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Arrestation d'Alexeï Navalny à l'aéroport, Moscou, 17/01/21

L'arrestation d'Alexeï Navalny, du tragique à l'absurde

5 min
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L'opposant russe A. Navalny, 5 mois après son empoisonnement, est rentré en Russie où il a été immédiatement arrêté. La presse russe raconte l'évènement et la manière dont le pouvoir a tenté de le tourner en ridicule. Au Brésil, première vaccination anti-Covid en forme de camouflet pour Bolsonaro.

Arrestation d'Alexeï Navalny à l'aéroport, Moscou, 17/01/21
Arrestation d'Alexeï Navalny à l'aéroport, Moscou, 17/01/21 Crédits : Kirill Kudryavstev - AFP

Nous sommes ce matin en Russie où une fois de plus, le tragique côtoie l’absurde.

Nous parlons bien là de l’arrestation de l’opposant Alexeï Navalny, à son retour sur le territoire russe ce dimanche cinq mois après qu’il a bien failli mourir d’un empoisonnement dont la presse a démontré qu’il avait été mené par les services secrets russes en lien étroit avec le Kremlin. 

Navalny craignait plus que tout de devenir un dissident russe en exil de plus, impuissant et oublié de sa patrie. Alors, raconte le journal en ligne Meduza, à bord d’un avion rempli pour moitié de journalistes, il a fait le trajet retour dans la gueule du loup en regardant bien en face la fatalité tragique de ce qui l’attendait à l’arrivée.  

Il a eu beau répéter pendant tout le vol, qu’on "ne savait pas ce qui allait se passer à l’arrivée", qu’il "pensait qu’il ne serait pas arrêté"… L’illusion n’a pas tenu longtemps : quand le commandant de bord de l’avion a expliqué qu’il y avait un contretemps à l’aéroport moscovite de Vnukovo, qu’il fallait se dérouter vers un autre aéroport pour atterrir, là le doute n’était plus permis, le piège se refermait. Sur le site d’info RBK, on trouve l’explication, officielle, de ce détournement de l’avion de Navalny : "Une déneigeuse restée bloquée sur une piste d’atterrissage". Personne en Russie n’y a cru, mais c’est là, avec ce genre d’infos officielles fausses, mais qui essayent à peine de donner le change, que l’on bascule dans l’absurde politique russe.

A l’aéroport Vnukovo, rapporte à son tour la Novaya Gazeta, l’absurde a franchi un autre niveau : les partisans de Navalny venus l’accueillir à la descente de l’avion (avant donc qu’on apprenne qu’il avait été rerouté) se sont étonnés d’avoir une bien étrange concurrence : celle d’une cohorte de soi-disants fans de la chanteuse de télé-réalité Olga Buzova, venus eux-aussi accueillir leur idole avec banderoles et bouquets de fleurs… mais que leur apparence physique a vite trahis : ces jeunes hommes nerveux habillés de noir étaient en fait des agents en civils des services de sécurité, venus semer le trouble parmi les pro-Navalny. Là aussi, la supercherie pourrait sembler risible si elle ne côtoyait pas le drame qui se jouait au même-moment sur l’autre aéroport. 

Car au même moment Alexeï Navalny était interpellé, à peine franchie la ligne d’entrée sur le territoire russe. Le récit se poursuit, toujours dans les pages de la Novaya Gazeta : Navalny se présente au guichet de contrôle des passeports et se fait cueillir, impassible, par des agents de l’administration pénitentiaire qui lui signifient qu’il est recherché pour ne pas avoir respecté les obligations d’une peine de prison avec sursis. Ils lui reprochent donc de ne pas s'être fait enregistrer en décembre, alors qu'il était en convalescence en Allemagne, après son empoisonnement. On retombe sur l’aspect surréaliste de toute cette histoire… qui culmine au moment où le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov largement cité par la presse russe ce matin, déclarait aux journalistes qui l’interrogeaient sur l’arrestation : "Hein quoi, Navalny a été arrêté ? Où ça, en Allemagne ? Je ne suis pas au courant". Là encore, tout le monde relaie la citation, mais personne n’est dupe :  le pouvoir russe a réussi à transformer en farce un geste de répression politique majeur.  

Pour la chaîne Nastoyashie Vremia ("Le temps présent"), le politologue Abbas Gallyamov explique que le Kremlin, plus que tout autre chose, a voulu s'épargner l’image de l’opposant-survivant acclamé par la foule de ses partisans à l’aéroport ; il ne craint plus rien, par contre, de l’image de sa propre violence, renvoyée à la place : violence symbolique de l’arrestation implacable, des embrassades, du regard de la femme de Navalny qui voit son mari emmené à nouveau en ignorant quand elle le reverra… Libre. "Cette violence-là, conclut le politologue, c’est l’autoritarisme-même du régime de Vladimir Poutine, mais ça fait longtemps qu’elle ne choque plus l’immense majorité des Russes". 

Au Brésil, la première vaccination contre le Covid-19 a eu lieu dimanche à Sao Paulo.

Et "la première personne vaccinée est une femme, noire et infirmière", plastronne l’Estadao de Sao Paulo. Elle s’appelle Monica, a 54 ans… Et le ministère de la Santé brésilien ne décolère pas contre cette vaccination très médiatisée. Car dans la même journée d’hier, l’autorité sanitaire du Brésil, l’Anvisa, a validé la mise sur le marché de deux vaccins, l’Oxford-Astra-Zeneca et le chinois Sinovac, et quelques heures à peine plus tard, c’est Joao Doria le gouverneur de Sao Paulo et premier rival politique du président d’extrême-droite Jair Bolsonaro, qui a fait procéder à la première injection, alors que Bolsonaro jusque-là avait plutôt freiné l’organisation de la vaccination.

Pour lui, c’est "une défaite politique majeure", lit-on donc aujourd’hui dans les pages d’Istoe. C’est même une humiliation renchérit La Folha, tant Bolsonaro pour une fois, est désavoué par une administration, l’Anvisa. Car jusque-là, accuse l’édition brésilienne d’El Pais, ce sont surtout "les erreurs homériques et l’arrogance absolue du chef de l’Etat sur la scène diplomatique qui ont privé le Brésil de vaccins", lui qui pourtant est le 2e pays au monde en nombre absolu de morts et l’un de ceux où la pandémie continue de proliférer à vitesse grand V. 

À présent, furieux de s’être fait voler la vedette par son ennemi politique juré, Jair Bolsonaro annonce que la campagne officielle de vaccination va commencer mercredi. Mais le mal est fait, estime Katy Watson de la BBC, en "privant les Brésiliens de la seule bonne nouvelle qui pouvait leur remonter le moral en ces temps si durs" (à savoir la première vaccination), le chef de l’Etat a encore donné raison à ceux, de plus en plus nombreux, qui le jugent principal responsable des 200 000 morts, et de la désastreuse gestion de l’épidémie au Brésil.

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