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Le président turc Erdogan remet un prix journalistique le 30/01/2020 à Ankara

Turquie, Egypte : sale temps pour la liberté de la presse

6 min
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En Turquie comme en Egypte, les pressions économiques contre les médias indépendants sont devenues la norme. L'Egypte s'apprête à en classer certains comme "organisations terroristes". En Bolivie le parti d'Evo Morales reste populaire malgré l'arrestation de nombreux alliés de l'ex-président.

Le président turc Erdogan remet un prix journalistique le 30/01/2020 à Ankara
Le président turc Erdogan remet un prix journalistique le 30/01/2020 à Ankara Crédits : Daily Sabah (capture d'écran)

Restera-t-il bientôt des journaux indépendants en Turquie ? 

La liberté de la presse plus que jamais en question dans la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, avec des craintes qui s'illustrent dans une seule photo trouvée ce week-end sur le site du quotidien anglophone The Daily Sabah, très fier de nous annoncer qu'il a reçu jeudi soir le prix du meilleur média en langue anglaise de Turquie attribué par la très puissante Association des Editeurs de presse d'Anatolie. 

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Ce qui saute aux yeux sur la photo, c'est que c'est le président Erdogan en personne qui remet le prix. C'est lui, nous dit l'article, qui a décerné l'ensemble des trente récompenses remises ce soir-là... et le Daily sabah ne semble pas un instant y voir un quelconque problème d'indépendance journalistique. Je ne sais pas vous, mais il me semble que quand c'est le chef de l'Etat lui-même qui donne les bons points à "ses journalistes", c'est qu'on est déjà très loin dans le contrôle décomplexé de la presse grand public. 

Il y a donc ceux qui méritent les récompenses du pouvoir politique, et puis il y a ceux qui ne seraient pas digne de travailler librement : à en croire l'alerte lancée la semaine dernière par l'International Press Institute, deux médias turcs sont depuis, 4 mois déjà, interdits de publicité de la part des annonceurs publics. Il y a beaucoup d'argent à la clé, il s'agit donc d'une arme économique pour affaiblir ces journaux qui nous sont présentés comme deux des derniers journaux indépendants de Turquie, à savoir BirGün et Evrensel

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Plus précisément, dans les colonnes de ce dernier média, on nous explique qu'Evrensel est sanctionné pour avoir appelé ses lecteurs à la solidarité : on leur demandait d'acheter non pas un mais deux exemplaires de leur quotidien chaque matin, "un pour vous, un à offrir à qui vous voulez", comme une sorte de financement participatif à petite échelle. Ca a été considéré comme une manoeuvre commerciale illicite par l'autorité turque des médias. 

Ce que montre cette histoire, c'est que le pouvoir politique turc utilise l'argent de ces publicités d'Etat pour récompenser ou punir les médias selon leur ligne éditoriale. Et ce n'est pas une coïncidence si BirGün et Evrensel sont deux journaux engagés à gauche et qui se démarquent du reste de la presse turque parce qu'ils n'appartiennent pas à des grands groupes économiques liés au pouvoir. Ils n'hésitent pas à critiquer l'action du président Erdogan et de son parti l'AKP. 

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Il faut se souvenir que déjà à l'automne dernier le grand quotidien Cumhuriyet avait lui aussi été sanctionné, bannis par les annonceurs publics pendant 17 jours, pour avoir osé dénigrer l'intervention turque en territoire kurde styrien. Quand un média déplaît, on lui coupe le robinet des annonceurs publics, comme on le priverait de subventions... "c'est classique de ce qui se passe dans les pays où la presse n'est plus libre", analyse l'ex-éditorialiste du Hurryiet Burak Bekdil dans une tribune pour le think-tank Gatestone Institute. Il y dénonce ce qu'il appelle une "véritophobie", une phobie de la vérité qui s'est installée au sommet de l'Etat turc... et il sait de quoi il parle, lui qui a été licencié par Hurryet en 2016 affirme-t-il pour "avoir écrit ce qui se passait vraiment en Turquie". 

