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Jan Hamacek et Andrej Babis annoncent l'expulsion des diplomates russes

Une affaire de barbouzes au cœur d'une crise diplomatique entre la République tchèque et la Russie

5 min
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La République tchèque accuse la Russie d'être derrière l'explosion d'une usine d'armes dans l'est du pays en 2014. L'affaire avait été qualifiée d'accident à l'époque, mais des éléments irréfutables issues de l'enquête des autorités tchèques viennent d'être révélés.

Jan Hamacek et Andrej Babis annoncent l'expulsion des diplomates russes
Jan Hamacek et Andrej Babis annoncent l'expulsion des diplomates russes Crédits : Michal Cizek - AFP

Ce week-end, le Premier ministre tchèque Andrej Babis, et son ministre de l'Intérieur Jan Hamacek, convoquent les journalistes pour annoncer une avancée majeure dans l'enquête sur l'explosion d'un dépôt de munitions à Vrbětice, dans l'est du pays, tout près de la frontière slovaque. C'était en 2014, deux personnes avaient été retrouvées mortes suite à la catastrophe qualifiée alors d'accident. Selon le gouvernement tchèque, la police a maintenant des preuves irréfutables que le GRU, le service de renseignement militaire russe, est impliqué dans l'explosion. En représailles, dix-huit diplomates russes vont être expulsés du territoire par Prague. Réaction immédiate du Kremlin, qui sans surprise condamne les accusations, ainsi que les expulsions, qualifiées d'acte inamical : l'ambassadeur tchèque à Moscou est convoqué et à leur tour, les autorités russes annoncent le départ de vingt diplomates tchèques. 

Les preuves rassemblées sur l'affaire de Vrbětice, par la police, sont assez édifiantes. On les retrouve en une de l'hebdomadaire tchèque Respekt. Les enquêteurs ont suivi la trace de deux hommes, arrivés en République tchèque le 11 octobre 2014, par un vol régulier au départ de Moscou. Ils présentent à leur entrée sur le territoire des passeports aux noms de Rouslan Boshirov et Alexander Petrov. Deux noms, qui à l'époque, ne peuvent rien dire aux autorités, ni émettre la moindre alerte ou crainte, mais qui depuis sont liés à une autre grosse affaire : l'empoisonnement de l'ex agent russe Sergueï Skripal et de sa fille en Grande Bretagne, en 2018. Ces noms sont des pseudonymes de barbouzes selon les autorités britanniques, utilisés par Alexander Mishkin et Anatoly Chepiga, membres de l'unité spéciale 29155 des renseignements russes. Une unité, précise le site Aktuálně, créée en 2008, composée d'une vingtaine de membres, très active depuis sa création pour défendre les intérêts russes à l'étranger. 

Le 11 octobre donc, poursuit le magazine Respekt, deux hommes avec ces noms sont dans le pays. Et quelques jours plus tard, deux hommes, des travailleurs étrangers, font les démarches administratives d'usage pour visiter le dépôt de munitions de Vrbětice. Pour cela, ils doivent fournir des copies de leurs passeports, ce qu'ils font. Sur les documents apparaissent les noms Rouslan Tabarov, citoyen du Tajikistan et Nikolai Popa, de Moldavie. Le 16 octobre, à 9h25, l'entrepôt de Vrbětice explose. Les villes aux alentours sont évacuées. On retrouve deux corps dans les débris, des employés du site. Alors on ne sait pas, ou plutôt, la police ne sait pas, si ces deux hommes, du Tajikistan et de Moldavie ont bien pu se rendre au dépôt de Vrbětice. Par ailleurs, les documents numériques qu'ils ont envoyé avaient été préalablement dépouillés de leurs métadonnées afin de rendre le traçage impossible. Mais grâce aux photos des passeports, un lien peut-être établi. Sur le site de la BBC ce matin, on voit le scan des documents et les photos laissent apparaitre les visages des deux hommes suspectés de l'empoisonnement de Sergueï Skripal : les agents du GRU, Alexander Mishkin et Anatoly Chepiga. 

Dans cette affaire, la presse détaille aussi les possibles motivations derrière cette explosion

Toujours selon l'hebdomadaire Respekt qui a eu accès aux informations des autorités tchèques. L'entrepôt de Vrbětice n'était pas la cible, c'est l'hypothèse des enquêteurs. En revanche, les stocks d'armes étaient visés. Des armes achetées par un marchand d'armes bulgare nommé Emilian Gebrev et qui devaient par la suite êtres vendues aux forces ukrainiennes alors en guerre ouverte dans le Donbass avec la Russie. Ces stocks n'auraient pas dû exploser sur place, mais pendant leur transport. Peut-être les charges se sont-elles activées car découvertes par les deux employés malheureux du site. Le site Aktuálně rappelle également qu'Emilian Gebrev a été lui-même une cible du GRU l'année suivante. En 2015, le marchand d'armes tombe malade alors qu'il déjeune dans un restaurant. Il vomit ses tripes, ses yeux se remplissent de sang et il tombe dans le coma. Les médecins découvrent du poison mais ce n'est qu'après l'affaire Skripal, trois ans plus tard, que le lien a été confirmé par les autorités bulgares. 

Toujours est-il qu'aujourd'hui, l'enquête de la police tchèque dans l'affaire de l'explosion de Vrbětice se poursuit. Les noms d'emprunts des deux espions russes, Alexander Petrov et Ruslan Boshirov sont sur la liste des personnes recherchées. Mais maintenant, place à la crise diplomatique dont se fait l'écho le journal russe Kommersant, qui déplore le refroidissement radical entre la République Tchèque et la Russie depuis ces accusations. Le ministre de l'Intérieur Jan Hamacek devait se rendre à Moscou aujourd'hui pour négocier l'achat du vaccin Spoutnik V contre le Covid-19... Déplacement annulé. Prague avait également proposé d'être le terrain neutre d'une future éventuelle réunion entre les présidents Poutine et Biden. Il y a peu de chances qu'elle ait lieu là. Enfin, autre conséquence pour la République Tchèque, qui concerne le projet d'extension d'une centrale nucléaire. L'entreprise russe Rosatom était sur les rangs. C'est devenu inimaginable pour le gouvernement. Du côté russe enfin, il s'agit d'un nouveau sujet qui sera au coeur des discussions des prochaines réunions de l'OTAN et de l'Union européenne. Pour le Kremlin comme la presse russe, si cette affaire sort aujourd'hui, ce n'est pas par pure coïncidence. Les ministres européens des Affaires étrangères doivent justement se réunir aujourd'hui, pour évoquer notamment les affaires russes en cours : le conflit militaire avec l'Ukraine, mais aussi l'état de santé de l'opposant à Vladimir Poutine, Alexei Navalny.

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