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Saudi Aramco en bourse : derrière les chiffres colossaux, les doutes sur l'avenir du tout-pétrole

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L'Arabie Saoudite confirme l'introduction en bourse de sa compagnie pétrolière publique Aramco, société la plus rentable au monde, évoquée depuis 3 ans mais repoussée face aux doutes des investisseurs sur la vulnérabilité du Royaume, la valeur réelle de l'entreprise et l'avenir du pétrole-roi.

Le cours du superlatif est en hausse dans la presse économique internationale.

Du Financial Times au Wall Street Journal on rivalise de "jamais vu", de "hors-norme" et d'"historique" pour qualifier l'officialisation hier de "la plus grosse introduction en bourse d'une entreprise publique", et c'est bien de Saudi Aramco, le géant pétrolier saoudien, dont il est question. Saudi Aramco qui ouvre (à terme) 5% de son capital à des actionnaires privés, "ce n'est vraiment pas une entrée en bourse ordinaire", nous confirment de concert Bloomberg et le Washington Post, car la compagnie n'est rien de moins que "la plus rentable au monde" : 111 milliards de dollars de bénéfice net l'an dernier, c'est plus que Google, Apple et Exxon Mobil réunis. 

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Aramco extrait chaque année 10% du brut mondial, et possède des réserves que seul le Vénézuéla parvient à surpasser.  Voilà pour les mensurations rapidement esquissées du mastodonte. The Financial Times nous explique que le prince héritier Mohamed Bin Salmane (MBS) avait annoncé l'entrée en bourse dès 2016 pour une valeur totale estimée à 2000 milliards de dollars ; il en a fait la pièce centrale et la source de financement incontournable de tous ses grands projets de développement pour l'Arabie Saoudite pour laquelle il veut mettre en scène un avenir radieux et  rutilant à l'horizon 2030. L'entrée en bourse d'Aramco doit donc être la preuve éclatante du succès de ses réformes économiques. 

Sauf que MBS a du plusieurs fois refreiner ses appétits : d'abord parce son image a été (un temps seulement, il faut bien le reconnaître) écornée par l'assassinat sordide du journaliste et dissident Jamal Khashoggi ; ensuite parce que les affrontements à distance avec l'Iran ces derniers mois, notamment les attaques de drone contre des installations d'Aramco, ont sérieusement ébranlé son image de colosse invulvérable ; enfin parce que des doutes persistants sont apparus, chez les analystes financiers, sur la valeur réelle de l'entreprise. 

Les deux billions (deux mille milliards) de dollars dont se prévalait Ryiad il y a trois ans, ne convainquent décidément pas les marchés, nous dit Bloomberg :  Aramco vaudrait moitié moins selon Bank of America, en tous cas pas plus de 1500 milliards selon l'avis général. Quand on parle de milliers de milliards, vous comprendrez bien que ce qu'on met derrière la virgule a de l'importance... Quelle que soit la fourchette, l'offre Aramco semble en tous cas avoir été surévaluée par le Royaume saoudien : les superlatifs sont toujours valables mais ils en en prennent tout de même un coup.

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Le prince héritier a donc du revoir ses ambitions à la baisse et il joue finalement la prudence pour cette entrée en bourse. Le Washington Post nous explique que, plutôt que de mettre 5% du capital en vente d'un coup sur une bourse internationale comme par exemple Wall Street, l'Arabie Saoudite a annoncé dimanche qu'elle va procéder par une première étape, à priori dès le mois de décembre, en ouvrant 2% du capital à des investisseurs nationaux, sur le marché saoudien.  

En clair, ce sont des grandes et riches familles saoudiennes, dont certaines ont vu leurs membres emprisonnés et accusés de corruption lors de la grande purge menée par MBS il y a deux ans, qui sont fortement incitées aujourd'hui à faire réussir cette grande opération boursière, en achetant des actions Aramco. Des facilités de crédit leur sont aussi offertes par la Banque nationale : tout est donc fait pour un succès garanti.  L'introduction sur une place boursière étrangère est pour le moment repoussée à un second temps, pas encore précisé : ça en dit long, selon le Financial Times, sur les réticences saoudiennes à jouer le jeu de la transparence financière et à assumer le cas échéant une responsabilité juridique en cas de litige devant des tribunaux étrangers, autant de conditions obligatoires pour convaincre d'éventuels investisseurs étrangers d'embarquer dans l'aventure.

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Enfin, au-delà de la façade rutilante et des promesses de bénéfices colossaux, il y a des doutes sur l'avenir d'Aramco avec celui, bien sûr, de toute la filière pétrolière. "Aramco, analyse The Economist, veut rester le seul acteur du secteur encore debout quand tous les autres se seront effondrés". Son introduction en bourse s'annonce bien comme la dernière, la plus grosse mais aussi "la plus sauvage" d'un genre bientôt dépassé. 

Pour l'Arabie Saoudite, il serait donc plus que temps de valoriser ce joyau dont l'éclat ne va cesser de pâlir avec la fin du pétrole-roi  Une perspective à relativiser tout de même, avec cet article du New York Times où l'on apprend que le marché mondial du brut sera très bientôt saturé, comme jamais il ne l'a été, par l'augmentation de la production dans des pays qui ne sont pas membres de l'OPEP comme le Canada, le Brésil, la Norvège ou le Guyana. 

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Voilà, nous dit le Times, qui devrait pousser durablement les prix vers le bas : ça ne va pas faciliter les objectifs globaux de lutte contre le réchauffement climatique, et ça explique aussi en partie l'empressement de MBS à tirer un maximum de cash de sa compagnie avant qu'il ne soit trop tard.  Et The Economist de conclure qu'il est là, le message que font passer les Saoudiens avec l'introdution en bourse d'Aramco : oui, l'ère du tout-pétrole est bien sur le déclin,  mais elle vendra (très) chèrement sa peau.

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