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Portion  renforcée de la frontière entre Grèce et Turquie, Poros, le 08/06/21

La Grèce se barricade avant l'arrivée des exilés afghans

6 min
À retrouver dans l'émission

L'arrivée des talibans au pouvoir en Afghanistan déclenche déjà un exode migratoire qui inquiète les pays européens : la Grèce accélère le renforcement de sa frontière terrestre avec la Turquie. Pointée du doigt sur l'origine du Covid-19, la Chine ouvre un contre-feu conspirationniste contre les USA

Portion  renforcée de la frontière entre Grèce et Turquie, Poros, le 08/06/21
Portion renforcée de la frontière entre Grèce et Turquie, Poros, le 08/06/21 Crédits : Sakis Mitrolidis - AFP

Pendant que ce week-end la présidente de la Commission Européenne Ursula Von Der Leyen exhortait les pays membres de l'UE à accueillir des réfugiés d'Afghanistan, la Grèce barricadait sa frontière avec la Turquie.  

C'est la principale réaction de la Grèce à cette crise afghane et à la perspective d'une arrivée massive d'exilés : vendredi dernier, le ministre grec de la "Protection des citoyens" Michalis Chrisochoidis s'est rendu avec forces caméras de presse dans la région de Thrace, à la frontière avec la Turquie, et dans la localité d'Evros il a longuement posé, près d'une imposante clôture de métal bleu flambant neuve, au milieu des herbes séchées par le soleil.

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Des images tournées par le site d'info local Thraki Online qui ressemblent à s'y méprendre à celles d'un certain Donald Trump il y a quelques années au Nouveau-Mexique : le ministre grec y empoigne deux des gros barreaux de métal et fait mine de les secouer. Conclusion, reprise par le quotidien athénienE Kathimerini: "notre frontière avec la Turquie est et restera inviolable". Comme un message aux citoyens grecs et un avertissement aux migrants afghans qui pourraient commencer à affluer ici dans les semaines qui viennent. 

Pour envoyer ce message, le gouvernement d'Athènes n'a pas lésiné sur les moyens, insiste E Kathimerini, avec la construction en urgence de ces 40 kilomètres de mur frontalier renforcé par un système de surveillance électronique mais aussi avec le recrutement de 1200 gardes-frontières en renfort sur terre et en mer Egée. Le journal en ligne in.gr colle lui aussi à la démonstration de force gouvernementale, détaillant un véritable arsenal anti-migrants, avec drones, sous-marins télécommandés, ballons dirigeables pour rendre donc le passage entre Turquie et Grèce impossible aux flots de désespoir humain en provenance d'Afghanistan qui s'annoncent.  

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Pour la Grèce, comme le répète au Guardian son ministre de la Protection des citoyens, il s'agit de "ne pas voir se répêter les scènes qui qs'étaient déroulées il y a six ans", en 2015 quand l'arrivée de dizaines de milliers de demandeurs d'asiles syriens avait débordé les capacités d'accueil des Grecs qui déplorent toujours le manque de soutien de l'Union européenne accusée de les laisser bien seuls avec ce fardeau.  

Dans le même registre  La Turquie elle aussi renforce sa frontière Est, celle avec l'Iran qui devrait être le principal pays d'exode des Afghans fuyant le retour des Talibans. C'est ce que nous apprenait en fin de semaine dernière le journal italien Il Fatto Quotidiano, cité par Courrier International ; on parle là d'un mur de 243 kilomètres de long, dont 156 sont déjà érigés. 

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En Grèce le quotidien de centre-gauche Efimerida n'est pas dupe de cet accent mis sur le péril migratoire par ce même ministre, Michalis Chrisochoidis qui était ces derniers jours sur la sellette pour sa désastreuse gestion des incendies géants qui ont révagé le pays cet été. "C'est une opération de diversion désespérée", selon le parti Syriza cité par The Greek City Times.  

