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Rohani venait d'inaugurer les nouvelles installations de Natanz

L'incident de Natanz en Iran renforce encore sa position dans les négociations de Vienne

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L'incident survenu hier dans le complexe nucléaire de Natanz en Iran est attribué au Mossad, selon la presse américaine. Avéré ou non, cet évènement renforce encore un peu la position de Téhéran qui négocie son retour dans l'accord sur le nucléaire de 2015.

Rohani venait d'inaugurer les nouvelles installations de Natanz
Rohani venait d'inaugurer les nouvelles installations de Natanz Crédits : Iranian Presidency - AFP

Nous sommes à 250 km au sud de Téhéran, au complexe nucléaire de Natanz, la pièce maîtresse du programme d'enrichissement nucléaire du régime. La veille, samedi, c'est l'effervescence là-bas, relayée par les médias iraniens : c'est la journée nationale du nucléaire dans le pays. Pour l'occasion, Hassan Rohani, sans se rendre sur place à cause de la crise sanitaire, inaugure une nouvelle usine d'assemblage de centrifugeuses, des installations qui permettent à l'Iran d'enrichir de très grandes quantités d'uranium.

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Sur les images, on voit les employés de la centrale, disposés en rang, chanter avec leur blouse blanche de scientifiques sur le dos, au milieu des grands tuyaux. Certains ont des portraits dans les mains, de leurs collègues morts en martyrs, tués selon le régime par les services secrets israéliens... On est dans une mise en scène de la grandeur du programme nucléaire iranien, énième provocation, puisque les installations inaugurées permettent l'enrichissement d'uranium à des niveaux qui dépassent une nouvelle fois le cadre posé par l'accord de 2015. Un accord justement rediscuté à Vienne depuis une semaine, d'intenses négociations pour le retour dans l'accord des Etats-Unis et espérer ainsi que l'Iran respecte à nouveau ses dispositions.

Le dimanche matin, en revanche, le temps des célébrations est révolu. Le porte-parole de l'OIEA, l'organisation iranienne de l'énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, signale qu'un accident s'est produit tôt dans l'usine, dans une partie du réseau électrique de l'installation, ce qui laisse à penser d'abord à une panne de courant. Il n'y a d'ailleurs "aucun blessé ni aucune pollution" à déplorer, disent les autorités. Quelques heures plus tard, un journaliste israélien, dans un tweet laconique, laisse entendre, sans justification aucune, que la panne serait le résultat d'une cyberattaque israélienne.

Et dans l'après-midi, côté iranien, le ton change, lit-on sur le site de la BBC. Sans pointer de responsabilité, le chef de l'OIEA, Ali-Akbar Salehi, ne parle plus d'accident, mais d'un acte de "terrorisme nucléaire". Aucune indication n'est donnée sur l'état des dégâts dans le complexe de Natanz. Il s'agit en tout cas, toujours selon Salehi, d'une action "futile", qui montre "la défaite des opposants au progrès industriel et politique du pays", qui ne remettra pas en question les objectifs d'expansion nucléaire du régime, encore moins les négociations en cours à Vienne. L'Iran, conclut-il, se réserve le droit d'agir contre les auteurs de l'attaque.

Certains regards se portent alors sur Israël, ennemi du régime et féroce opposant à l'accord de 2015. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, rapporte le média israélien Ynet, dans une prise de parole, se garde bien de faire une référence directe aux évènements. Tout juste, se contente t-il d'une phrase assez générale, et finalement assez habituelle, sur la position de l'Etat hébreu : "La lutte contre l'Iran et son armement est une lourde tâche". Néanmoins, dans le contexte, cette déclaration est prise par les médias en Iran comme un aveu, si bien que le journal Hamshahri très conservateur, titre au sujet des propos du Premier ministre israélien : "Première revendication de Netanyahu après le sabotage de Natanz".

Des accusations alimentées hier soir, cette nuit en France, par un article du _New York Times_qui cite deux sources du renseignement israélien. Il ne s'agirait plus d'une simple coupure de courant, mais d'une explosion, qui a totalement détruit le système d'alimentation électrique des centrifugeuses, si bien qu'il faudra, toujours selon ces sources, au moins neuf mois au régime pour réparer les dégâts. Et tout cela serait le résultat d'une opération des services secrets israéliens, du Mossad. Mais il ne faudra rien attendre d'officiel de la part des autorités israéliennes. Par principe, l'Etat hébreu ne confirme jamais et ne nie pas non plus son implication dans ce genre d'actions, rappelle le New York Times.

Avérée ou non, cette opération aura bien entendu des conséquences bien plus importantes que la simple production d'uranium de l'Iran

Quelles conséquences, s'interroge la presse ce matin, sur les relations diplomatiques entre l'Iran et Israël ? Et quelles conséquences pour les négociations autour du programme nucléaire iranien ? Pour le quotidien Israel Hayom, cela fait partie des "soft blows", des actions de faible intensité que s'échangent les deux pays. C'est de même nature que les incidents navals récents : l'Iran qui attaque un navire israélien, sans le couler... Israël qui rend la pareille avec un navire iranien, sans le couler également. Les deux camps, explique le journal, qui nient à chaque fois leur implication, font du combat de basse intensité, afin de préserver un équilibre et de ne pas entrainer une escalade. Cela sous-entend que la réponse iranienne à l'incident de Natanz ne sera pas plus forte que l'attaque en elle-même si elle est avérée. 

Et après tout, ce n'est pas la première fois que ce site en particulier est touché. On peut en prendre la mesure en parcourant un article du Jerusalem Post qui répertorie toutes les attaques qui ont touché les installations ces vingt dernières années. En 2010 par exemple, quand un virus informatique créé semble t-il par Israël et les Etats-Unis a infecté le système des centrifugeuses, touché les moteurs, qui ont fini par exploser. A chaque fois, les dégâts ont retardé le développement du programme nucléaire. Sans pour autant amener à une escalade des représailles.

En revanche, souligne Times of Israel, pour l'Iran, chaque occasion est bonne pour renforcer sa position dans les négociations autour de son programme nucléaire. Le journal cite Amos Yadlin, un ancien dirigeant de l’administration des renseignements au sein de l’armée israélienne, pour qui la campagne de "pression maximale" organisée ces dernières années par Donald Trump quand il était à la Maison-Blanche, n'avait pas ralenti les efforts nucléaires de l'Iran... Bien au contraire. L'Iran, concède t-il, est en position de fixer les conditions des pourparlers à Vienne, à savoir la demande absolue et non négociable d'allégement des sanctions américaines à son encontre...

Un analyste interrogé par le New York Times, poursuit le propos : l'Iran va faire en sorte que la représaille qu'elle promet, ne compromette pas les négociations sur l'accord nucléaire. Le régime doit rester dans une position de force, où les pays signataires acceptent encore de jouer les intermédiaires avec les Etats-Unis. D'ailleurs, au moment où Natanz explosait, "la Maison-Blanche était-elle au courant d'une éventuelle intervention israélienne ?", se demande le journal. Le matin même, Benjamin Netanyahu et Benny Gantz accueillaient en Israël, le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, pour discuter justement de l'accord sur le nucléaire. Voilà encore une faiblesse sur laquelle risque de jouer l'Iran...

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