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Mobilisation en faveur de la libération d'Ivan Golounov à Moscou

Mobilisation exceptionnelle en Russie pour le journaliste Ivan Golounov

7 min
À retrouver dans l'émission

Trois quotidiens russes publient une Une commune pour soutenir le journaliste d'investigation Ivan Golounov, accusé de trafic de stupéfiants et qui doit sa libération conditionnelle samedi à une mobilisation inédite. A l'Est toujours, crise politique en Moldavie et présidentielle au Kazakhstan.

Mobilisation en faveur de la libération d'Ivan Golounov à Moscou
Mobilisation en faveur de la libération d'Ivan Golounov à Moscou Crédits : ALEXANDER NEMENOV - AFP

Des motifs d'inquiétudes... et des raisons d'espérer, aussi, nous arrivent ce matin de l'Est.

A commence bien sûr par la Russie, où l'évènement médiatique ce matin, c'est cette Une commune pour les trois grands journaux nationaux que sont Kommersant, RBK et Vedomosti. 

"Nous sommes Ivan Golunov", voilà ce qu'on lit sur cette Une, déclinée dans les couleurs de chacun des quotidiens. C'est une marque franchement exceptionnelle de solidarité entre journalistes, pour s'indigner ensemble de l'arrestation donc d'Ivan Golounov.  

Golounov, 36 ans, est un journaliste russe spécialisé dans l'investigation, collaborateur du site d'info indépendant Meduza dont je vous parle régulièrement ici et qui se revendique comme un média d'opposition à Vlaidmir Poutine tout en rajeunissant sérieusement le genre. Pas étonnant d'ailleurs que sa rédaction en chef soit basée à Riga en Lettonie pour garantir sa liberté de ton. 

Mais Ivan Golounov, lui, vit et travaille à Moscou : c'est de là qu'il a fait trembler le vice-maire de la capitale en révélant son luxueux  autant que douteux patrimoine immobilier... c'est aussi de là qu'il a enquêté sur la mafia des pompes funèbres, un commerce très lucratif que se partagent en bonne intelligence officiels et criminels.

Je vous parle de ces deux enquêtes parce qu'elle sont représentatives du travail de Golounov pour Meduza et que le magazine Republic les a republiés ce week-end en hommage à leur auteur. 

Et c'est donc dans le centre de Moscou, qu'Ivan Golounov a été arrêté jeudi par des policiers, qui ont fort opportunément trouvé quelques grammes de stupéfiants dans son sac. Depuis, retrace Republic, le journaliste en est passé par la détention provisoire, les interrogatoires musclés, les pressions pour lui soutirer des aveux, la présentation à un juge qui l'a inculpé pour trafic de drogues et l'a renvoyé vers un procès dans lequel il risque 10 à 20 ans de prison... 

Il a fallu une mobilisation vraiment inédite des défenseurs de la liberté de la presse en Russie pour qu'il soit finalement, samedi soir, libéré et placé en detention à son domicile en attendant son procès. 

Ci-dessu, une vidéo postée par Meduza, où l'on entend les cris de centaines de personnes qui ont manifesté pendant huit heures samedi devant le tribunal où Golounov comparaissait, et d'où il est donc sorti... en liberté surveillé.  Sentiment de révolte, mais de victoire collective aussi, pour cette mobilisation qui a vraiment la sensation, en osant descendre dans la rue, d'avoir fait dérailler le scénario déjà trop bien connu.de l'intimidation et du musellement judiciaire dont ont déjà été victimes tant de journalistes et d'opposants en Russie. 

Mais cette fois il y a donc un sursaut de conscience, d'indignation chez ces journalistes, artistes et intellectuels russes. Cette affaire, qui n'est pas terminée, montre l'émergence autour du journal en ligne Meduza, jusque là confidentiel, d'une vraie communauté d'auteurs et de lecteursr farouchement attachés à leur libertés. Dans leur communiqué commun publié en Une ce matin, Kommersant, Vedomosti et RBK demandent que l'enquête soit totalement transparente et respectueuse des droits de l'accusé.... bref, tout ce qu'elle n'a pas été jusque-là.

Il y a un autre sujet qui agite la presse russe : la situation politique particulièrement confuse en Moldavie. 

La Moldavie c'est un petit pays qui fait en quelques sorte tampon entre la Roumanie membre de l'UE et l'Ukraine puis derrière elle la Russie. Là-bas, on est tout juste trois mois après des élections législatives qui n'avaient vu aucune majorité claire se dessiner, entre les socialistes pro-russes dirigés par le président moldave Igor Dodon, les partisans d'un rapprochement avec l'Europe du mouvement ACUM, et le Parti démocrate dévolu au seul pouvoir de l'oligarque local Vlad Plahotniouk.  

