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Carlos Menem en campagne à la Rioja, sa province d'origine, avant son élection en juillet 1989. Candidat pour le parti justicialiste (héritier du péronisme), il appliquera finalement un programme libéral favorable aux élites et aux multinationales.

En Argentine, "tout le monde ne pleure pas Carlos Menem"

6 min
À retrouver dans l'émission

La mort de l'ancien président argentin "n'amène pas l'oubli dans la mémoire ni ne rend le scélérat digne" pour le maire de Rio Tercero, ville endeuillée il y a 25 ans par une explosion qu'aurait commanditée Carlos Menem. En Inde, l'arrestation d'une activiste du climat pour une "boite à outil'.

Carlos Menem en campagne à la Rioja, sa province d'origine, avant son élection en juillet 1989. Candidat pour le parti justicialiste (héritier du péronisme), il appliquera finalement un programme libéral favorable aux élites et aux multinationales.
Carlos Menem en campagne à la Rioja, sa province d'origine, avant son élection en juillet 1989. Candidat pour le parti justicialiste (héritier du péronisme), il appliquera finalement un programme libéral favorable aux élites et aux multinationales. Crédits : JORGE DURAN - AFP

L'ancien président Argentin Carlos Menem s'est éteint dimanche 14 février. Une présidence que le Wall Street journal retrace en deux mots : pizza et champagne.  

"Pizza et champagne, chronique des fêtes ménemistes", c'est au départ le titre d'un livre paru en 1995, alors que Carlos Menem entamait son deuxième mandat de Président.    

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Cette expression, le Wall Street journal la reprend en titre pour rappeler que le président aux larges rouflaquette a lancé l'ère des nouveaux riches dans son pays : Carlos Menem, président argentin qui a inauguré l'ère de la pizza et du champagne, décède à 90 ans.     

Sur le plan culturel, décrit Jorge Lanata, présentateur d'une émission d'investigation, cité par le journal américain, la présidence de Carlos Menem coïncide avec "le pic de consommation de cocaïne en Argentine, l'argent facile, et le succès superficiel pour lequel nous continuons de payer".   

Carlos Menem, c'est l'homme qui a mené une politique économique libérale opposée aux principes du péronisme, dont il était pourtant issu, rappelle le Financial Times. C'est l'homme qui a adhéré avec le plus d'entrain au consensus de Washington, "un paquet de mesures économiques promues par les États-Unis et les prêteurs multilatéraux alliant réductions des dépenses sociales, privatisations d'entreprises publiques et des retraites, et arrimage de la monnaie argentine au dollar" décrit le journal financier américain.    

Au départ, nous dit le Wall Street journal, "l'hyperinflation qui prévalait a été domptée, les Argentins ont accédé au crédit, pu faire des folies lors de voyages à Miami"... mais ces mesures ont jeté les bases de la crise de la dette argentine, qui allait exploser en 2001, à peine deux ans après son départ du pouvoir.   

Carlos Menem ou l'arrivée en Argentine des grandes multinationales  

La presse économique argentine se souvient de la décennie Menem comme celle de l'arrivée des grandes multinationales.   

75 milliards de dollars d'investissement étrangers en 8 ans selon le Cronista, surtout des privatisations. Fiat et Général Motors, Renault, Sony, Repsol, Danone, Walmart, etc. C'est quasi une liste à la Prévert que dresse le journal économique argentin, qui note, et c'est sa seule critique, "que ce régime pizza champagne pour les étrangers a poussé à la faillite des géants argentins du textile, mais aussi de petites entreprises qui bénéficiaient de la fermeture de l'économie".   

Aucune mention en revanche dans cet article, de la corruption qui a émaillé les ventes d'actifs publics argentins aux entreprises étrangères. Un épisode retracé dans le film Mémoire d'un saccage de Fernando Solanas, documentariste argentin mort cet automne du covid et qui n'aurait sans doute pas salué la mémoire de Carlos Menem s'il était encore de ce monde.   

La ville de Rio Tercero non plus ne pleurera pas Carlos Menem, et surtout son maire Marcos Ferrer qui a écrit ce tweet repris par quelques journaux.   

Carlos Menem est mort dans l'impunité la plus absolue. La mort ne justifie pas. Elle n'amène pas l'oubli dans la mémoire ni ne rend le scélérat digne. Seule la justice nous rend libres, sèche nos larmes, rétablit la paix. Marcos Ferrer, maire de Rio Tercero sur Twitter.   

