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Un réfugié regarde alors que les pompiers bataillent contre l'incendie d'un centre d'accueil, le One Happy Family, sur l'île grecque de Lesbos, dans la nuit du 7 au 8 mars 2020

Migrants en Grèce, l'Italie qui se barricade et un conte du coronavirus venu de Chine

6 min
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Le président turc et le Premier ministre grec à l'assaut des chancelleries. La crise migratoire reste profonde aux frontières de l'Union européenne tandis que le coronavirus condamne l'Italie à mettre en quarantaine un quart de sa population.

Un réfugié regarde alors que les pompiers bataillent contre l'incendie d'un centre d'accueil, le One Happy Family, sur l'île grecque de Lesbos, dans la nuit du 7 au 8 mars 2020
Un réfugié regarde alors que les pompiers bataillent contre l'incendie d'un centre d'accueil, le One Happy Family, sur l'île grecque de Lesbos, dans la nuit du 7 au 8 mars 2020 Crédits : STRATIS BALASKAS - Maxppp

L'un sera à Berlin, l'autre à Bruxelles. C'est le ballet diplomatico-politique autour de la question des migrants qui occupe la presse grecque ce matin, et ces tensions croissantes, nous dit I Kathimerini, à la frontière gréco turque. L'un, le président turc Erdogan est attendu à Bruxelles, l'autre, Kyriakos Mitsotakis le Premier ministre conservateur grec se rend lui à Berlin ce lundi, à l'occasion du Forum économique gréco-allemand, avant d'aller à Vienne demain. Ces deux pays, se félicite le quotidien, ont apporté leur soutien aux décisions d'Athènes et aux mesures prises pour protéger les frontières de la Grèce, qui sont aussi celles de l'Europe. 

Le journal de centre droit reprend les propos du chancelier autrichien qui vont droit au cœur des autorités grecques : "L'UE doit rester unie et ne pas montrer de faiblesse envers la Turquie". C'est ce qu'a déclaré Sebastian Kurz qui assure Athènes de sa pleine solidarité. En plus de son aide logistique à la frontière, détaille I Kathimerini, l'Autriche a promis un million d'euros d'aide humanitaire pour les réfugiés.  Fermer la frontière était une bonne décision, martèle le quotidien conservateur, et elle doit le rester, dans l'intérêt national. Comme ses confrères I Kathimerini publie d'ailleurs en bonne place les propos sans ambiguïté de Nikos Theodorakis : "En ces temps critiques, écrit le compositeur, ma pensée est du côté de nos enfants qui défendent les frontières de leur patrie et des braves hommes et femmes d'Evros".  Dans un point de vue intitulé "A l'ère des menaces asymétriques", Alexis Papachelas espère lui dans les colonnes de To Vima que les partenaires européens de la Grèce comprendront que le pays ne peut à la fois continuer à battre au rythme du mantra des excédents primaires et rester seul face à des menaces majeures. 

Le poison de l'extrême droite

D'ailleurs, souligne le quotidien, le Premier ministre et la chancelière Merkel parleront à la fois investissements, réformes structurelles et migrations. To Vima qui consacre son long éditorial au "Dark Leader", l'Obscur leader, le président turc Erdogan. Un dirigeant psychopathe, rien de moins selon To Vima, qui a peur pour sa vie et sa fortune et adopte une logique djihadiste en faisant le chantage aux réfugiés. Pour lui, poursuit-il, tout est bon, y compris un affrontement militaire dans la région d'Evros ou dans les îles de la mer Egée. Mais Erdogan perdra veut croire To Vima et sera détruit par sa mégalomanie et les abus qu'elle l'amène à commettre.  

