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David Frost et Michel Barnier à Bruxelles en mars 2020

Accord commercial post-Brexit, l'impossible compromis ?

6 min
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Alors que débute à Londres un 8e round de négociations sur l'accord de libre-échange post-Brexit, l'UE fustige la mauvaise volonté du Royaume-Uni qui met la pression sur Bruxelles pour éviter tout compromis en sa défaveur. Au Salvador, le président accusé d'avoir pactisé avec le pire des cartels.

David Frost et Michel Barnier à Bruxelles en mars 2020
David Frost et Michel Barnier à Bruxelles en mars 2020 Crédits : Olivier Hoslet - AFP

Une précision avant de commencer : non, je n'ai pas recyclé une revue de presse d'il y a un an. 

Je préfère préciser parce que ça pourrait vous donner cette impression : nous parlons du Brexit, alors qu'un nouveau round (le huitième) de négociations s'ouvre aujourd'hui à Londres entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne sur l'accord de libre-échange qui doit régir les relations commerciales entre les deux divorcés... et ce qui est en train de se passer sur l'accord commercial c'est un remake quasi-parfait des impossibles négociations sur le traité fondateur du Brexit arraché in extremis l'an passé. 

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Le principal écueil, à croire le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier cité par The Daily Telegraph, ça reste l'absolue mauvaise volonté des Britanniques à négocier quoi que ce soit.  Il le dit avec cet accent si français : il est" _inquiêt et déçu de constater que Londres refuse de s'engager sur trois points"_Le premier ce sont les garanties sur le respect de la libre concurrence (et donc un cadre limitant les subventions publiques à l'économie) ; Michel Barnier critique aussi  le refus des Britannique de négocier vraiment sur les droits de pêches dans leurs eaux territoriales ;  enfin il fustige leur réticence à discuter de la mise en place de mécanismes d'arbitrage des futurs contentieux commerciaux. 

Voilà posés les termes du débat, vu de Bruxelles en tous cas. Mais le soucis, c'est que les Britanniques (leurs journaux en tous cas) ne contredisent pas vraiment ces accusations : ils revendiquent même leur mauvaise volonté à négocier. C'est résumé ce lundi matin dans le titre de Une de The Times qui reprend cette phrase-choc de Boris Johnson : "S'il n'y a pas d'accord de libre-échange avec l'UE [avant la fin de la période de transition qui expire le 31 décembre], ce ne sera pas pour autant un mauvais résultat". Car selon le Premier ministre, cela voudrait dire que les relations commerciales seraient ) l'avenir encadrées à minima par les règles de l'Organisation mondiale du commerce (comme c'est le cas entre l'UE et l'Australie par exemple) : eh bien, même pas peur, "ça n'empêchera pas notre économie de prospérer", va affirmer en substance aujourd'hui le chef du gouvernement britannique. 

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On comprend bien que Boris Johnson et ses négociateurs sont dans une stratégie de défi et d'intimidation vis-à-vis de Bruxelles, une stratégie qui a bien peu varié depuis l'an dernier : BoJo semble toujours persuadé qu'il ne sert à rien de négocier patiemment et constructivement et il mise tout sur des pourparlers sous pression de dernière minute. "C'est au pied du mur qu'on voir le démolisseur de mur", en somme, pourrait résumer le quotidien The I qui constate que le nouveau round de négociations qui s'ouvre cette semaine a été précédé tout le week-end par des "déclarations de plus en plus agressives" contre Bruxelles du négociateur en chef David Frost. Si c'est avec cette "piteuse guerre des mots" qu'il pense intimider Michel Barnier et son équipe, alors tout ça risque de se terminer très mal, pronostique The I qui rappelle que "les Européens n'ont aucune raison de céder aux exigences de Londres tant ils ont besoin d'un accord contraignant pour dissuader les eurosceptiques d'autres Etats membres". 

Mais attention, avertissent de concert The Guardian et le Financial Times ce matin, en matière de mauvaise volonté et de défi lancé à l'Europe, Boris Johnson a encore une arme de destruction massive dans son jeu : il menace de publier mercredi, en plein round de négociations, des amendements à la loi sur le marché intérieur qui remettent clairement en cause l'accord du Brexit ratifié l'an dernier, en particulier sur le point le plus épineux des frontières entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande.  

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D'après le Guardian et le Financial Times, il s'agit bien d'une manière radicale et dangereuse de mettre sous pression les discussions qui vont s'ouvrir aujourd'hui ... presqu'un chantage pour obtenir un accord de libre-échange favorable aux Britanniques avant la date-limite du 15 octobre. Car Londres se montre intraitable, insiste The Daily Express : pas question de prolonger les négociations en novembre, comme l'a déjà évoqué Bruxelles, si au 15 octobre un accord n'est pas trouvé, le Royaume-Uni quittera la table et tant pis pour les Européens.  

Le Daily Telegraph avait beau annoncer vendredi, ultime coup de bluff, que sa bête noire Michel Barnier allait être écartée des pourparlers par les 27 pour permettre des avancées, le Savoyard sera bien là tout à l'heure à Londres, alors comme lui dit ironiquement The Daily Express qui a aussi une dent contre lui : "Tough luck, bon courage, Mister Barnier!"  

Partons à présent pour l'Amérique centrale, El Salvador où l'on s'interroge sur les liens troubles entre le jeune président de la République et les gangs armés mafieux.  

C'est le journal en ligne El Faro qui a jeté le pavé dans la mare ce week-end : il affirme, documents officiels à l'appui, que depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, le président Nayib Bukele mène des négociations secrètes avec les leaders emprisonnés de la MS-13, alias la Mara Salvatrucha qui est le plus important et le plus sanguinaire des cartels salvadoriens. 

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Tout s'est donc passé en prison, par des rencontres régulières entre le directeur négéral de 'administrayion pénitentiaire et les caïds tatoués du gang ; toujours selon El Faro, l'émissaire du gouvernement a négocié une diminution des violences commises par la MS13 (en particulier des homicides et règlements de comptes qui font des milliers de morts par an) en échange de meilleures conditions de détention et de changement dans le code pénal du Salvador au bénéfice des criminels. Le président Bukele aurait au passage négocié le soutien politique des narco-trafiquants dans les régions qu'ils contrôlent et leur appui en vue de sa réélection à venir. 

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Après de telles révélations, Nayib Bukele, 39 ans, se retrouve "au pied du mur", confronté selon le quotidien mexicain El Tiempo à "une crise politique majeure" un an seulement après son arrivée au pouvoir. "Bukele doit rendre des comptes, s'expliquer sur ses liens avec la mafia", renchérit El Pais, dans l'éditorial de son édition latino-americaine. Car "plus que le principe-même de ces négociations, ou la finalité recherchée à savoir la réduction de la criminalité,  c'est la manière totalement opaque dont elles ont été menées qui pose problème", tout comme les avantages politiques occultes que le président pense en retirer. 

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Nayib Bukele a été élu l'an dernier à la surprise générale, avec l'espoir qu'il puisse incarner une nouvelle manière de faire de la poltique. Aujourd'hui on le voit compromis auprès des pires criminels du pays. "S'il ne parvient pas à justifier cette trahison, prévient El Pais, les dégâts pourraient être considérables sur la fragile démocratie centre-américaine".

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