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400 ans après l'arrivée aux Etats-Unis des premiers Africains réduits en esclavage, en 1619,  le pays débat sur la réparation financière à offrir à 40 millions de descendants d'esclaves.

Quelles réparations pour les descendants d'esclaves ?

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Le Los Angeles Times nous amène au 6, rue Chalmers, dans le centre historique de Charleston, en Caroline du Sud. Un bâtiment caché dans une ruelle : des maisons alignées, des fleurs roses, des palmiers. Ici au milieu du XIXe siècle, se trouvait une galerie aux enchères.

400 ans après l'arrivée aux Etats-Unis des premiers Africains réduits en esclavage, en 1619,  le pays débat sur la réparation financière à offrir à 40 millions de descendants d'esclaves.
400 ans après l'arrivée aux Etats-Unis des premiers Africains réduits en esclavage, en 1619, le pays débat sur la réparation financière à offrir à 40 millions de descendants d'esclaves. Crédits : MEDIA DRUM WORLD/MAXPPP - Maxppp

La marchandise  ? Des hommes, des femmes et des enfants africains. Les meilleurs pouvaient rapporter jusqu'à 1600 dollars à l'époque, 49 000 dollars d'aujourd'hui. Le lieu est devenu un musée. 

400 ans après l'arrivée aux Etats-Unis des premiers Africains réduits en esclavage, en 1619,  le pays débat sur la réparation financière à offrir à 40 millions de descendants d'esclaves. 

De nombreux Afro-Américains, nous dit le Los Angeles Times, sont en faveur de réparations. Mais ils disent tout autant qu'ils veulent que le pays comprennent la douloureuse histoire avec laquelle ils vivent chaque jour. Les épreuves et les humiliations ne se sont pas arrêtées avec l'abolition de l'esclavage en 1865. Violence raciste, pauvreté, inégalité. Dans la région de Charleston, 40 % des enfants noirs vivent sous le seuil de pauvreté. 

"Beaucoup de choses restent les mêmes." dit une afro américaine de 58 ans, arrêtée devant le musée. Ce dont mes parents ont été témoins, c'est ce dont nous sommes témoins en ce moment : une vie noire n'a pas d'importance."

"Nous sommes des personnes abîmées confirme à quelques kilomètres de là, Fred Lincoln, 74 ans. Aucun chèque du gouvernement ne peut véritablement rendre compte de siècles d'injustice. Mes ancêtres ont été privés de tout : leur histoire, leur identité, leur culture. Me donner de l'argent est une insulte à leur souffrance. "

Un chèque que refuse aussi Deas Moore, 70 ans. Sa famille a travaillé dans les rizières environnantes. "Je ne veux pas d'argent, dit-elle. Ce que je veux c'est que le gouvernement éduque nos enfants pour qu'ils puissent devenir des ingénieurs et des constructeurs, comme leurs ancêtres". Et que les Américains regardent en face les torts de l'esclavage. 

Dans la presse l'appel d'une ancienne enfant esclave

Nazira Zuptarova. Une jeune femme de 33 ans, à la voix douce. Les yeux brillants. Le sourire. Elle affiche peu de traces de son expérience d'enfant esclave dans les champs de coton d'Ouzbekistan. Son histoire racontée sur le site internet de la chaîne australienne SBS. 

A 6 ans Nazira cueillait le coton, sous un soleil de plomb, avec des milliers d'autres enfants. Un système de travail forcé, non rémunéré, contrôlé par l'Etat. "Nous commencions à travailler tôt le matin, pour toute la journée. Je me souviens juste d'avoir très chaud, d'être très fatigué et de devoir m'occuper de mon petit frère."

Nazira avait franchi la frontière avec l'Ouzbékistan en 1992, pour fuir le Tadjikistan en guerre. 

Aujourd'hui elle travaille dans l'administration à Sydney et espère passer une maîtrise en droit pour s'attaquer au problème de l'esclavage moderne :  "ça me rend triste et en colère que quelqu'un d'autre puisse simplement vous priver de vos droits, vous priver de la vie, faire ce qu'il veut avec vous. "

Aujourd'hui, selon le Global Slavery Index, 40,3 millions de personnes sont asservies dans le monde, dont beaucoup en Afrique, en Asie et dans les îles du Pacifique. 

Mais cela se passe aussi en Australie.  Servitude sexuelle, mariage imposé, travail forcé. 15000 personnes concernées dans le pays estime The Freedom Hub, une association qui vient en aide aux victimes. Et qui se bat aussi pour la prise de conscience au sein des entreprises. L'esclavage moderne se niche dans les chaînes d'approvisionnement des produits, des services, et nous ne le voyons pas nécessairement.

L'esclavage des enfants dans les champs de coton d'Ouzbekistan a lui diminué ces dernières années, mais des centaines de détaillants continuent de boycotter le coton d'Ouzbekistan pour son recours au travail forcé des adultes. 

le XIXe siècle qui n'est pas si loin dans l'Arctique

Au Groenland où Donald Trump persiste et signe : acheter la plus grande île du monde serait vraiment "sympa" pour les Etats-Unis. Le président américain confirme son intérêt d'acheter ce territoire au Danemark : une “grosse transaction immobilière”.

Mais le Groenland n'est pas à vendre titre en une au Danemark le Jyllands-Posten, alors que la première ministre du pays est en visite sur l'ile. "C'est une discussion absurde, dit Mette Frederiksen. La loi sur l'autonomie gouvernementale de 2009 stipule que les Groenlandais sont autonomes. Le Danemark ne peut de toute façon pas vendre le Groenland...même si sa valeur est à la hausse."

Si l'île, qui est pourtant recouverte d'une calotte glaciaire de 3 kilomètres d'épaisseur, attire la convoitise de Trump, c'est en raison du réchauffement climatique analyse El Mundo en Espagne. La glace fond à une vitesse impossible à imaginer, ouvrant un nouveau continent à l'activité humaine. Le résultat est une lutte entre les grandes puissances pour le contrôle d'un nouveau monde, comme on ne l'avait jamais vu depuis que les pays européens ont divisé l'Afrique, entre 1880 et la Première Guerre Mondiale. Ainsi poursuit le quotidien espagnol, face à une réalité du XIXe siècle, Trump a lancé une initiative du XIXe siècle : l'achat du territoire d'un autre pays. Après tout, c'est comme cela que les Etats-Unis ont mis un pied en Arctique : en 1867 ils ont acquis l'Alaska à la Russie pour 100 millions de dollars. 

Le monde a beaucoup changé depuis, poursuit El Mundo, et personne ne semble avoir pris au sérieux l'idée du président. Pourtant, l'idée d'acheter le Groenland n'est qu'un symptôme. Les Etats-Unis, la Russie, le Canada, la Finlande, la Suède, la Norvège et l'Islande déclenchent une guerre froide dans un continent Arctique paradoxalement de moins en moins froid. L’île de glace, entre l'Europe et l'Amérique, riche en ressource naturelle, zone clé pour le transport maritime.
 

Mais le Groenland ne fond pas devant les dollars de Trump. C'est non, disent les habitants comme Else, citée par le  journal danois Berlinske.  "Vous ne pouvez simplement pas acheter une île ou un peuple. Cela ressemble à quelque chose de l'ère de l'esclavage et du pouvoir colonial. "

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