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Pour permettre aux personnes en quarantaine de voter, des équipes de votes mobiles se sont rendues à leur domicile. Ici dans le village de Kurilo, près de Sofia.

Bulgarie : "Fatigué d'être le seul responsable", le Premier ministre sortant "propose la paix" à ses opposants entrés au parlement

6 min
À retrouver dans l'émission

Après des mois de manifestations contre la dérive mafieuse du pays, le parti du Premier ministre conservateur Boïko Borissov arrive en tête des législatives, mais il devra composer avec les partis d'opposition. Cinq ans après les Panama Papers, les Etats-Unis, un peu moins le "refuge des escrocs".

Pour permettre aux personnes en quarantaine de voter, des équipes de votes mobiles se sont rendues à leur domicile. Ici dans le village de Kurilo, près de Sofia.
Pour permettre aux personnes en quarantaine de voter, des équipes de votes mobiles se sont rendues à leur domicile. Ici dans le village de Kurilo, près de Sofia. Crédits : Nikolay DOYCHINOV - AFP

Si la principale question était de savoir si ces élections apporteraient un changement, la réponse est oui, nous dit Kapital, un magazine bulgare.    

Le parti Gerb, au pouvoir depuis 2009 est arrivé en tête, sa treizième victoire électorale depuis qu'il existe, mais avec un quart des voix, il n'aura droit qu'entre soixante-six et soixante-dix sièges sur les deux cent quarante du Parlement. Il n'aura donc plus le plein contrôle sur les institutions, et l'opposition aura droit de citer au Parlement, ce qui n'était pas le cas auparavant.   

"Une victoire à la Pyrrhus" titre le quotidien Maritza pour qui la grande surprise de ce scrutin c'est le score obtenu par Slavi Trifonov, un animateur télé et chanteur populaire.    

Selon les résultats provisoires, son parti "Il y a un tel peuple" (nom assez énigmatique mais c'est celui que donne les traductions en ligne, l'AFP ne mentionnant ce parti que sous le vocable "parti populiste"), a reçu le soutien d'un demi millions de bulgares. Surtout des plus jeunes. Avec 17% des voix, ce nouveau parti, qui ne fera pas alliance avec le parti du premier ministre sortant, devient la deuxième force politique du pays.   

" Le changement est inévitable " a commenté son leader Slavi Trifonov qui détiendrait toujours selon le journal Maritza " les clés du pouvoir".   

Ce qu'on a appelé le "Nuit debout Bulgare", et qui avait commencé l'été dernier, sous forme de rassemblements quotidiens exigeant la démission du gouvernement pour sa dérive mafieuse, aura donc trouvé son débouché politique. Voir ici, la revue de presse internationale du 27 juillet.  

Les partis qui ont relayé le ras-le-bol des Bulgares contre la corruption (qui aura duré plus de cent jours), ont su tirer leur épingle du jeu : Bulgarie démocratique, classé à droite, recueille 10% des voix, et à gauche, "Debout ! Mafia dehors", devrait faire son entrée au Parlement avec 5% des voix.   

Preuve que ce mécontentement reste vivace malgré la neige d'avril, dans la nuit, une cinquantaine de manifestants se sont rassemblées dimanche soir devant le siège du parti GERB, en scandant "A bas GERB" et "Borissov - honte, cour et prison"

15 à 50 euros pour un vote   

"La peur a vaincu le mécontentement ", titre le quotidien socialiste DOUMA. La participation n'a été QUE de 48%, mais on s'attendait à pire, avec la pandémie. Le covid aura peut-être eu un effet sur les achats de voix, qui habituellement concernent dans ce pays autour de 16%. DOUMA, nous donne le cours du vote pour ces élections, entre 30 et 100 leva, c'est à dire 15 à 50 euros, ce qui en Bulgarie est une somme... ce pays étant le plus pauvre de l'Union européenne.  

Boïko Borisov, Premier ministre sortant et leader du parti conservateur Gerb vote à Sofia
Boïko Borisov, Premier ministre sortant et leader du parti conservateur Gerb vote à Sofia Crédits : GERB Party Press Office - AFP

Dans son premier commentaire sur les résultats, le Premier ministre sortant a proposé la création d'un gouvernement d'experts, et une fois de plus, ce n'est pas dans les médias que Boïko Borissov s'est exprimé, mais en direct sur Facebook. 

