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Janvier 2018 : dans un laboratoire de l'université de Wuerzburg, le directeur du Centre de référence des infections invasives des champignons tient une boîte de Pétri contenant la levure Candida auris

Quand le darwinisme se multiplie par le capitalisme

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans la presse internationale, un nom inquiète les scientifiques du monde entier depuis plusieurs mois maintenant : Candida auris. Une espèce de levure multi-résistantes identifiée pour la première fois en 2009.

Janvier 2018 : dans un laboratoire de l'université de Wuerzburg, le directeur du Centre de référence des infections invasives des champignons tient une boîte de Pétri contenant la levure Candida auris
Janvier 2018 : dans un laboratoire de l'université de Wuerzburg, le directeur du Centre de référence des infections invasives des champignons tient une boîte de Pétri contenant la levure Candida auris Crédits : Nicolas Armer/dpa/picture-alliance/Newscom - Maxppp

Un champignon, une levure, à la une de l’édition électronique du New York Times. Candida auris est un nouvel exemple de ces agents infectieux qui au fil des dernières années, des dernières décennies, ont développé une résistance aux traitements qui sont pourtant censés les détruire. Le journal publie des témoignages de chercheurs, expliquant que l'utilisation généralisée de fongicides, notamment en agriculture, contribue à la recrudescence de champignons résistants aux médicaments destinés aux humains. C’est un phénomène connu depuis longtemps pour les bactéries, qui deviennent de plus en plus pharmaco-résistantes à mesure qu’on use et qu’on abuse des antibiotiques.

Les center for disease control (CDC) aux Etats-Unis attirent l’attention, sur ces bactéries résistantes à la plupart, si ce n’est désormais à tous les antibiotiques. 

Le New York Times, en quelques chiffres, donne une bonne mesure du phénomène, et de l’urgence : on estime qu’aux États-Unis, au début des années 2010, deux millions de personnes chaque année contractaient des infections résistantes et que 23 000 en mouraient. Des études plus récentes de chercheurs de la faculté de médecine de l’Université de Washington font état d’un nombre de morts désormais 7 fois plus élevé.

En ce qui concerne Candida auris, découvert pour la première fois en 2009 au Japon, on n’en est pas à la première alerte, c'est ce que rappelle Forbes : en 2016 déjà les autorités sanitaires britanniques s’étaient inquiétées d’un cas à Londres. Et le Corriere Della Serra, de son côté, explique que de nombreux foyers sont répertoriés, et surveillés, en Inde au Pakistan ou encore en Afrique du Sud. C'est que Candida auris voyage très bien, et est devenu extrêmement résistant. L’histoire de cet homme âgé, admis l'an dernier à l’hôpital Mount Sinaï, à New York, illustre bien le problème. Il est mort 90 jours après son admission en soins intensifs, et, explique au New York Times le président de l’hôpital, le docteur Scott Lorin, ça aura été un temps suffisant pour que Candida auris colonise entièrement sa chambre : les murs, le lit, les portes, les rideaux, les téléphones, l'évier, le tableau blanc, les poteaux, la pompe, le matelas, les barrières de lit, les trous de la cartouche, les stores, le plafond : tout dans la chambre était positif”. L'hôpital a dû détruire une partie du carrelage du plafond et du sol de la chambre pour venir à bout du champignon.

Alors le New York Times décortique le phénomène, et explique que la vente des fongicides et des antibiotiques rapporte énormément d'argent aux industries pharmaceutique et phytosanitaire. C'est un marché de 40 milliards de dollars à l'échelle mondiale, rien que pour les antibiotiques. Ce que nous voyons arriver, ce sont peut-être de nouvelles maladies du capitalisme. Ou plus exactement : un effet du "darwinisme... multiplié par les conséquences du capitalisme globalisé", selon l'expression de Matt Richtel, un des auteurs de l'enquête, très complète, et composée d'une série d'articles. A lire, d'ailleurs ce matin, sur le New York Times : un reportage au Kenya, où des antibiotiques à pas cher inondent le marché, et contribuent à créer des bactéries extrêmement dangereuses pour la population, et notamment pour les plus fragiles.

Dans l'actualité internationale également, la situation - et les différents mouvements - au Maghreb. Mouvements populaires, mouvements militaires. Alors qu’en Libye, les combats se rapprochaient ces derniers jours de Tripoli, les Algériens voient la situation de leur voisin comme l'exemple parfait de ce qui ne doit surtout pas leur arriver : "l'Algérie est sur le qui-vive", titre Jeune Afrique, alors qu'elle a dans le même temps beaucoup à faire à l'intérieur même de ses frontières depuis près de deux mois.

Un journaliste d'El Watan a d'ailleurs été interpellé samedi, alors qu'il couvrait la mobilisation. C'est, que, raconte le journal, les manifestations en Algérie ne sauraient être limités au vendredi. C'était d'ailleurs le message envoyé depuis les marches de la grande poste d'Alger en cette fin de semaine par Tihinane Makaci, militante des droits de l’homme : "les rassemblements pour nos droits, c'est tous les jours". Et le quotidien francophone de poser cette question : y'aurait-t-il une volonté de restreindre peu à peu la liberté de manifester ? Et la liberté de la presse par la même occasion ? La police aurait-elle reçu des instructions, pour empêcher les rassemblements, d'abord dans le temps, puis ensuite géographiquement ? Verrait-on les premiers signes d'un tour de vis ? D'une "tentation autoritaire" ?  "Vendredi dernier, la gendarmerie a dressé des barrages filtrants plus visibles que d'habitude sur le tronçon de l’autoroute de l’Est. Mais ça n'empêchera pas les Algériens, écrit El Watan, de maintenir la pression".  

D'ailleurs, vendredi prochain, annonce d'ores et déjà le journal, les syndicalistes seront en première ligne. Plusieurs unions de l'Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA), la puissante confédération algérienne, estiment qu'il est grand temps que leur chef, Sidi Saïd, qu'ils estiment depuis longtemps complice du système s'en aille. "Pour les syndicalistes «libres», vendredi prochain sera celui de Sidi Saïd".

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