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Hommages à Ruth Bader Ginsberg devant la Cour suprême, Washington, le 20/09/20

Démocrates et républicains américains se déchirent sur la succession de Ruth Bader Ginsburg

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L'émotion et le deuil, après la mort de la juge à la Cour suprême américaine de la juge Ruth Bader Ginsburg, ont très rapidement laissé place à l'affrontement politique sur les modalités de nomination de son successeur. Les sénateurs républicains suivront-ils Donald Trump dans son empressement ?

Hommages à Ruth Bader Ginsberg devant la Cour suprême, Washington, le 20/09/20
Hommages à Ruth Bader Ginsberg devant la Cour suprême, Washington, le 20/09/20 Crédits : Samuel Corum/Getty images - AFP

Deux jours après la mort de la juge Ruth Bader Ginsburg aux Etats-Unis, la Cour suprême se retrouve au coeur de la campagne présidentielle américaine

Et à lire l'opinion atterrée de l'une des plumes politiques les plues suivies du Washington Post, Dana Milbank, "l'entourage de Donald Trump n'aura même respecté un minimum de deuil, ni même simulé la moindre décence", suite au décès vendredi de la magistrate : "il ne leur a pas fallu plus de 80 minutes après l'annonce de sa mort" pour  lancer la polémique sur ce qu'ils allaient faire du siège laissé vide au sein de la plus puissante juridiction américaine. 

"Ruth Bader Ginsburg, redit Milbank, était l'une des plus brillantes juristes de l'histoire des Etats-Unis, doublée d'une pionnière dans la défense des droits des femmes et des opprimés", et pourtant à la Maison Blanche ils n'ont "même pas attendu qu'elle repose en paix, dans sa tombe, pour politiser sa disparition". C'est bien simple, tonne l'éditorialiste, "jamais je n'ai été aussi dégoûté de la politique américaine, et de mes collègues journalistes". 

Et c'est peu dire, c'est vrai, que l'on est très vite, trop vite sans doute, passé du registre des hommages endeuillés à celui de la bataille partisane de succession. Dès samedi, en meeting en Caroline du Nord, voilà ce que ce Donald Trump en personne déclarait : 

"Nous avons toujours dit que si pour une quelconque raison une place se libérait à la Cour suprême, nous nommerions un juge, et nous avons largement le temps de le faire avant l'investiture le 20 janvier". Et la foule, derrière, se met à chanter "fill that seat", "comblons ce siège vide", comme un slogan de campagne désormais. 

Difficile de ne pas noter, avec The Guardian, l'indécence de cette formule, "si pour une quelconque raison une place venait à se libérer" quand on sait que Ruth Bader Ginsburg était agée de 87 ans, qu'elle s'est battue jusqu'au bout contre le cancer du pancréas, et que ce siège qu'elle laisse vacant en mourant était depuis longtemps attendu par la Maison blanche pour nommer, à vie on le rappelle, un juge de son bord politique qui scellerait pour des années et peut-être des décennies le virage très conservateur de la Cour suprême.  

D'ailleurs, le président américain semble déjà avoir une idée assez précise de qui il pourrait nommer d'ici à la présidentielle. Ce sera une femme, Trump l'a affirmé ça aussi en Caroline du Nord samedi, et selon The New York Times, celle qui tient la corde dans les milieux conservateurs c'est la juge Amy Coney Barret, fière représentante de la communauté chrétienne évangéliste dite du "Peuple de louange"  dont on dit qu'elle a inspiré la romancière Margaret Atwood pour sa distopie "La servante écarlate".... ce qui, vous en conviendrez, fait plutôt froid dans le dos. 

Depuis un an déjà, nous rappelle le site Axios, le président laissait entendre en off qu'il  "gardait la juge Barret en réserve pour le moment où il faudrait remplacer Ruth Bader Ginsburg"... et le moins que l'on puisse dire, confirme le The New York Times, c'est que sur le droit à l'avortement, les droits des femmes et des minorités, la préférée de Donald Trump incarne tout l'inverse des valeurs qui ont guidé les combats de son ainée.  

Voilà pourquoi les démocrates, dans le sillage de leur candidat Joe Biden, semblent avoir décidé de faire de cette bataille pour la Cour suprême la priorité absolue de ces dernières semaines de campagne : ils peuvent capitaliser sur la forte popularité dans leur électorat de celle que l'Amérique surnommait affectueusement par ses initiales RBG, mais en se battant pour empêcher la nomination de sa remplaçante avant la présidentielle ils mettent l'accent sur tout ce qui est en jeu, en terme de débats de société, derrière ce siège à la juridiction suprême. Enjeux résumés cette nuit par l'une de leurs figures de proue à gauche, la congresswoman Alexandria Ocasio Cortez : 

"Nos droits à la reproduction et à la contraception sont en jeu, notre droit du travail est en jeu, notre droit à la couverture maladie, la protection des syndicats, le climat, tout ça est menacé si l'on laisse les républicains nommer dans l'urgence quelqu'un à la place de Ruth Bader Ginsburg". Et l'élue new-yrokaise appelle tous les démocrates à se mobiliser pour faire de cette bataille la mère de toute les batailles politiques.  

Le problème, c'est que les démocrates ne sont pas exempts de contradictions sur cette question, et le New York Post ne se prive pas de les soulever, ces contradictions, en se souvenant qu'il y a quatre ans, en 2016 la situation exactement inverse s'était présentée : l'administration Obama dans sa dernière année, avait tenté de faire nommer une juge progressiste à la Cour suprême après la mort en février d'un magistrat ultra-conservateur. 

Les républicains s'y étaient opposé mordicus en bloquant les auditions au Sénat, ils avaient finalement eu gain de cause... mais à l'époque Ruth Bader Ginsberg en personne s'était dite favorable au fait que la nomination ait bien lieu malgré la proximité avec la présidentielle ; elle avait expliqué que le mandat du chef de l'Etat dure 4 années et pas trois, que, élections ou pas, c'est dans ses prérogatives de nommer les juges à la Cour surprême quand il le faut.  

Quatre ans plus tard, quelques jours avant sa mort, la même Ruth Bader Ginsburg selon la radio NPR avait fait entendre une dernière volonté tout autre: celle que son successeur ne soit pas nommé avant l'investiture du prochain président le 20 janvier.  C'est au nom de ce dernier souhait que, même au sein du Parti républicain, certains implorent leurs sénateurs à ne pas laisser Trump précipiter la nomination.. Dans USA Today, l'un des porte-paroles du parti, Chris Truax, affirme que la campagne Trump a plus d'électeurs à perdre qu'à en gagner en piétinant l'héritage de Ruth Bader Ginsburg, et que la riposte des démocrates pourrait être plus cinglante encore. 

Des démocrates, précise enfin Fox News, qui menacent déjà, s'ils venaient à reconquérir la Maison blanche et la majorité au Congrès en novembre, de venger leur sainte RBG en votant une réforme de la Cour suprême : augmenter le nombre de juges nommés pour en reprendre le contrôle. C'est un peu extrême, mais c'est légal : Franklin delano roosevelt l'avait fait, en 1937, pour faire sauter le verrou conservateur qui bloquait la mise ne place de son célèbre New Deal.

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