Toute sa campagne, d'ailleurs, il l'a menée ainsi.  Après les manifestations de l'été, cet ancien garde du corps et karateka de 61 ans a refusé tout contact avec les médias, son compte Facebook retransmettant ses visites surprises au volant de son 4x4.   

La nuit dernière, c'est encore avec sa Jeep noire en arrière-plan, sous la neige, que Boïko Borissov a fait cette tirade pleine de déclarations contradictoires, relate le magazine Kapital

D'abord, il dit :  "Je suis heureux que tant de partis soient entrées au Parlement parce que je suis fatigué d'être le seul responsable", puis, "Vous ne ferez pas face à la situation, vous n'avez aucune expertise ", avant de conclure " Mes chers adversaires, je vous offre la paix, laissons les experts, laissons des spécialistes assumer les responsabilités et aider la Bulgarie à sortir de la pandémie ".   

L'idée d'un gouvernement d'experts circule depuis longtemps dans les cercles du pouvoir, nous dit Kapital, mais pour la mettre en œuvre, Boïko Borissov doit trouver des alliés au Parlement, or les partis qui le soutiendraient n'ont pas assez de voix.   

Cinq ans après les Panama Papers  

Il y a cinq ans, toute la presse mondiale ne parlait que d'une chose : les Panama Papers... 

Vous trouverez peu d'articles à ce propos dans les journaux, mais The Miami Herald, l'un des 100 médias partenaires de ces révélations fait ce matin exception, et nous explique comment ce scandale a poussé les États-Unis à ne plus être, je cite le titre de l'article, un "refuge pour les escrocs".    

On pense plus souvent aux Iles Caïmans, ou aux Iles Vierges britanniques, quand on pense paradis fiscal, mais certains Etats des Etats-Unis sont aussi très peu regardant sur l'origine des fonds qui sont enregistrés sur leur sol, et les Panama Papers, en donnant des exemples concrets, notamment d'investissements russes au Wyoming et équatoriens au Nevada, rappelle le Miami Herald, ont obligé les Etats récalcitrants à accepter la fin de l'anonymat des capitaux permettant l'achat de résidence de luxe.  La présidence Obama poussait pour cette transparence avant les Panama Papers, mais certains politiciens s'y opposaient vivement, ce qui devint plus compliqué après les révélations.   

Le Miami Herald évoque d'autres avancées depuis cette publication.   

Le Wyoming exige dorénavant, le nom d'une personne réelle et son téléphone pour pouvoir ouvrir une entreprise sur son sol. Pour dire qu'on partait de loin... Le Nevada permet maintenant aux régulateurs de vérifier ponctuellement et de façon aléatoire la conformité de ses fichiers avec la loi.   Le Delaware en revanche, reste, nous dit le Miami Herald, "le chef de file national des sociétés anonymes", au sens propre du terme, mais cet Etat ne s'est pas opposé à ce que l'identification des propriétaires des sociétés écrans enregistrées aux Etats-Unis aille au-delà de l'immobilier de luxe... 

Un tout petit mieux donc.      

L'autre média qui évoque aujourd'hui cet anniversaire, c'est CNBC, la télé publique canadienne.   

Sur les 900 cas canadiens mis en lumière par les Panama Papers et que le fisc a pu analyser, 35 seulement ont débouché sur des amendes pour fraude fiscale, 21 millions de dollars ont été récupérés, mais pas une seule plainte n'a été déposé par les autorités.   

A lire/ écouter : CETA, snow washing et Panama Papers 

21 millions de dollars, contre 317 au Royaume Unis, 246 millions récupérés en Allemagne, 106 en Equateur... C'est bien faible constate CBC, qui ne mentionne pas les chiffres de la France. Vous ne les trouverez pas dans la presse française ce matin Guillaume, le dernier chiffre que l'on a date de 2019, 120 millions d'euros de taxes et pénalités sont entrés dans les caisses de l'Etat français suite à ces révélations rapportait alors le Ministère de l'économie au journal Le Monde.   

Au niveau mondial, les Panama Papers aurait permis de récupérer un milliard 700 millions de dollars. Quand l'investigation, et la pression médiatique contribuent à renflouer les caisses publiques, cela valait bien de marquer cet anniversaire.   

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le site de l'ICIJ (le consortium qui a permis ces révélations), qui publie aussi son propre bilan des Panama Papers  : "Cinq ans plus tard, les Panama Papers ont toujours un grand impact". 

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