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Manifestation devant le siège de l'Armée à Khartoum le dimanche 14 avril

Soudanais et Algériens refusent l'injonction militaire à rentrer chez eux

6 min
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A Alger comme à Khartoum les militaires sont tentés par un deuxième temps répressif face aux peuples qui restent mobilisés pour obtenir de vraies Révolutions civiles. Donald Trump menace de transférer massivement des migrants illégaux dans les 'villes-sanctuaires" gérées par des maires démocrates.

Manifestation devant le siège de l'Armée à Khartoum le dimanche 14 avril
Manifestation devant le siège de l'Armée à Khartoum le dimanche 14 avril Crédits : Ahmed MUSTAFA - AFP

Il y a comme un goût d'inachevé dans les Révolutions en cours en Algérie et au Soudan. 

... Un goût de trop peu, qui a tendance à se mêler à celui, plus âcre encore, des gazs lacrymogènes...   

A Khartoum, on est quatre jours après ce putsch de l'état-major militaire qui a chassé du pouvoir le dictateur Omar El-Béchir, et pas question de rentrer sagement à la maison, pour des milliers de Soudanais : on lit dans The Sudan Tribune qu'ils continuent de camper devant les quartiers généraux de l'armée, pour exiger encore et toujours que les militaires confient immédiatemment les commandes du pays à un gouvernement civil. 

Car depuis jeudi c'est un conseil militaire qui s'est arrogé la responsabilité d'organiser la transition, pour deux ans avant des élections libres.  Mais, deux ans, c'est long,  nous dit le correspondant de la BBC au Soudan, et le peuple soudanais, mobilisé depuis 4 mois, ne compte pas attendre les bras croisés en regardant les caciques de l'Armée orcherstrer le retour au calme. 

Depuis vendredi donc, ils ignorent consciencieusement les appels à la dispersion et accentuent encore la pression : à lire sur la BBC la liste des concessions que l'opposition soudanaise a obtenu hier après une première rencontre avec les militaires, on se dit que ça semble fonctionner : l'état-major s'est engagé à ne pas utiliser la force pour mettre fin aux rassemblements ; à laisser les partis leaders de la contestation anti-Béchir choisir le prochain premier ministre ;les militaires ont aussi fait tomber des têtes, hier soir, à commencer par celle du chef des services de renseignements. Le Middle East Eye y voit  un signe fort de renouvellement du pouvoir qui vient s'ajouter, au tableau de chasse des manifestants, au scalp de Aou-ad Ibn Aouf, l'ancien chef d'état-major qui vendredi a été forcé par la rue à quitter la tête du conseil militaire.  

... Et voilà qui fait dire au dessinateur algérien Dilem que les Soudanais mènent la course révolutionnaire par 2 à 1.  

Eh oui parce qu'en Algérie, dans la poubelle dessinée par Dilem pour illustrer de dégagisme ambiant, on ne trouve pour le moment "que" le président Bouteflika. Or dans la poubelle soudanaise il y a le Président Béchir et le chef de l'armée. 

Une manière de dire qu'à Alger, les militaires s'accrochent toujours au pouvoir et semblent bien entrés dans le deuxième temps répressif de la Révolution. 

"Les Algériens maintiennent la mobilisation face à un pouvoir qui s'entête" : c'est l'analyse qui se déploie en Une du site Tout sur l'Algérie.  Ce pouvoir qui, d'après l'éditorialiste Maklouf Mehenni, est "à cours de solution pour répondre à la crise politique se laisse tenter par la manière forte". 

Vendredi dernier, pour la huitième grande journée de mobilisation, des barrages filtrants avaient été installés autour de la capitale pour empêcher l'accès au centre-ville, où ceux qui étaient rassemblés pacifiquement ont subi une répression encore jamais vue en deux mois de mobilisation. 

C'est là que l'on retrouve le goût des lacrymo que j'évoquais tout à l'heure, combiné aux tirs de lanceurs deballes en caoutchouc : "des familles pacifiques ont été bousculées, blessées : une brutalité irresponsable de la police", dont TSA nous livre la justification : des "casseurs" auraient infiltrés la Place Maurice Audin. 

