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La militante algérienne pro-libertés Amira Bouraoui

L'Algérienne Amira Bouraoui condamnée à un an de prison ferme

6 min
À retrouver dans l'émission

La condamnation à de la prison ferme d'Amira Bouraoui, figure du combat pour la démocratie en Algérie, choque une bonne partie de la presse dans un contexte de judiciarisation de la répression politique. Aux Etats-Unis, des fans de K-pop coréenne font dérailler un meeting de Donald Trump.

La militante algérienne pro-libertés Amira Bouraoui
La militante algérienne pro-libertés Amira Bouraoui Crédits : capture décran / Liberté-Algérie

En Algérie, une peine de prison ferme vient d'être prononcée à l'encontre de celle que l'on surnomme "l'accoucheuse de la démocratie algérienne".  

Un an de prison ferme pour Amira Bouraoui, cette médecin-gynécologue qui, comme l'écrit Arab Chih dans le portrait qu'il lui a consacré ce week-end dans Liberté-Algérie , est "sortie, depuis une décennie déjà, de l'ombre des cliniques moisies pour passer à la lumière du combat pour les libertés".  

Amira Bouraoui, 44 ans, a été condamnée ce dimanche par un tribunal algérien à passer un an derrière des barreaux, pour des messages postés sur Facebook.  C'est vrai, lit-on encore dans Liberté-Algérie, que l'engagement anti-système réputé "incassable" de cette militante forte en gueule s'est souvent doublé de propos "qui pouvaient dépasser largement ses pensées" (pour le dire d'une manière courtoise) sur l'élite politique ou la place de la religion en particulier. Des propos... qui lui ont vallu "beaucoup d'inimitiés". 

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Pourtant, résume Arab Chih, "si l’on veut personnifier l’engagement anti-Bouteflika et le combat pour les libertés en Algérie, le premier visage qui  s’impose de lui-même c'est celui d’Amira Bouraoui". Alors forcément, la voir condamnée à de la prison ferme pour des délits tels qu'"offense au dogme et aux préceptes de l'islam" et "offense au président de la République", voilà vraiment comme l'écrivait L'Economiste marocain dès son arrestation mercredi, "d'inquiétantes nouvelles" qui nous arrivent d'Algérie. 

Inquiétantes, poursuit le quotidien de Casablanca, car en envoyant en prison Amira Bouraoui, c'est une fois de plus à la révolution inachevée du Hirak que s'en prend le système politique et judiciaire. Ces deux derniers mois, alors que les manifestations du vendredi cessaient pour cause de Covid-19, "les arrestations et jugements rapides de figures protestataires et de dignitaires du régime précédent se sont multipliés".  C'est d'autant plus cruel, analyse encore l'Economiste, que le nouveau régime algérien (tenu, soit dit en passant, par des rescapés de l'ancien) se sert du Hirak pour en tirer une forme de légitimité populaire... tout en réprimant, par voie de justice, ses principaux meneurs.

D'ailleurs, idficile de ne pas constater qu'on parle de plus en plus de procès et de tribunaux dans la presse algérienne. Entre les comparutions immédiates d'opposants comme Amira Bouraoui et les grands procès d'anciens dirigeants politiques corrompus, les journaux d'Alger et d'Oran ressemblent de plus en plus à une pesante gazette politico-judiciaire... et ça, c'est rarement bon pour une démocratie. C'est l'avis en tous cas d'Omar Berbiche, qui analysait dans son édito d'hier pour El Watan ce qu'il qualifie de "judiciarisation de la crise" algérienne. 

Il y confirme cette "" que la Justice abat, depuis quelques mois, sur les leaders du mouvement de contestation ; il y rappelle aussi... que "la peur de se faire embastiller n'a jamais constitué un frein à la mobilisation". La peur du coronavirus, pour le moment, est bien plus efficace pour freiner les ardeurs des manifestants ; mais cela pourrait changer, prévient Omar Berbiche, si le risque sanitaire devient moins urgent que le risque politique perçu dans l'esprit des Algériens.  

