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Electrice à la présidentielle ivoirienne du  31/10/20

Abstention, boycotts et intimidations : questions autour de la participation électorale

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En Algérie, la population a massivement boudé le référendum constitutionnel ; en Côte d'Ivoire le "boycott actif" de la présidentielle par l'opposition fragilisent la réélection d'Allassane Ouattarra pour un troisième mandat, aux Etats-Unis à J-1, les milices pro-Trump font planer un climat de peur.

Electrice à la présidentielle ivoirienne du  31/10/20
Electrice à la présidentielle ivoirienne du 31/10/20 Crédits : Issouf Sanogo - AFP

Dans les élections comme dans les sports, l’important, paraît-il, c’est de participer.

La participation est ce lundi au cœur de toutes les préoccupations médiatiques dans trois pays où des scrutins majeurs s’annoncent ou viennent de se tenir, Algérie, Côte-d’Ivoire et Etats-Unis.

En Algérie d'abord, l'actualité est dominée par le référendum sur la nouvelle constitution algérienne, soumise hier au peuple et censée, d’après El Watan, "octroyer une nouvelle légitimité au pouvoir en place"

L’actuel président, Abdelmadjid Tebboune, avait été (mal) élu en décembre dernier avec une abstention record de plus de 60%. Alors, faire adopter par référendum une nouvelle constitution, pour lui qui a succédé au vieil Abdelaziz Bouteflika chassé du pouvoir par le rue, c’est une manière de montrer qu’il a tiré les conclusions de la contestation populaire (le "hirak"), et que le pays entier change d’ère politique en même temps qu’il change de constitution. 

Sauf que, Tout sur l’Algérie n’en démord pas : Abdelmadjid Tebboune est fort mal placé pour incarner le changement, issu de la même élite politique qui accapare le pouvoir depuis l’indépendance… Et les Algériens, selon cette étonnante litote choisie par TSA, "ne se sont pas massivement rendus aux urnes ce dimanche pour approuver la nouvelle constitution"

Taux de participation final à 23,7% : voilà "un scrutin marqué par bien peu d’engouement populaire" euphémise à son tour le quotidien Liberté-Algérie. Les électeurs ont "boudé" le référendum, les régions kabyles de Tizi Ouzou et Bejaïa ont même activement boycotté la consultation, le vote n’y a quasiment pas été possible tant ses détracteurs ont tout fait pour empêcher l’ouverture des bureaux.

Si elle tranche avec le côté massif et enthousiaste de la mobilisation des Algériens du hirak depuis un an et demi, cette abstention massive n’est pas une surprise, pour El Watan : la campagne référendaire s’est déroulée « sans le public », et sans débats, sur un mode uniquement promotionnel dans les médias, sans meetings pour cause de Covid. Bien pratique pour mettre des bâtons dans les roues de l’opposition. 

caricature de Dilem dans Liberté-Algérie
caricature de Dilem dans Liberté-Algérie Crédits : Ali Dilem

Pour le caricaturiste Dilem et son dessin de presse d’hier dans Liberté-Algérie, le référendum de dimanche c’était avant tout pour le président Tebboune et les siens un moyen d’"enterrer le hirak" … Force est donc de constater qu'avec une abstention à 77% la révolution algérienne n’a pas rendu son dernier souffle.

En Côte-d’Ivoire, c’est l’élection présidentielle de samedi qui a été massivement boycottée.

Dans l’opposition à Allassane Ouattara, il s’agissait là de refuser, d’empêcher même, que le président sortant ne puisse être reconduit pour un troisième mandat, lui qui avait juré, en bon "père de famille" comme le rappelle le site Afrik.com, qu’il s’en tiendrait à deux mandats. Face à cette "parole non tenue", les principaux rivaux du vieux président ont donc appelé leurs partisans au boycott actif, et dans l’intérieur de la Côte-d’Ivoire on a vu depuis samedi des scènes de violences, des destructions de matériel électoral qui ont empêché la tenue du scrutin dans les régions acquises à l’opposition. 

Une du quotidien ivoirien Le Nouveau Réveil
Une du quotidien ivoirien Le Nouveau Réveil Crédits : Le Nouveau Réveil

"Il n’y a pas eu d’élection présidentielle samedi", clame même en Une ce matin le Nouveau Réveil d’Abidjan qui appelle avec l’opposition à "l’ouverture d’une transition civile" du pouvoir, pour acter le fait qu’Allassane Ouattara "n’est plus le président légitime de la Côte-d’Ivoire". 

C’est sans doute aller un peu vite en besogne : aucun taux de participation minimum n’est exigé pour prononcer officiellement la victoire du président sortant donné gagnant, forcément, "avec des scores soviétiques" dixit Le Temps et selon les premiers résultats évoqués par le site d’info Abidjan.net, entre 80 et 90% des voix pour Ouattara contre moins de 2% pour ses principaux adversaires… Conclusion : le plus dur est encore à venir, dans ces prochains jours, pour la Côte d’Ivoire.

Le spectre de la violence politique, c’est aussi une donnée incontournable de la présidentielle aux Etats-Unis.

La menace d’affrontements, d’une guerre civile, même, entre milices d’extrême-droite pro-Trump et groupe antifascistes de gauche, évoquée dans de nombreux articles de la presse américaine, à commencer par le New York Times qui affiche sur la page d’accueil de son édition numérique des photos de bâtiments, de commerces, qui commencent à se barricader en prévision d’émeutes… 

"Les Américains ont peur pour le futur de leur démocratie", écrit Emily Badger dans le Times,  quand dans le Washington Post, Marc Fisher décrit une "nation anxieuse""qui voit arriver le jour de l’élection avec la crainte qu’elle n’entraîne une explosion des tensions et des divisions qui ont rarement atteint de tels paroxysmes aux Etats-Unis. Et il y a des signes qui inquiètent : les ventes d’armes se sont envolées ces derniers jours, tout comme se sont multipliées les conversations autour des mots clés « guerre civile » sur les forums de discussion de la droite pro-Trump.    

Il faut dire, avec David Siders et Anita Kumar de Politico, que cette tension mise sur le scrutin fait partie intégrante de la stratégie du président dans cette dernière ligne droite : ses stratèges électoraux ont scrutés tous les sondages État par État, catégorie d’électeurs par catégorie d’électeurs, et ils en sont convaincus, : pour que Trump l’emporte, la marge de manœuvre est mince, il faut un alignement de plusieurs conditions : un acharnement juridique pour faire interdire au maximum le décompte des votes par correspondance, parmi lesquelles le fait que de nombreux électeurs démocrates, dans les États-clés, "renoncent à aller voter parce qu’ils ont peur de possibles perturbations dans les bureaux de vote" menées par ces soi-disant milices d’autodéfense citoyenne qui ont juré qu’elles viendraient bien, selon leur termes, "surveiller le bon déroulement du vote", arme au poing, dans certains États. 

Dans son reportage auprès de militants démocrates dans le Minnesota, David Weigel du Washington Post le montre bien : l’enjeu principal du camp Biden à la veille du jour-J c’est donc de convaincre les Américains d’aller voter, malgré la peur bien réelle. En clair, l’important, c’est décidément bien de par-ti-ci-per !

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