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Un des migrants débarqués à Lampedusa contre les ordres de Matteo Salvini

Matteo Salvini couronné "prince" des extrêmes-droites européennes voit son autorité bafouée en Italie

6 min
À retrouver dans l'émission

Un procureur italien a donné l'ordre de débarquer à Lampedusa 47 migrants secourus en mer, contre l'avis du ministre de l'Intérieur. La presse en Russie fait mine de s'amuser du scandale qui a obligé le vice-chancelier autrichien Stäche à démissionner sur fond de connivence pro-russe.

Un des migrants débarqués à Lampedusa contre les ordres de Matteo Salvini
Un des migrants débarqués à Lampedusa contre les ordres de Matteo Salvini Crédits : Giuseppe Milana - Maxppp

Dans la presse italienne, un accroc dans ce qui devait être le week-end de la consécration européenne pour Matteo Salvini. 

Tout avait très bien commencé pour le ministre de l'Intérieur, et président de la Ligue italienne : il avait reçu à Milan les dirigeants des autres partis d'extreme-droite nationaliste européenne, qui l'avaient adoubé comme leur leader incontestable vers la vctoire promise dimanche prochain. Un véritable "couronnement du Prince Salvini", à lire le récit qu'en fait El Pais à ses lecteurs espagnols.

Et puis, dimanche soir, il y a eu ce moment de flottement, face aux caméras de la 7e chaîne italienne :  le journaliste lui lit une dépêche qui annonce l'ordre donné par un procureur sicilien, de faire débarquer sur l'île italienne de Lampedusa 47 migrants secourus en mer par le navire humanitaire SeaWatch 3. Salvini, penché sur son téléphone portable, n'était visiblement pas au courant : il le dit et, comme le décrit Il Corriere Della Serra, il fait des efforts pour garder son calme. 

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Mais c'est clairement un affront, contre sa politique de fermeté face aux humanitaires qui sauvent des vies au large de la Libye : Matteo Salvini face aux caméras s'en tient à attaquer le procureur d'Agrigento qui a donné l'ordre de débarquer, le même magistrat qui l'a fait inculper le ministre pour séquestration de migrants dans une autre affaire similiaire. Il promet de le poursuivre, à son tour, pour avoir favorisé l'immigration clandestine, et réaffirme que "personne ne débarquera" sans son feu vert. 

Sauf que, juste après, le présentateur de l'émission lui montre, toujours en direct, les images du débarquement en train de se faire. C'est La Repubblica qui  nous décrit "cette femme enceinte, pieds nus, soutenue par son mari" qui descend la première de la vedette des Douanes. Ils sont posé le pied sur le sol italien, insiste le quotidien, "malgré Salvini". 

Ce dernier assiste en direct à cet affront fait à son autorité ; il reste stoïque, confirme Il Giornale, mais il se lâche et se fâche quelques heures plus tard sur son compte Facebook : il s'en prend aux ministres des Transports, des Finances, qui ont pu être au courant de la décision de justice et qu'il accuse donc "d'ouvrir sciemment les ports italiens".  Ces ministres pointés du doigt, il sont  issus du Mouvement 5 étoiles, l'allié de la Ligue au pouvoir mais aussi et surtout son grand rival dans la course aux élections européennes.  

La réponse de Luigi Di Maïo ne tarde pas, on la trouve dans les colonnes d'Il Fatto Quotidiano : il appelle Matteo Salvini à "ne pas essayer de rejetter la faute sur les 5 Etoiles", et à se conformer à l'état de droit, "respecter la décision du procureur qui est et restera indépendance vis-à-vis du gouvernement". 

Petite leçon de démocratie au passage... Comme quoi même les "Princes" peuvent être rattrapés par le blues du dimanche soir.

Autre accroc dans ce qui nous est annoncé comme l'irrésistible ascension de l'extrême-droite populiste en Europe : la crise politique qui a décapité le FPÖ autrichien ce week-end.  

Le scandale a pris la forme d'une vidéo révélée par les médias allemands Der Spiegel et la Suddeutsche Zeitung, tournée à Ibiza en 2017, et qui a donc conduit samedi à la démission du vice-chancelier et président du FPÖ Heinz-Christian Sträche.

