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manifestation anti-confinement à Olympia, USA le 19 avril 2020

La défiance libertarienne monte contre le confinement aux Etats-Unis

6 min
À retrouver dans l'émission

Des milliers d'Américains ont défié les règles de distanciation sociale ce week-end pour manifester contre le confinement et exiger la réouverture de l'économie. Structuré autour de l'extrême-droite libertarienne pro-armes, ce mouvement bénéficie de la bienveillance troublante de Donald Trump.

manifestation anti-confinement à Olympia, USA le 19 avril 2020
manifestation anti-confinement à Olympia, USA le 19 avril 2020 Crédits : Alex Milan Tracy - AFP

Dans l'actualité mondiale de ce lundi matin, il y a une image qui attire notre attention.

Une photo vue sur le site du New York Times... et prise dans la journée de ce dimanche, dans le centre de Denver, Colorado. La ville a connu hier une chose à laquelle elle n'était plus habituée depuis deux semaines : un embouteillage. 

Circulation bloquée, sur plusieurs carrefours, par des dizaines de grosses voitures klaxonnant, arborant des banderoles et des drapeaux étoilés :  voilà ce à quoi peut ressembler une manifestation au temps du coronavirus, une manifestation en voiture, forme choisie de désobéissance civile contre justement les mesures de confinement qui restent imposées à travers les Etats-Unis.

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Au moment où la photo du New York Times a été prise, par Alyson McClaran, l'un des gros pick-up deu cortège est arrêté, sur un passage piéton, par un contre-manifestant. A bien y regarder, ils sont en fait deux à faire face aux pare-chocs, et ce sont des professionnels de santé, des soignants, dans leur tenue de travail, qui sont venus s'opposer à ceux qui voudraient "qu'on les laisse vivre comme ils l'entendent", qui dénoncent les "atteintes à leurs libertés fondamentales" parmi lesquelles la sacro-sainte "liberté de travailler".

Difficile de faire plus contrasté, plus manichéen que ce cliché, les jantes étincellantes de la grosse cylindrée, la passagère qui est à moitié sortie par la fenêtre et qui crie quelque chose, avec ses cheveux décolorées, lunettes de soleil en serre-tête, et sa chemise aux couleurs du drapeau américain... et en face, stoïque, lui aussi revêtu de tous les attributs reconnaissable de son personnage, le soignant, mains dans le dos, impassible dans sa posture de héros masqué des temps actuels.

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Cette image renvoie aussi à d'autres manifestations de ce genre qui ont eu lieu ce week-end ailleurs aux Etats-Unis. Et la BBC d'énumérer : on en a vu également au Texas, dans l'Arizona, le Montana, et dans l'Etat de Washington. Là-bas, à Olympia, pas moins de 2500 personnes se sont rassemblées dimanche au pied du Capitole, rapporte l'agence Reuters, défiant sciemment les règles de distanciation sociale et de confinement, sans masque bien sûr, et massés serré autour d'orateurs qui leur expliquaient à quel point "le fait que l'Etat et son gouverneur s'arroge le droit de fermer les entreprises, de choisir celles qui sont essentielles et celles qui ne le sont pas, tout ça n'est que violation des libertés garanties par la Constitution américaine".  

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Il s'agit donc de "se libérer", contre les Etats soi-disant "tyraniques et liberticides", des Etats qui se trouvent être dirigés par des gouverneurs démocrates : ce discours, on l'a senti monter, toute la semaine dernière, sur les réseaux sociaux puis dans des rassemblements dans le Michigan, le Minessotta, la Virginie ; mais le plus gênant c'est que ces rassemblements ont reçu dès vendredi le soutien implicite du président Trump en personne, quand celui-ci a tweeté, successivement ( et en majuscule) « Libérez le Michigan, libérez le Minnessotta, libérez la Virginie », points d'exclamation à l'appui. 

Ces messages adressés aux libertariens anti-confinement, sont "criminels, ce sont des appels à l'insurrection", fulmine Mary McCord dans The Washington Post, lequel nous apprend ce matin (mais sommes-nous vraiment étonnés?) que ce sont des agitateurs issus de l'extrême-droite américaine pro-armes qui sont à l'origine des appels à manifester. Ils bénéficient clairement d'un effet de loupe et d'entraînement dû aux réseaux sociaux, qui leur donne beaucoup plus d'importance qu'ils n'en ont réellement. 

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Le Washington Post nous rappelle que selon un sondage 70% des électeurs du parti républicain soutiennent les règles de confinement... mais note aussi que Trump en a remis une couche ce dimanche face à la presse, en rappelant que les manifestants sont "libres de critiquer ces règles s'ils pensent qu'elles sont excessives", estimant lui même au passage que "certains gouverneurs sont allé trop loin et ont imposé des mesures non-appropriées" sous couvert de lutte contre l'épidémie de Covid-19.  

Voilà donc, résume le Los Angeles Times, un président qui contredit à nouveau publiquement ses experts en santé publique et qui donne raison à leurs détracteurs les plus extrêmes. Alors que le nombre de morts américains du coronavirus a dépassé les 40 000 ce week-end, Donald Trump a redit sa conviction qu'il est temps de "rouvrir l'Amérique, de la remettre au travail". Pour cela, rappellent les gouverneurs démocrates de Virginie et du Michigan, il faudrait pouvoir vraiment mener les millions de test que promet Trump depuis des jours... et qui n'existent toujours que dans les discours d'un président « en plein délire » dixit le Times de Los Angeles.

S'il y a un domaine sur lequel les impératifs de lutte contre la pandémie nous obligent à modifier nos pratiques, c'est bien celui du deuil.

Comment accompagner la mort de nos proches, quand il est quasiment interdit dans de très nombreux pays désormais de veiller le corps ou d'organiser une cérémonie au cimetière ?

La question se pose sur tous les continents et dans toutes les cultures, nous explique le quotidien El Universal de Mexico, mais il faut tout de même reconnaître qu'elle est particulièrement vive au Mexique, pays où le fait d'honorer ses chers disparus est l'un des piliers de l'identité culturelle. 

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Or, constate la journaliste Sara Cantera, mourir au  temps du coronavirus, c'est une sorte de  "double peine" de se savoir privé d'un enterrement dans les règles de l'art, et c'est aussi un "double deuil" pour les proches qui auront sur eux l'opprobre de n'avoir pu donner à leur défunt les honneurs qui s'imposaient.

Alors, il fallait s'y attendre, des sociétés de pompes funèbres mexicaines ont franchi le pas :  elles proposent depuis peu des enterrements virtuels en visioconférence, avec son et image HD, petit mausolée numérique présentant des photos souvenirs de l'être cher... et possibilité d'acheter en ligne des couronnes de fleurs. La formule, paraît-il remporte un certain succès, mais qu'on ne s'y trompe pas : la majorité de de familles préfère reporter les funérailles pour l'après-coronavirus dans l'espoir de pouvoir organiser une vraie cérémonie quand cela sera possible avec famille et amis.

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Le vrai problème, conclut El Universal, c'est l'impossibilité d'être avec ceux que l'on aime dans leurs derniers instants de vie... et le quotidien mexicain de poser la question du poids symbolique que ces morts mal accompagnées vont faire peser sur nos sociétés post-Covid, dans cet "au-delà" qui sera celui des vivants.

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