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Le dîner d'arrivée du président brésilien qualifié de "sainte communion de la droite"

Trump-Bolsonaro : la rencontre de deux mondes que rien n'oppose

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Dans les journaux, au Brésil comme aux Etats-Unis, on commente l'arrivée du président Jair Bolsonaro hier à Washington. Et à les lire, ce n'est pas seulement la rencontre des deux hommes forts du continent américain, mais c'est la rencontre de deux mondes que rien n'oppose.

Le dîner d'arrivée du président brésilien qualifié de "sainte communion de la droite"
Le dîner d'arrivée du président brésilien qualifié de "sainte communion de la droite" Crédits : Sergio LIMA - AFP

Jair Bolsonaro et Donald Trump ne se sont pas encore vus. Leur rencontre officielle est prévue mardi, avec à la clé ce qui est annoncé comme un partenariat fort et de belles signatures de contrats. "Le sommet d'extrême droite de Trump et Bolsonaro" titre sans détour le Washington Post, au sujet de la visite de 3 jours du président brésilien aux Etats-Unis.

Il s'agit là, effectivement, du rendez-vous des deux grands leaders nationalistes des deux plus grandes démocraties de la région, explique le quotidien américain. Deux hommes aux parcours et aux idées souvent proches. Des "disrupteurs radicaux" dont le destin est de se rejoindre, de s'entendre. L'entente de deux hommes, l'entente de deux mondes surtout, qui ont convergé hier lors d'un dîner d'honneur organisé par l'Ambassadeur du Brésil à Washington. C'est cet épisode qu'on retrouve dans la presse brésilienne ce matin. Dîner d'arrivée pour Jair Bolsonaro. Un moment qualifié de "sainte communion de la droite" par le quotidien Folha de Sao Paulo

Et pour comprendre, il suffit de jeter un œil à la liste des invités. A table, à droite du président, plusieurs de ses ministres, Justice, Economie, Agriculture. Mais aussi son fils, le député, Eduardo Bolsonaro. Et le philosophe Olavo de Carvalho, le "gourou du Bolsonarisme", selon le journal. A sa gauche et en face de lui, des penseurs, des universitaires, des hommes d'affaire conservateurs américains. Donald Trump n'est pas là. Mais, il fallait s'y attendre, l'ancien "gourou" du président américain et grand inspirateur des populismes dans le monde entier, Steve Bannon en personne, est là, ravi de rencontrer le président du Brésil qui selon lui a "bien réussi sa soirée d'arrivée".  

Une centaine de personnes a manifesté à Washington pour dénoncer l'arrivée de Jair Bolsonaro.
Une centaine de personnes a manifesté à Washington pour dénoncer l'arrivée de Jair Bolsonaro. Crédits : Eric BARADAT - AFP

Dans son discours, Jair Bolsonaro n'a pas eu besoin d'adapter son propos à l'auditoire, rapporte le journal O Globo. Extraits choisis : "le vieux communisme n'a plus sa place dans notre monde". Ou encore : "la démocratie et la liberté sont les dénominateurs communs de nos 2 nations". 

Le Washington Post rappelle tout de même qu'au delà des ressemblances idéologiques de leurs leaders, les deux pays ont également pour point commun d'être balayées par les même questionnements : les oppositions aux deux hommes à gauche comme à droite, les enquêtes et les révélations gênantes autour de leurs fréquentations. Ou sur différents sujets de société chauds, comme la circulation des armes par exemple. Mercredi dernier, une fusillade dans une école de Sao Paulo a fait 7 morts. Le débat sur la libre circulation des armes à feu est relancé au Brésil. 

Et ce même débat touche également la Nouvelle Zélande suite à l'attaque terroriste dans deux mosquées du pays.

