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Manifestation écologiste au G7 de Parvis Bay, Royaume-Uni, le 13/06/21

Face au G7, la Chine s'affirme en tenante d'un "vrai" multilatéralisme

6 min
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Après un sommet du G7 où Biden a tenté de fédérer une union des démocraties libérales face à la Chine, Pékin riposte en fustigeant un club ringard de pays riches défendant leurs propres intérêts. La jeunesse chinoise refuse l'injonction au travail forcené et revendique son droit à l'épanouissement.

Manifestation écologiste au G7 de Parvis Bay, Royaume-Uni, le 13/06/21
Manifestation écologiste au G7 de Parvis Bay, Royaume-Uni, le 13/06/21 Crédits : Daniel Leal-Olivas - AFP

On a beaucoup parlé de la Chine comme d’un adversaire commun aux grandes démocraties, tout ce week-end au sommet du G7… mais qu’en dit-on, vu de Chine ?

Je ne vous surprendrais pas en vous disant que les médias officiels chinois orchestrent depuis deux jours la riposte contre ces sept grandes puissances réunies entre elles pour (entre autres sujets) critiquer le régime de Pékin et (tenter de) s’unir face à lui. 

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Sur la chaîne CGTN, on s’emporte surtout au sujet de l’ingérence du G7 dans les affaires intérieures de la Chine, à savoir les atteintes aux libertés fondamentales qui sont devenues la norme à Hong Kong, contre le Ouïgours au Xinjiang, ou encore à Taiwan. Tous les reproches faits à la Chine dans ces régions sont "basés sur une présentation erronée de ce qu’il s’y passe", affirme la chaîne, "dans le but de créer artificiellement des tensions et de la confrontation". Un peu léger comme réponse quand on connaît, plutôt bien maintenant, l’ampleur de la répression concentrationnaire imposée aux Ouïghours, la reprise en main autoritaire en cours à Hong Kong et le refus forcené d’accepter l’autodétermination de Taiwan. 

CGTN prend tout de même le temps de relayer les propos d’Emmanuel Macron, pendant le sommet, déclarant que "le G7 n’est pas un club de pays hostiles à la Chine"... mais cette dénégation dans les colonnes du média chinois ressemble plutôt à une façon d'accréditer le contraire, en l'écrivant noir sur blanc. 

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Pour un contre-argumentaire plus structuré, on lira l’article du Global Times où l’on retrouve le cœur de la doctrine diplomatique chinoise, un discours désormais bien rodé qui vise à faire de la Chine le défenseur du droit international quand ceux qui l’ont inventé et s’en gargarisent à l’Ouest en seraient devenus, eux, les fossoyeurs. The Global Times, donc, s’appuyant sur un communiqué de l’ambassade de Chine à Londres, rappelle que le multilatéralisme tel qu’il est pensé dans la charte de l’ONU de 1945 "n’est pas censé servir les intérêts d’un bloc, ou d’une petite clique. Nous, Chinois, lit-on encore, pensons au contraire que tous les pays, grands ou petits, forts ou faibles, pauvres ou riches, doivent être égaux et que les affaires du monde doivent se décider par une concertation de tous les pays… Le temps où un petit groupe d’Etats riches pouvaient décider pour les autres est révolu."

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Voilà une critique de fond du G7 qui a plus de chance de faire écho dans la presse occidentale : on la retrouve d'ailleurs dans celles qu’exprime à son tour le politiste britannique Tom Kibasi dans les pages "Opinion" du Guardian. Il voit dans le sommet de Carbis Bay la démonstration du fait que "notre monde n’a plus de vrai leadership planétaire mais uniquement un G7 qui défend ses propres intérêts, sans réelle autre ambition" alors que les enjeux, eux sont colossaux, entre la lutte contre l’accélération du réchauffement climatique et celle contre la pandémie.

Sur ce dernier point, insiste Tom Kibasi, l’annonce du don d’un milliard de doses de vaccins aux pays les moins développés ne fait pas illusion : tout le monde a bien compris qu’il s’agit d’une charité gratuite qui permet à nos pays riches d’écouler les millions de doses commandées en surplus. Il n’y a là "aucun sacrifice", aucun partage de richesse, ni aucune solution de fond avancée pour contrer les conséquences dévastatrices de la crise. Résultat, conclut l’auteur de cet article du Guardian, nous vivons dans un monde sans leader où la Chine a beau jeu de s’affirmer en champion du multilatéralisme. 

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En somme, résume David Dodwell dans le South China Morning Post, il y a eu le théâtre diplomatique voulu par l’Amérique de Joe Biden, un G7 qui s’affiche uni face à la Chine, mais quoi qu’en dise ce "club autoproclamé des grandes démocraties", face aux défis actuels les Américains, Européens et leurs alliés n’ont à terme "pas d’autre choix de que de collaborer avec la Chine" ; et l’auteur de laisser entendre, avec de nombreux commentateurs chinois, que le G7 est mort, et vive le G20.

Restons en Chine où la jeunesse diplômée montre des signes de rebellion.

C’est un hashtag sur les réseaux sociaux chinois qui a alerté plusieurs médias ces dernières semaines : "tang ping", qui se traduirait ici par "s’allonger", voire "faire le mort", signifie, d’après la BBC qui s’est penchée sur la question, le fait pour toute une génération de jeunes de bonnes familles, bien éduqués et promis à de belles carrières, de refuser cette pression de la réussite professionnelle et du travail forcené qu’on leur impose depuis leur plus petite enfance. 

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Des jeunes adultes qui ont toujours accepté cette "course qui fait d’eux des rats de laboratoires dans des labyrinthes", mais qui d’un coup refusent des postes prestigieux et des salaires à la clé, pour travailler moins, gagner moins mais soigner leurs loisirs, leur famille, ne plus courir…. En somme donc, "s’allonger" et prendre du temps pour eux. 

Il y a là, affirment les journalistes de la BBC, une remise en cause de tout un mode de vie, de toute une échelle de valeurs, basée sur une frustration de voir que malgré tous leurs sacrifices, ils ne pourront sans doute pas réaliser leur rêve d'acheter leur propre logement, vue la hausse délirante des coûts de l'immobilier dans les grandes villes chinoises ; le modèle de réussite incarné par les riches chinois qui leur sont donnés en exemple ne les fait plus rêver. Il y a là aussi, poursuit le South China Morning Post, un constat amer sur les ravages que cause la culture dite "du 996" très en vogue depuis quelques temps dans la Silicon Valley chinoise et qui glorifie le travail six jours par semaine, 12 heures par jour. 

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Ces derniers mois, se sont multipliés les cas de salariés jeunes et prometteurs, qui se sont suicidés sur leur lieu de travail ou sont partis en burn-out. Un "sentiment général de burn-out", en fait, c’est cela qui frappe la jeunesse chinoise à nouveau selon la BBC… sauf que la tentation de tout plaquer pour se recentrer sur soi, sa vie, ce n’est pas du tout bien vu par le régime : les tribunes se multiplient dans la presse officielle pour dénoncer cette inconséquence de la jeunesse dorée qui met en danger la croissance économique chinoise.

Chroniques

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