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Et puis de toute façon, conclut Antonis Teopoulos pour Efimerida, le gouvernement grec de droite est arrivé au pouvoir et s'y maintient grâce à un discours très anti-migrants, quitte "à piétiner les obligations internationales du pays en matière de protection des réfugiés et de respects des droits humains". Les tentatives de Donald Trump et de bien d'autres l'ont déjà prouvé, jamais une barrière, un mur ou une clôture n'ont réussi à empêcher les désespérés du monde entier de se déplacer, pour tenter de survivre ou d'offrir une vie meilleure à leurs familles. C'est pourtant cette illusion-là, que la Grèce est en train de vendre à sa population... aux frais, bien entendu, de l'Union Européenne.

Dans la presse chinoise, un nom américain revient très souvent en ce moment : c'est celui de Fort Detrick. 

Fort Detrick, vous n'en avez sans doute jamais entendu parler... et rien que ça ça devrait vous mettre la puce à l'oreille si l'on en croit les dizaines d'articles plus conspirationnistes les uns que les autres qui ont fleuri tout l'été sur le réseau social Weibo et dans les journaux chinois.  

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C'est la BBC World qui relève cet emballement médiatique ce matin : Fort Detrick, c'est une base militaire américaine, au nord de Washington dans l'Etat du Maryland. Jusqu'en 1969, c'est vrai, elle a accueilli les équipes scientifiques (dont certains anciens chercheurs nazis ou japonais) qui travaillaient sur le programme secret de fabrications d'armes biologiques américaines. Mais depuis, officiellement les laboratoires sont devenus un centre de recherche médicale sur les virus, avec un labo P4 où l'on travaille sur Ebola, la variole, l'anthrax, et caetera... comme celui que l'on trouve à Wuhan en Chine. 

Or les Etats-Unis, on le sait, ont commandé à leurs services de renseignement une enquête sur l'origine de la pandémie de Covid-19, avec une forte suspicion autour d'une possible fuite du virus du laboratoire P4 chinois. Les conclusions du rapport d'enquête doivent être remises ce lundi à Joe Biden... et Pékin a donc préparé sa population tout l'été avec une contre-théorie, celle d'un coronavirus qui aurait été fabriqué dans le secret des laboratoires du fameux Fort Detrick, dont les zones d'ombres historiques ont été exhumées pour servir de base à une efficace théorie du complot.  

L'histoire est d'abord sortie dans d'obscurs journaux pro-Pékin, puis elle a été reprise sur des comptes-relais du renseignement chinois sur les réseaux sociaux, puis par la presse officielle, commentée et soutenue publiquement par des dirigeants de haut rang du pays. Une pétition pour réclamer une contre-enquête sur l'origine du Covid, à Fort Detrick a obtenu 25 millions de signatures en ligne, demandant à l'Amérique de faire toute la lumière sur ce qui se passe à Fort Detrick... 

Plus récemment encore, le quotidien nationaliste en anglais Global Timesa relayé ce clip de rap chinois intitulé "Open The door to Fort Detrick"  

Fort Detrick qualifié de "chaudron du diable" par les rappeurs : "combien de complots ont été ourdis derrière tes barbelés, combien de vies ont-ils volées ?" Le slogan, lui, dit "Ouvrez les portes de Fort Detrick, nous voulons la vérité". La BBC, pour sa part, retrace tout le cheminement dans la presse chinoise de cette théorie du complot presque chimiquement pure, un modèle du genre avec par exemple des articles bidons dans des revues scientifiques et des révélations faites par un soi-disant scientifique suisse... dont vérifications faites personne n'a jamais entendu parler. 

Plus c'est gros, plus ça passe... de toute façon, note une experte en communication à la BBC, cette propagande ne vise pas à convaincre l'étranger, mais à éviter que les doutes et les critiques grandissent dans la population chinoise sur la manière dont Pékin gère cette crise. Dans cette bataille des théories sur l'origine de la pandémie, dit l'universitaire citée, "l'important, ce n'est plus seulement de raconter une histoire, mais bien de l'inventer de bout en bout", pour être sûr qu'elle sera crédible.

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