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Rare voix discordante, dans le concert d'éloge qui suit toujours les décès d'homme d'Etat, le maire de cette ville rappelle que le 24 février prochain Carlos Menem devait être jugé pour sa responsabilité dans l'explosion en 1995 d'une usine militaire, dans cette ville de 50 000 habitants située à 700 kilomètres au nord ouest de Buenos Aires.  

7 morts, 300 blessés, une ville littéralement anéantie. Le journal La Voz publie quelques photos d'archives à l'appui de son article : Rio Tercero, ciudad que no llora a Menem.    

Explosion accidentelle, pour  la version officielle. Explosion en fait commanditée par le pouvoir argentin pour dissimuler le fait que cette usine exportait des armes à l'Equateur et la Croatie, un trafic qui aurait posé de graves problèmes diplomatiques.   

Après de multiples démêlées procédurales, Carlos Menem devait comparaitre seul pour sa responsabilité dans cette explosion. Sa mort éteint cette poursuite, comme toutes celles qui ont émaillé son parcours politique, et n'ont jamais pu aboutir du fait de son immunité parlementaire.  Le 3 novembre, en commémorant un quart de siècle depuis l'explosion, le maire, Marcos Ferrer avait annoncé que Carlos Menen serait déclaré "persona no grata" dans la ville pour que jamais aucune rue, aucun parc ne porte le nom de l'ancien président, "responsable pour nous des événements du 3 novembre" . 

Une militante indienne arrêtée pour une boite à outil... 

Direction l'Inde, où l'arrestation d'une militante du climat suscite un émoi rapporté par plusieurs journaux.  

Elle s'appelle Disha Ravi. 22 ans, les photos des articles la montrent souriante prenant un selfie avec son chien, un berger allemand sur son profil Facebook.  

Animatrice de la campagne Fridays For Future, elle a été arrêtée samedi à Bangalore dans le sud de l'Inde, et transférée 2000 kilomètres au nord à New Delhi... "Ses parents ne savent pas où elle est incarcérée précisément, en violation flagrante des normes d'arrestation et de détention fixées par la Cour suprême" s'indignent dans un communiqué et de très nombreux tweets plusieurs personnalités du monde de la culture ou de l'opposition. 

Des étudiants ont organisé une manifestation pacifique le 14 février à Bangalore et remis des jeunes arbres à la police, rapporte l'India Today, quotidien plutôt conservateur. La police indienne justifie son arrestation ainsi : "Disha Ravi a édité la boite à outils de google et à ce titre, elle est considéré comme une conspiratrice majeur".       

Oui, l'objet du litige, c'est une boite à outil, une série de recommandations et de conseils, publiée par Greta Thunberg en soutien aux agriculteurs indiens qui manifestent depuis plus de deux mois contre un projet du gouvernement. "La nouvelle législation assouplit les règles concernant la vente, la tarification et le stockage des produits agricoles qui ont protégé les agriculteurs indiens du libre marché pendant des décennies", précise la BBC.   

Lors de son passage devant un juge à New Delhi, la jeune étudiante indienne reconnaît avoir modifié cette boite à outil, pour y ajouter quelques informations, mais elle se défend de l'avoir rédigée.   

Or la police indienne est persuadée que c'est l'inverse qui s'est passé : que la boite à outil a été rédigé par Disha Ravi puis partagée à Greta Thunberg qui l'a diffusée.    

Impossible de trouver la fameuse boite à outil dans les journaux. Selon la chaine de télévision NDTV, on y trouvait des informations basiques sur la mobilisation des agriculteurs, et des informations pratiques pour rejoindre leur mouvement.   

On peut voir dans cette arrestation de la démesure, entre le forfait commis, et les 5 jours minimum de prison que va subir la jeune militante, mais il faut inscrire cette arrestation dans un contexte plus large.   

Le pouvoir indien ne supporte pas le soutien reçu par les agriculteurs via les réseaux sociaux. Et c'est suite à des tweets publiés par la chanteuse Rihanna, et la nièce de Kamala Harris (la vice-présidente américaine), qu'une enquête a été lancée le 5 février sur ceux et celles qui attisent "mécontentement et malveillance" à l'encontre du gouvernement.   

Quand un tweet écrit aux Etats Unis conduit à une arrestation à Bangalore... ce n'est pas l'effet papillon, mais le gouvernement autoritaire de Narendra Modi de plus en plus fébrile face à la mobilisation des agriculteurs, l'un des plus grand défi auquel il soit confronté depuis son arrivée au pouvoir en 2014, selon la BBC.

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Dette : de la question économique au débat politique. Avec Laurence Scialom et Natacha Valla.
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