Les journaux du monde entier reviennent ce matin sur cet événement tragique qui a fait 50 morts. A lire par exemple sur le site de la BBC, les récits d'héroïsme de ceux qui ont tenté de s'en prendre à l'assaillant Brenton Tarrant. Comme Abdul Aziz, 48 ans, originaire d'Afghanistan qui s'est lancé à la poursuite du tueur, armé d'un terminal de paiement par carte de crédit, qui a récupéré une des armes laissées à terre et qui selon les témoignages à faire fuir le terroriste. Le chargeur de l'arme en question était vide. 

Ou encore Naeem Rashid, raconte Al Jazeera. Il avait 49 ans, d'origine pakistanaise, il a tenté de se jeter sur le tueur mais celui-ci l'a abattu. Le Premier Ministre du Pakistan, Imran Khan, a décidé qu'un hommage national lui serait rendu. D'autres journaux racontent le recueillement et les cérémonies organisées hier à Christchurch. Les témoignages de soutien entre communautés. Les nombreux hakas qui ont résonné sur les lieux du drame en hommage aux victimes. 

C'était aussi un moment fort pour la première ministre. Elle a eu "les bons mots, les bons gestes" pour le Süddeutsche Zeitung. "La communauté musulmane, peut-on lire, a reçu l'expression de respect la plus claire". Jacinda Ardern est allée à la rencontre des familles des victimes, leur a parlé, les a pris dans ses bras, a pleuré avec eux, avec un hijab sur la tête. Les photos de ce moment fort, nous dit El País, témoignent de l'empathie de la cheffe du gouvernement néo-zélandais, au moment où le pays "perd son innocence". De quoi renforcer également la "jacindamania", la côte de popularité déjà très haute de la dirigeante. 

Elle a eu "les bons mots, les bons gestes" pour le Süddeutsche Zeitung.
Elle a eu "les bons mots, les bons gestes" pour le Süddeutsche Zeitung. Crédits : Marty MELVILLE - AFP

Mais donc ce matin, il est beaucoup question du contrôle des armes, et du moment charnière que constitue cette tragédie pour renforcer la législation sur la circulation des armes militaires, des fusils d'assaut comme ceux utilisés par le tireur. Moment charnière, comme le précise CNN, car c'est lors d’événements de ce type que l'opinion publique est favorable à un durcissement.

Brenton Tarrant possédait un permis de "catégorie A" qui l'autorisait à acheter des armes semi automatiques, à les détenir. Lui même faisait partie d'un club de tir, le Bruce Rifle Club, institution qui d'ailleurs accuse le coup, raconte le New Zealand Herald :  le terroriste avait l'habitude d'y aller s’entraîner au fusil mitrailleur, le club a donc décidé hier de fermer les stands prévus à cet effet. Son patron laisse entendre qu'ils resteront fermés à tout jamais.

Le journal en ligne Stuff pose d'ailleurs une question majeure quand ce type de débat est ouvert partout dans le monde : pourquoi des civils ont besoin d'armes militaires ?  En Nouvelle Zélande, la législation est particulièrement laxiste au sujet des armes. Quasiment aucun contrôle, il n'existe même pas de registre national permettant de les répertorier. A plusieurs reprises, en 2005, 2012 et 2017, l’Exécutif a tenté de légiférer, sans succès. Ça n'a jamais vraiment été une priorité, le taux de criminalité est faible dans le pays, tout comme le nombre de morts causées par arme à feu.  

Dans le New Zealand Herald, le patron de la police nationale soulève tout de même l'incohérence suivante : "Brenton Tarrant, d'origine australienne, n'aurait jamais pu mettre la main sur ces armes s'il avait tenté de le faire dans son pays, l'Australie..." En Australie, c'est en 1996 que la loi a été renforcée. Les 28 et 29 avril, 35 personnes perdaient la vie dans la Tuerie de Port Arthur en Tasmanie. Un événement qui a poussé au durcissement des règles autour de la circulation des armes. La presse du monde entier s'accorde à dire ce matin que pour la Nouvelle Zélande le moment est également venu. "Notre législation sur les armes va changer", a dit ce weekend la Première Ministre. Un projet de loi devrait être rendu public dans les 10 jours.

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