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Donald Trump réagit aux tueries de Dayton et El Paso avant d'embarquer dans son avion le 4 août 2019.

Fusillades d'El Paso et de Dayton : Donald Trump accusé d'être un dangereux pyromane

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Le président américain accusé par une partie de la presse de souffler sur les braises du racisme qui aurait motivé la tuerie au Texas.

Donald Trump réagit aux tueries de Dayton et El Paso avant d'embarquer dans son avion le 4 août 2019.
Donald Trump réagit aux tueries de Dayton et El Paso avant d'embarquer dans son avion le 4 août 2019. Crédits : Nicholas Kamm - AFP

Deux fusillades en 24 heures aux Etats-Unis ce week-end : 29 morts et des dizaines de blessés. Et la piste raciste envisagée pour l'attaque la plus meurtrière, à El Paso, à la frontière avec le Mexique. Un manifeste anti-immigrés, attribué au tireur, circule sur les réseaux sociaux.   

Un manifeste comme un écho aux discours incendiaires de Donald Trump titre le New York Times. 

Donald Trump a eu beau affirmer pas plus tard que cette semaine qu’il était “la personne la moins raciste du monde”, le journal américain rappelle ses nombreuses déclarations dont le caractère raciste ne fait guère de doutes. Exemple lors des rassemblements électoraux, avant les élections de mi mandat de l'année dernière. "C'est une invasion" avait déclaré le président américain, évoquant les arrivées de migrants à la frontière avec le Mexique.  

Neuf mois plus tard, poursuit le journal, un homme blanc de 21 ans est accusé d'avoir ouvert le feu dans un magasin populaire d'El Paso, ville où la population est en  majorité hispanique. Le suspect a écrit que ses opinions datent d'avant l'époque Trump... Mais si Trump n'a pas inspiré le tireur, poursuit le New York Times, il a légitimé ces pensées de haine dans le discours dominant.   

Ce "terrorisme maison" est nourri par Washington, dénoncent les candidats démocrates à la présidentielle américaine de 2020. Cités notamment dans le journal britannique, The Financial Time. 

Mais à quel point, questionne Le Temps à Genève, Donald Trump qui parle d'invasion de clandestins, compare les migrants à de dangereux criminels, dépeint les Mexicains comme des violeurs et somme les élus noirs de rentrer chez eux, nourrit-il la folie meurtrière de ces tireurs ? La rhétorique agressive du président y est-elle pour quelque chose ? Si l'inaction des responsables politiques pour limiter la circulation des armes est coupable, la rhétorique violente du président est la véritable plaie. Capable comme un poison de nourrir un terrorisme domestique.  

Et le vers est dans le fruit assure CNN

L'attaque d'El Paso, si l'enquête prouve que c'est l'œuvre d'un nationaliste blanc, serait loin d'être la seule attaque meurtrière d’extrême droite de ces dernières années analyse CNN. Depuis le 11 septembre, des terroristes motivés par une idéologie d'extrême droite, notamment la suprématie blanche, ont tué 107 personnes aux Etats Unis. Dans le même temps, des activistes djihadistes ont tué 104 personnes aux Etats Unis. Et au cours des deux dernières années, des terroristes inspirés par une idéologie d'extrême droite ont perpétré des attaques massives : la violence terroriste dans le pays est à la hausse dans un large éventail d'idéologie et de croyances. 

CNN cite la déclaration de six des plus anciens hauts responsables de la lutte anti-terroriste aux Etats-Unis "il est devenu très clair, depuis plusieurs mois maintenant qu'il faut faire plus pour répondre à des actes de violences menées par des extrémistes de tous bords, y compris les actes de terrorisme intérieur. Nous ne pouvons tout simplement plus attendre", disent ils.

Si un consensus se dégage quant à l'existence d'une menace, insiste le site internet de la BBC à Londres, la question est de savoir comment y remédier. La nature de l'attaque pourrait inciter à repenser la menace nationale que représente les nationalistes blancs militants et les moyens de l'arrêter, y compris des nouvelles mesures de contrôle des armes à feu.  

Comme à chaque drame, le contrôle des armes à feu fait débat

Mais le funeste enchaînement de ce week-end a peu de chances de faire évoluer la législation, même si la campagne électorale pour 2020 est lancée. Plus les candidats démocrates attaquent le président, plus il est probable qu'il creuse, et attise encore plus les flammes dit encore la BBC. A défaut de proposer de mieux encadrer les armes à feu, Donald Trump s’est fendu d’un tweet pour adresser ses prières aux familles des victimes des deux fusillades. “Que Dieu bénisse les habitants d’El Paso au Texas. Que Dieu bénisse les habitants de Dayton dans l’Ohio”.   Et d'attribuer les deux affaires à deux personnes très sérieusement atteintes mentalement .

La couverture médiatique des massacres par armes à feux doit changer, propose The Washington Post. Malheureusement , constate la chroniqueuse médias du journal américain, nous savons comment faire. Lorsque des fusillades se produisent, même deux fois en 24 heures, même lorsque le nombre de morts s'élèvent à une dizaine, nous nous mettons spontanément à l'action... Nous décrivons l'horreur de ce qui s'est passé, nous décrivons le tireur, nous racontons la vie des victimes, nous obtenons la réaction des fonctionnaires. C'est un travail difficile et déchirant. Et puis ça recommence. Encore. Et encore. Rien ne change. 

Comment faire autrement justement ? "Parfois les journalistes ne doivent pas se contenter de rapporter les nouvelles, estime Bill Grueskin, ancien rédacteur en chef du Wall Street Journal... "Mais aussi prendre parti." Exiger que les politiciens de droite comme de gauche présentent un plan spécifique de lutte contre ce développement des tueries de masse dans le pays. Et alors que Donald Trump a une nouvelle fois imputé ces fusillades à des troubles mentaux, ce peut être aussi de porter un regard sceptique sur cet argument, fréquemment utilisé chez les Républicains. 

Le plus important, dit la journaliste, est le suivi assidu, dans les jours, les semaines, et mois qui suivent les attaques. "Nous voulons souvent sauter trop vite à la signification, estime Tom Rosenfield de l'American Presse Institute, à une vérité plus large sur les événements, avant que nous soyons capables de le faire." 

Alors malédiction ou non ? La folie, comme disait Albert Einstein est de toujours se comporter de la même façon... Et d'attendre un résultat différent.

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