et social c'est la mort de George Floyd, cet afro-américain de 46 ans tué par un policier à Minneapolis.

Depuis ce 25 mai, chaque jour a vu le mouvement de colère contre les violences policières et le racisme américain prendre de l'ampleur à travers tout le pays, avec des manifestations, des affrontements avec la police, des pillages, des couvre-feux instaurés dans les principales villes. Bien entendu la presse américaine se penche en détail et en longueur sur tout celà, mais on note tout de même un glissement à l'oeuvre : plutôt que de se concentrer sur les dérives racistes si récurrentes au sein de la police, c'est sur la violence des manifestants que les grands journaux semblent vouloir mettre l'accent désormais. 

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"La violence déborde" des rues, écrit The New York Times  en tentant de résumer la nuit qui s'achève ; et le quotidien de s'interroger sur le bien-fondé de ces théories qui agitent la presse conservatrice américaine : bien au-delà des raisons raciales à ce mouvement de colère collective, il y aurait derrière les violences de ces dernières nuit une manœuvre de mouvements anarchistes, d'extrême-gauche, ces "antifa" désignés par Donald Trump en personne comme les fauteurs de trouble. La police de New-York a bien évoqué des "groupes préparés de longue date à  un affrontement violent et organisé, avec les forces de l'ordre", mais cet désignation par Trump, pyromane en chef, du mouvement antifasciste comme "organisation terroriste" à l'origine des troubles actuels ne tient pas, c'est de la "folie" selon le spécialiste sécurité de CNN Peter Bergen, qui la juge d'autant plus irresponsable qu'elle fait ressortir la complaisance avec laquelle le président américain traite la violence des groupes suprémacistes blancs d'extrême-droite, qui font beaucoup plus de victimes aux Etats-Unis mais que Trump continue à couver du regard.   

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Ces mêmes groupes, d'ailleurs, sont pointés du doigt par le New York Times parmi les groupuscules à l'oeuvre pour radicaliser le mouvement qui fait suite à la mort de George Floyd.  Des provocateurs dans les cortèges pour attiser plus encore les tensions et les affrontements avec la police ? C'est fort possible, mais toutefois The Washington Post insiste que le fait que la police semble elle-même jouer ce rôle de provocateur en adoptant un comportement de plus en plus violent face aux manifestants. 

Des actes de violence inacceptables et contraires à toutes les règles policières, on en voit des dizaines par jour depuis vendredi, confirme The Verge :  la police, mise en accusation, se défend par plus de violence encore, et comme ces actes sont filmés en continu par les manifestants, il est désormais impossible de faire comme si le problème n'existait pas.  

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En face, "ne sous-estimez pas le pouvoir destructeur du désespoir", nous dit en conclusion Charles M. Blow dans son billet au New York Times : ce qui se passe en ce moment va bien au-delà de la mort de George Floyd, mais "répond à la sauvagerie et au carnage" que sa mort représente, cette impossibilité de l'Etat et de sa police à réellement mettre fin à l'impunité qui protège les policiers racistes et assassins. 

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"Quand l'Institution a échoué à rendre justice aux victimes, quand il n'y a plus rien à perdre, alors le peuple exprime son desespoir sous la forme d'une rage indistincte, sauvage, tourbillonnante". Une violence, écrit enfin Charles M. Blow, qui fait partie de l'histoire américaine et dans laquelle s'inscrivent sans le savoir les afro-américains d'aujourd'hui. Sauf que "les grandes émeutes du passé voyaient des Américains blancs s'en prendre à des populations noires ou autochtones et les massacrer. Les émeutiers d'aujourd'hui, eux, ne s'attaquent pas d'autres communatés, mais ils demandent que justice leur soit rendue".

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