Le pire, écrit enfin Burak Bekdil, c'est que la majorité des citoyens turcs a conscience, qu'elle ne vit plus dans un pays démocratique et juste, mais elle continue à voter pour celui qui est le premier responsable de cet abandon de liberté.  

Tout ça nous amène assez naturellement à faire un parallèle avec la situation de la presse en Egypte. 

Une presse qui va connaître une semaine déterminante, avec l'examen par le parlement égyptien d'un amendement à la loi  anti-terroriste de 2015 qui pourrait s'appliquer bientôt... aux journalistes. Et pas n'importe lesquels, bien sûr, comme nous l'explique le site du grand quotidien Al Ahram : sont précisément visés les médias critiques du pouvoir autoritaire du président Al-Sissi. A l'avenir (si l'amendement est voté et il y a toutes les chances qu'il le soit) des chaînes de télé, radio, sites internet et mêmes comptes sur les réseaux sociaux pourront être considérés comme des "organisations terroristes" et punis comme tels. 

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Les plus inquiets, ce sont les médias liés (ou accusés d'être liés) aux Frères Musulmans, en particulier certaines chaînes de télé diffusées depuis la Turquie ou le Qatar. Si elles sont ajoutées sur la liste des organisations terroristes, nous dit Al Ahram, alors elles seront privées de tous leurs droits, en particulier l'accès à toute forme de subventions publiques. 

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On retrouve bien là l'arme financière pour faire taire la presse d'opposition, et c'est d'ailleurs assez clairement la ligne développée la semaine dernière par le Premier ministre Mostafa Madbouli, cité là encore par Al Ahram : l'Etat égyptien, déclarait-il, "saura se montrer généreux dans son soutien à la presse... tant que celle-ci remplira les objectifs qui lui sont fixés" par le pouvoir politique.

En Bolivie, on ne se débarrasse pas si facilement d'Evo Morales et de son parti le Mas. 

Le "Movimiento al socialismo" et son président avaient été chassés du pouvoir en octobre... sur des soupçons très fort de fraudes aux dernières élections générales qui devaient désigner le prochain président. Evo Morales, depuis, est en exil en Argentine ; le pouvoir à La Paz est tombé entre les mains de la droite conservatrice dure en la personne de Jeanine Añez, et se prépare un nouveau scrutin pour le début du mois de mai. 

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Or, nous dit le quotidien La Razon, n'en déplaise à la présidente de transition (qui a obtenu de la justice bolivienne que Morales ne puisse revenir au pays sans risquer la prison), même si l'ancien président socialiste ne pourra pas se présenter lui-même, son parti  le Mas reste en tête des intentions de vot au premier tour. 

L'opposition face à lui n'arrive pas à s'organiser pour avoir une chance de le battre : les réunions samedi pour faire front commun ont échoué. Il faut dire, avec le journal Pagina Siete, que face à Morales et aux siens, il y apour le moment sept fronts différents, allant de la droite catholique dure, incarnée donc par Jeanine Añez, au centre gauche de Carlos Mesa. C'est lui qui a failli battre Morales en octobre dernier ; il a ensuite refusé de prendre le pouvoir sans légitimité démocratique comme l'a fait Añez, et ajourd'hui il rechigne à s'aligner derrière elle alors qu'elle avait promis de ne pas être candidate à la présidence et a finalement rompu sa promesse la semaine dernière. 

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Face donc à cette popularité toujours forte d'Evo Morales et du Mas, le cap Añez tente de l'affaiblir par voie de justice. Ce week-end, nous apprend La Razon, l'avocate et mandataire légale de l'ex-président, Patricia Hermosa, a été arrêté et envoyée à la prison des femmes d'Obrajes sur des accusations de "sédition, terrorisme et financement du terrorisme". Commentaire d'Evo Morales, cité par El Deber depuis son exil argentin : cette fois c'est clair, "la Bolivie est en train de basculer dans la dictature".

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