Il s'est donc passé, en Moldavie vendredi, nous dit le journal russe Gazeta quelque chose de franchement unique : l'Ouest, l'Union Européenne, s'est alliée à la Russie (ou en tous cas leurs partis moldaves affiliés se sont alliés) pour former un gouvernement dirigé par l'intransigeante et réputée intègre ancienne ministre Maïa Sandu. 

Un épilogue franchement inattendu, donc, à trois mois de crise politique, et un gouvernement, soutenu également par les Etats-Unis, qui se faisait fort de lutter contre la corruption et "d'empêcher que la Moldavie ne bascule dans la dictature". Dans le journal moldave Ziarul National, on apprend que Maia Sandu prévoit de réunir son gouvernement, pour la première fois, ce lundi à 11 heures... 

Oiu mais voilà : entre temps, dimanche, les grands perdants de cette alliance, le Parti Démocrate et son oligarque en chef Plahotniouk, ont tout fait pour empêcher la formation de cette alliance Ouest-Est contre eux et pour celà, Kommersant nous explique qu'ils ont utilisé leur arme fatale : la Cour Constitutionnelle moldave.

C'est elle, aux mains du Parti démocrate, qui a invalidée ce dimanche la nomination du gouverment Sandu, et qui est même allée jusqu'à démettre de ses fonctions le président socialiste Igor Dodon pour nommer à sa place Pavel Philipp, dont je n'ai pas besoin de vous préciser qu'il est membre du même Parti démocrate.  

On se retrouve donc, à lire l'analyse de Gazeta, avec deux pouvoirs qui revendiquent leur légitimité en Moldavie, mais avec Bruxelles, Moscou et Washington qui soutiennent le premier gouvernment, celui approuvé par le parlement et dirigé par Maïa Sandu. Cette convergence inédite des puissances extérieures permet d'ailleurs au camp soit-disant démocrate de se revendiquer du côté du peuple moldave et de sa souveraineté contre ceux qui voudraient lui imposer un pouvoir de l'extérieur. 

Comment celà va-t'il finir? C'est toute la question sur laquelle tous les journaux achoppent ce matin, qu'ils observent la situation depuis Moscou ou depuis Bucarest, puisque la Roumanie est extrêmement influente chez son petit voisin moldave. Pour tenter d'y comprendre quelque chose, le quotidien roumain Adevarul cite l'ancien président Traian Basescu qui lui est sans hésitation : "ce qui se passe en Moldavie depuis hier est clairement, selon lui, une tentative de coup d'Etat déguisé par Vlad Plahotniouk et son Parti démocrate pour accaparer le pouvoir, seul et contre tous".  

Et puis un mot sur l'élection présidentielle qui se tenait au Kazakhstan.

S'il ne fallait garder qu'un seul mot ce serait "opposition" : quasi-absente parmi les se candidats retenus pour ce scrutin "historique", selon le terme retenu par l'Astana Times, tout simplement parce que c'est la première électio  présidentielle dans ce garnd pays d'Asie centrale où l'autocrate Noursoultan Nazarbaïev n'était pas candidat, et donc pas assuré de l'emporter avec un score compris entre 80 et 98% des voix.

Non, cette fois, Nazarbaïev avait annoncé sa volonté de passer la main, et c'est à cela que servait l'élection : à légitimer le pouvoir de celui qui avait été adoubé par le clan, j'ai nommé Kassym-Jomart Tokaïev, qui à en croire les sondage ssortie des urnes publiés par le journal kazakh Karavan devrait l'emporter avec 70% des voix. 

Aucun suspense donc,  mais ce que l'on retiendra de ce scrutin, c'est que l'opposition, revenons à elle, s'est tout de même exprimé, là encore de manière historique : la journée de vote hier, signale le site spécialisé Fergana News a été émaillé par des manifestations d'une ampleur franchement exceptionnelle, pour critiquer le simulacre de démocratie et appeler à des élections vraiment ouvertes. 

Ce qui marque les esprits, enfin, c'est la réaction des autorités : plus de 500 arrestations selon la radio internationale américaine en Asie centrale Radio Liberty. L'opposition kazakhe existe donc bien, elle se cherche une place dans le Kazakhstan d'après Noursoultan Nazarbaïev nous dit l'autre site d'actu spécialisé sur la région Novastan. Et si cette place n'est pas (encore) dans les urnes, au moins elle existe, sur internet et dans la rue... et c'est déjà le début de quelque chose.

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