Pour El Watan, la chose est entendue : ce sont des "baltaguia", des provocateurs qui harcèlent la police et s'attaquent aux manifestants. Le quotidien de référence francophone en Algérie sous-entend assez clairement qu'ils sont pilotés en sous-main par le pouvoir qui joue la carte du "pourrissement". 

Alors, côté manifestants, on s'organise pour montrer qu'on ne cédera rien à cette escalade de violence, et ça se passe en dehors de la capitale : le dernier mode d'action en vogue, on le trouve dans les pages du HuffPost Algérie : "les étudiants reviennent à la charge", nous explique-t'on, en organisant des comités d'accueil musclés dans les villes où des ministres sont en déplacement officiel.  

Hier c'est Mohammed Arkab, ministre de l'Energie, qui en a fait les frais, bloqué à l'aéroport de Tebessa par une foule hostile mais non-violente.  Décidément "le gouvernement de Nourreddine Bedoui est indésirable auprès de son peuple", en conclut le journal en ligne de la diaspora Observ'Algérie pour qui "chaque sortie sur le terrain des ministres devient une aventure" périlleuse.  

Quand à moi j'en termine avec El Watan et avec cette autre facette de la répression qui s'installe. C'est tristement classique, quand il veut intimider et humilier, c'est aux femmes, très actives depuis le début de la mobilisation, que le pouvoir s'en prend : parmi les militants interpellés samedi à Alger, quatre militantes ont été mise à l'écart dans un commissariat, contraintes à se déhabiller et à subir une fouille sommaire de leurs parties intimes. 

L'association RAJ, Rassemblement Action et Jeunesse, va déposer plainte contre la police pour qu'elle qualifie de "comportements d'un autre âge [...] dans le seul but de "décourager les algériennes qui revendiquent leur droit de manifester".

Aux Etats-Unis, l'éternelle question reste celle-ci : et si Donald Trump était vraiment sérieux ?  

Question finalement assez générale, mais qui s'applique depuis quelques jours sur une proposition bien particulière :  en fin de semaine dernière, nous rappelle le site Politico, le président a évoqué l'idée de faire transférer des milliers d'immigrés illégaux vers ces villes que leurs maires démocrates ont érigées en "villes-sanctuaires" et où ils ont ordonné à leur police de ne pas appliquer les consignes de contrôle et d'interpellation systématiques des supposés clandestins.  

La logique brandie par Trump, tout à fait dans son style, est explicitée par le très conservateur TownHall.com : "Puisque les Démocrates sont si accueillants avec leurs beaux sentiments, on la ves prendre au mot et leur envoyer ces migrants qu'ils aiment tant".  

Dans un premier temps, l'administration Trump a semblé écarter cette idée. Mais hier, la porte-parole de la Maison Blanche, citée par Politico, a été forcée de s'aligner, déclarant que les services juridiques de la présidence étudient les moyens de rendre applicable la proposition présidentielle. 

Et voilà donc le New York Times et le Washington Post qui s'interrogent ; et si Donald Trump était vraiment sérieux, sur cette histoire de villes-sanctuaires ? Les deux quotidiens tentent de se rassurer, en pointant les oppositions de plus en plus évidentes, à la Maison Blanche, des proches du président qui en particulier sur ces questions migratoires. 

Et puis, finalement, décrypte James Downie dans le Washington Post, ce qui compte, on l'a bien compris avec cette présidence, ce n'est pas "ce qu'on fait" mais "ce qu'on dit que l'on fait" confère l'exemple du mur mexicain. 

Quand à la question de "pourquoi on le dit", deux hypothèses : Pour The Hill, Trump s'en prend aux démocrates et à leurs villes-sanctuaires  pour faire diversion, alors que la version détaillée du rapport d'enquête russe du procureur Mueller doit être rendue publique mercredi. Mais pour The Washington Post, l'accent remis la sécurité interieure permet surtout à Donald Trump de remobiliser son électorat. Et ça semble marcher : son comité de campagne pour 2020 totalise déjà 30 millions de dollars de dons en trois mois. Les dons de petits donateurs en particulier ont bondi depuis que leur Président s'est remis à parler d'immigration.

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