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Au lendemain des attaques, des Sri Lankais se recueillent devant l'église Saint Anthony de Colombo, la capitale du Sri Lanka

Le Sri Lanka rattrapé par les démons du passé

6 min
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Les attaques meurtrières contre des églises et des hôtels ce dimanche de Pâques font replonger les Sri Lankais dans un passé qu'ils croyaient révolu.

Au lendemain des attaques, des Sri Lankais se recueillent devant l'église Saint Anthony de Colombo, la capitale du Sri Lanka
Au lendemain des attaques, des Sri Lankais se recueillent devant l'église Saint Anthony de Colombo, la capitale du Sri Lanka Crédits : Mohd RASFAN - AFP

lls en avaient assez et pensaient que l’horreur était derrière eux. La guerre civile : séparatistes Tamouls contre État, majoritairement Cingalais. Un conflit initié au début des années 70 et terminé il y a 10 ans. En tout : 70 000 morts et 140 000 personnes portées disparues. Et donc hier l’horreur qui frappe quatre hôtels et trois églises. Huit explosions dans différentes villes de l’île. Un bilan - provisoire - de 290 morts et des Sri Lankais horrifiés. Alors "qui ?" se demandent les Sri Lankais. Qui pour s'attaquer à la minorité chrétienne du pays ? (10% de la population de l'île). Pour l’instant, pas de revendications mais déjà 24 personnes interpellées et un groupuscule souvent cité, le NTJ, le National Thowheeth Jama'ath, islamiste, basé en Inde. Une note des services de renseignements prévenait les autorités, il y a 10 jours, d’une possible attaque perpétrée par ce groupe. Ce qui met en colère le quotidien sri lankais The Island : 

"Dix années sans attentat terroriste auraient apparemment amené les autorités à un faux sentiment de complaisance. À certaines occasions, elles sont allées jusqu'à ridiculiser ceux qui les ont exhortées à rester vigilantes et à accuser ces derniers d'essayer de faire dérailler le processus de réconciliation." Un autre quotidien anglophone sri lankais, The Daily Mirror, complète en titre : "Les échecs des services de renseignement et le laisser-aller 'entourent' les attentats-suicides les plus meurtriers du Sri Lanka."

Non loin de là, l’Inde : le quotidien The Hindu cite Radhika Coomaraswamy, cette Sri Lankaise qui fut secrétaire générale adjointe des Nations Unies : "Nous sommes choqués dit elle, nous pensions que le Sri Lanka avait mis la violence derrière lui et progressait vers un développement et une réconciliation. Mais nous sommes de retour aux questions existentielles, confrontées à des menaces existentielles."

Radhika Coomaraswamy peu optimiste. "Ces attaques montrent que le conflit ethnique au Sri Lanka est de nature "insoluble" et qu'il n'a pas été fait suffisamment pour la réconciliation ou les perspectives de paix à long terme." 

Alors on se tourne vers la presse britannique. L’ancien colonisateur de l’île de Ceylan. Et The Guardian qui énumère les possibilités dans la mesure où les attentats n'ont pas encore été revendiqués : Daech ? Al Qaida? présents dans la région. Ou bien des extrémistes bouddhistes cinghalais. "Le ciblage, avance également The Guardian, presque simultané d'hôtels de luxe à Colombo, fréquentés par les touristes étrangers, laisse penser que ces attentats-suicides pourraient être le produit d'une hostilité anti-occidentale ou anti-gouvernementale ou bien encore d'une haine née du fanatisme religieux." Dernière hypothèse, et The Guardian poursuit alors la pensée de l’ancienne secrétaire générale adjointe de l’Onu : "Une autre possibilité est que l'attaque soit destinée à dramatiser le dixième anniversaire, le mois prochain, de la fin de la guerre civile entre les forces gouvernementales et les séparatistes Tamouls dans le nord du pays." 

The Guardian qui est plutôt d’accord avec ce que dit The Island, cité plus tôt : "cet échec global du pays à accepter son passé violent. Il reste beaucoup d’amertume et de griefs et, pour certains, la guerre est une affaire inachevée", explique le journal qui cite un rapport de l'Onu. En juillet dernier, l’organisation internationale estimait en effet que les progrès accomplis au Sri Lanka en faveur d'une justice transitionnelle s'étaient pratiquement "arrêtés". Cette justice, rappelons-le, instaurée dans des pays qui sortent d’une guerre ou d’une dictature, et censée réparer et réconcilier les différentes parties opposées.

Des attaques terroristes ayant lieu un dimanche de Pâques : "Pas une première", rappelle La Stampa

Cette fête chrétienne a déjà été la cible d’attaques. En Egypte, en avril 2017, pour le dimanche des Rameaux : deux kamikazes de Daech ont causé la mort de 45 personnes dans deux églises du pays. Au Pakistan en mars 2016 en pleine vacances de Pâques : 75 personnes, dont de nombreux enfants, tuées lors d'un attentat-suicide dans un parc bondé de Lahore, attentat revendiqué par des Taliban. Ou encore au Nigéria en avril 2012 : attentat à la voiture piégée près d’une église de Kaduna dans le nord du pays : 41 personnes tuées. Les islamistes de Boko haram sont soupçonnés.  

La Stampa qui par ailleurs relaye les mots du Pape hier, dans sa messe à la ville et au monde depuis le Vatican. François qui exprime sa "proximité affectueuse à la communauté chrétienne et à toutes les victimes de cette violence cruelle". Mais aussi la Stampa qui nous donne la réaction du cardinal archevêque de Colombo, la capitale sri lankaise. Il a des mots qui peuvent surprendre de la part d’un homme de foi : "Les responsables des attaques doivent être punis sans pitié, car seuls les animaux peuvent se comporter de cette manière".

En Ukraine,  un score impressionnant pour un homme qui désormais ne devrait plus trop rigoler !

Volodimir Zelensky qui a remporté hier l'élection présidentielle en recueillant 73% des voix. Jusque là humoriste et homme de télévision, désormais attendu au tournant ! 

Le journal ukrainien Den -"Le jour"- prévient : "Dans les conditions aussi difficiles dans lesquelles se trouve l'Ukraine - sur les plans politique, économique et sécuritaire -, relever les défis en l'absence d'expérience politique, sans démarches ni stratégies spécifiques, peut en être un de plus, de défi.  Les électeurs ayant fait leur choix, il est maintenant important de surveiller le nouveau pouvoir." 

Alors qu'en dit la presse russe (On se souvient du conflit avec l'Ukraine) ? Le site français de Russia Today, pro Moscou, relève que Zelensky s'est peu exprimé sur la politique étrangère mais "s'est notamment dit confiant dans la recherche d'une solution pacifique, diplomatique avant tout, au conflit dans le Donbass, où, rappelle le quotidien, les républiques autoproclamées de Lougansk et Doniestk tiennent toujours tête à l'armée régulière de Kiev." Citons enfin la Nezavisimaya Gazeta, la gazette indépendante, quotidien de gauche russe (qui refuse - c'est important de le signaler - toute aide financière de l'Etat). Le journal cite un philosophe ukrainien Sergey Datsyuk : "Le deuxième tour des élections a marqué la contestation de la société contre le système. Conclusion, estime-t-il, "l'Ukraine s'est engagée dans la voie de changements incohérents et inconsistants." Il faudra ces prochaines semaines voir si avec "un clown" à la tête de l'Ukraine - c'est Zelensky lui-même qui se qualifie ainsi -, l'avenir, malgré tout, sourira au pays.

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