Car sur les images, c'est bien lui qu'on voit et entend, en train de discuter avec une jeune femme présentée comme "la nièce d'un oligarque russe" : elle dit que sa famille veut investir en Auttriche, il lui propose son aide pour obtenir des marchés publics à condition que son oncle accepte de racheter le quotidien le plus influent d'Autriche pour y mener campagne en sa faveur et et lui faire gagner les élections. 

Cette vidéo, publiée à une semaine des élections au Parlement de Strasbourg, a remis sur le devant de la scène la question de l'influence russe dans la politique européenne, et en particulier son soutien opaques aux formations d'extrême-droite, résume le Wall Street Journal

En Autriche, le Salzburger Nachrichten confirme que les liens entre le FPÖ et Moscou existaient bien avant la mystérieuse "Aliona Makarova" que l'on voit dans la vidéo d'Ibiza. Si l'identité de la jeune femme en question, selon le quotidien de Salzbourg, a toute les chances d'être fausse, et Aliona Makarova d'être un simple appât inventé pour faire tomber Heinz-Christian Sträche dans ce qu'il est désormais convenu d 'appeler "le piège d'Ibiza", l'attitude face à elle du président du FPÖ ne laisse pas de doute sur sa compromission avec la Russie, quitte à passer par des pratiques clairement illégales pour faire valoir ses intérêts.  

Si "piège d'Ibiza" il ya, alors il faut trouver qui a tendu ce piège.

C'est toute la question qui passionne les médias allemands et autrichiens depuis samedi. Der Spiegel dresse à ce sujet le portrait de Tal Silberstein, un communiquant de l'ombre au service des sociaux-démocrates autrichiens du SPÖ  pour qui il avait mené en 2017 des campagnes de dénigrement du jeune leader de droite Sébastian Kurtz, au moment où celui-ci était sur le point d'accéder à la Chancellerie. Les méthodes employées avec cette vidéo rappellent donc celles de Silberstein, qui se trouve avoir eu des démelés avec la justice israëlienne, et ça ça compte triple quand il s'agit d'échaffauder des thèses conspirationnistes. 

Mais la méthode, une vidéo compromettante postée juste avant une élection, évoque aussi un grand classique de la vie politique en Russie,  où l'on appelle ça le "kompromat". Alors la presse moscovite met son grain de sel dans l'affaire : pour l'agence officielle RIA Novosti, Viktor Marakhovsky se moque ouvertement d'un scandale cousu de fil blanc, en particulier de cette jeune femme présentée comme nièce d'un oligarque russe mais qui selon lui s'avère être une "incompréhensible citoyenne letonne". 

On serait donc dans la double caricature de la fille de l'Est au service du méchant oligarque qui veut tirer les ficelles de la politique européenne, mais tout ceci ne se résumerait au final qu'à une discussion alcoolisée, accompagnée de drague un peu lourde de la part des Autrichiens, mais qui n'a eu "aucune conséquence réelle". 

Et le commentateur russe de faire le parallèle avec la réthorique de fin de campagne brandie par le camp "progressiste" incarné par Emmanuel Macron ou Angela Merkel entre autres, fustigeant l'interventionnisme occulte de la Russie derrière la montée des populismes ilibéraux. Poser la question de pourquoi l'info sort maintenant, et à qui elle profite, c'est un ressort classique, là encore, du complotisme ou en tous cas de ceux qui veulent minimiser l'impact d'un scandale bien réel. 

Pour l'éditorialiste Fédor Lukianov, à lire dans la revue Profil, la Russie a deux leçons à retenir de ce scandale autrichien : la première c'est qu'elle est plus que jamais devenu un épouvantail  pour les partis de l'élite européenne, "un poison que l'on manie pour éliminer la concurrence" ; la seconde c'est que,  s'il veut vraiment se mettre dans la poche des partis-amis en Europe, le Kremlin doit mieux choisir avec qui il s'allie : pour Lukianov,  la facilité avec laquelle le FPÖ et Heinz-Christian Sträche sont tombés dans le piège d'Ibiza montre bien qu'ils n'étaient pas à la hauteur de leur mission.

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