C'est un autre poison que dénonce ce matin Ta Nea. "Poison de droite à Lesbos", titre le quotidien qui revient sur l'incendie d'un centre pour réfugiés dans l'île. Le centre One happy family détruit ce week end. C'est une situation dangereuse à Lesbos, écrit To Vima, alors que l'extrême droite renaît quand les flots de réfugiés ont quasiment cessé. Le journal accuse des extrémistes "importés" de profiter de la lassitude des insulaires vis-à-vis des réfugiés. L'incendie était criminel pour le quotidien qui rappelle que centre était en effet fermé depuis 10 jours en raison du climat très hostile aux ONG. Un centre qui accueillait une école pour 200 enfants, un jardin communal, des terrains de foot et de basket ainsi qu'un abri de jour et un barbier... tout cela réduit  en cendre. C'était l'un des rares lieux d'espoir, écrit le quotidien qui a identifié un groupe d'Allemands, d'Autrichiens et de Français membres de Génération identitaire. 

L'Italie elle, se barricade.   Au lendemain de la mise en quarantaine exceptionnelle de tout le nord du pays, les journaux font assaut de photos de monument désertés. Le Colisée vide, à la Une de la Stampa, ou encore la Fontaine de Trevi où erre juste une jeune fille masque de rigueur sur le visage, les rues de Milan, vides... Et partout ces injonctions à respecter l'interdit sous peine de prison. "Contrôles dans les gares, les aéroports et les routes, ceux qui violent la quarantaine iront en prison", titre ainsi La Stampa. Avant d'exhorter : "Italiens Restez à la maison !" Il Foglio critique certes un décret gouvernemental qui manque de clarté, et de justifications pour convaincre de la nécessité de boucler ainsi un quart de la population du pays. Plusieurs régions, poursuit Il Foglio, expriment des doutes. Mais La Repubblica à l'unisson de la plupart des autres journaux reprend en titre les propos du président du Conseil : "Notre renoncement est pour le bien de tous. Si nous suivons les règles l'Italie se relèvera".

Pour La Stampa, ces règles bouleversent la vie mais nous devons suivre les instructions et surtout faire preuve de responsabilité, ne pas être imprudent, c'est la seule façon de protéger nos libertés. Car si cette stratégie ne fonctionne pas, la zone rouge pourrait s'élargir et les règles devenir encore plus strictes. La Chine a mis le pays à l'arrêt pour geler l'infection, nous pouvons atteindre le même résultat tout en préservant nos libertés, mais un acte de responsabilité est nécessaire. De la part de tout le monde. Restez à la maison!   La Chine semble en effet avoir mis un coup d'arrêt à l'extension de l'épidémie. 

Un conte du coronavirus à Wuhan

Mais la Chine est malade, nous dit Ai Weiwei dans les colonnes du Guardian. L'activiste chinois publie une longue lettre pour dire que la maladie chinoise est bien plus profonde que le coronavirus. Le régime s'appuie, écrit-il, sur l'intimidation et la censure et fait face à une contagion de défiance qu'il tente difficilement de contrôler. Comme une allégorie de la situation politique qui prévaut en Chine, Ai Weiwei décrit ce silence descendu sur la cité de Wuhan, totalement coupée du monde. Il la compare à un grand aquarium où des poissons nagent en silence sans qu'aucune goutte d'eau ne puisse déborder. Un silence s'est abattu sur une cité de 13 millions d'habitants. Et combien d'histoires poignantes ? Nous en ignorerons l'essentiel estime Ai Weiwei. Il en raconte une pourtant, celle de ce jeune homme qui ne trouvait pas de femme et dont les parents âgés se désespéraient. Alors, pour leur faire plaisir, il a  décidé de venir pour le Nouvel an chinois avec une jeune femme qu'il présente comme sa fiancée. Mais le virus frappe et voilà la demoiselle contrainte de partager le quotidien de sa soi-disant belle maman durant de longues semaines. Cette fiancée louée peut-elle rentrer chez elle maintenant? Les parents du jeune homme ont-ils appris la vérité ? Je ne le saurai jamais, écrit Ai Weiwei. Je suis en exil depuis plusieurs années, j'ai envie de savoir ce que pensent et ressentent les habitants de Wuhan, de Chine. Mais je ne le sais pas.

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