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En attendant, ces derniers sont abreuvés des récits du grand procès politique du moment, celui de l'homme d'affaire Ali Haddad, mais aussi avec lui de deux anciens premiers ministres et neuf ex-ministres. Il s'est ouvert ce dimanche à Alger. Un "méga-procès" de la corruption dans le BTP sous l'ère Bouteflika, comme le résume Tout sur l'Algérie.  Hier "il pleuvait des milliards sur le tribunal", écrit enfin le journal L'Expression visiblement choqué par les montants des pots-de-vins, contrats clientélistes et financements illicites de campagnes électorales qui sont reprochés à l'ancienne élite algérienne.

Une question troublante, aux Etats-Unis : et si le renouveau de l'activisme politique passait par les fans de pop coréenne ?  

La question est sérieuse et avait déjà été posée il y a dix jours par Seth Cohen dans le magazine Forbes : il y présentait les fans de K-pop, ces boys-bands sud-coréens (difficile de faire plus futile et anodin en apparence) comme de possibles "sauveurs de la démocratie américaine", rien que ça! 

Pour cause, ces millions de fans hyperactifs sur les réseaux sociaux venaient de réussir en quelques heures à lever un million de dollars pour soutenir le mouvement anti-raciste Black Lives Matter, auxquels ils apportaient au passage un vent de fraîcheur et une caisse de résonnance non négligeable sur les réseaux. Car ces groupes qui se surnomment les "K-pop-Stans" connaissent par coeur les secrets des algorithmes qui font que leurs vidéo virales vont être vues par le plus grand nombre... et depuis quelques semaines ils semblent se piquer de politique américaine. 

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Si toute la presse des Etats-Unis parle d'eux depuis samedi soir, c'est à propos de ce meeting de Donald Trump dans l'Okhlahoma, le premier de l'ère Covid, formellement réprouvé par les conseillers santé de la Maison Blanche, mais maintenu par l'équipe de Trump qui assurait en milieu de semaine avoir eu un million de demande de préinscritpions pour assister au show.  

Sauf que, samedi, l'arène de 19000 place était à plus de la moitié vide, 6200 personnes environ nous confirme The New York Times, le président était "furieux", il a blâmé la presse et les manifestants anti-racistes... mais au fond il s'est passé une chose, selon The Guardian : l'équipe de campagne de Trump s'est faite "rouler" par les jeunes internautes fans de K-Pop (les revoilà). Ces derniers affirment s'être passé le mot pour pré-réserver e, ligne un maximum de place pour le meeting, afin d'empêcher les vrais supporters de Trump de s'agglutiner autour des discours suprémacistes de leur leader.  

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La conspiration a eu lieu sur la plateforme de partage de vidéos TikTok, la plus populaire en ce moment chez les ados... et depuis, le site ultra-conservateur proche de Donald Trump Breitbart ne peut s'empêcher d'y voir un complot ourdi par la Chine, puisque TikTok est une société de droit chinois.  

Toujours est-il, que ce n'est pas la première fois que cette communauté des fans de K-pop et sa maîtrise d'Internet sont mises à profit par des causes politiques. Ici-même il y a quelques mois je vous parlais d'une enquête du South China Morning Post qui nous expliquait que la propagande chinoise hostile aux manifestations pro-démocratie à Hong-Kong avait été confiée à ces petits génies des réseaux sociaux qui l'avaient disséminée sur les réseaux. Les communautés de jeunes "fans" sur le web, qu'on se le dise, sont une arme politique d'un genre nouveau, qui peut être à double tranchant selon qui l'utilise et avec quel discours.. 

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Quand au meeting de Donald Trump dans l'Okhlahoma samedi... de toute façon pour Ruth Marcus à lire dans The Washington Post, "son principal problème ce n'était pas les sièges vides dans les gradins, mais le discours désespérément vide" d'idées politiques. Au-delà du registre de l'invective tous z'azimuts, le président-candidat semble "incapable de formuler des arguments pour contrer ceux du démocrate Joe Biden". Reste à savoir si c'est avec des arguments... ou avec des armées de trolls sur internet que se gagne une élection dans le monde actuel.

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