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Billets de francs CFA d'Afrique de l'Ouest

Un ECO incertain pour remplacer le franc CFA en Afrique de l'Ouest

5 min
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Samedi à Abidjan, Emmanuel Macron a annoncé comme historique la fin du franc CFA en Afrique de l'Ouest et son remplacement par une nouvelle monnaie unique africaine, l'ECO. Une manière de court-circuiter la CEDEAO qui ne parvient pas à s'entendre sur ce projet de longue date ?

Billets de francs CFA d'Afrique de l'Ouest
Billets de francs CFA d'Afrique de l'Ouest Crédits : ISSOUF SANOGO - AFP

Revenons ce matin sur une annonce faite samedi à Abidjan par le président français Emmanuel Macron. 

Elle concerne un dossier crucial en Afrique, celui du franc CFA dont notre chef de l'Etat samedi, aux côtés de son homologue ivoirien Alassane Ouattara, a annoncé l'épilogue, en tous cas en apparence, la fin du franc CFA en vigueur depuis 1945 dans l'espace colonial puis post-colonial français en Afrique de l'Ouest.

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"Macron proclame la fin du CFA" en Afrique de l'Ouest, écrivait Afrik Soir dès samedi, car c'était bien celà l'effet d'annonce : donner à comprendre qu'il venait de se passer quelque chose "d'historique", que la France avait enfin renoncé à la Françafrique et à son instrument financier le plus fort pour maintenir son emprise sur ses anciennes colonies. Le franc CFA, nous a-t-on expliqué à Abidjan, va s'effacer derrière une nouvelle monnaie unique aux huit pays de l'union économique et monétaire ouest-africaine, l'UEMOA, une monnaie baptisée l'ECO et censée entrer en circulation dès l'an prochain, en juillet 2020 (précision importante, cela concerne bien le CFA d'Afrique de l'Ouest et pas celui d'Afrique centrale, ce groupe de pays-là ne semblant pas prêt à un tel changement pour le moment). 

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Pour preuve de son désengagement, la France confirme que l'UEMOA ne sera plus à l'avenir obligée de détenir la moitié de ses réserves de change sur un compte à la Banque de France ; il n'y aura plus d'administrateurs français aux commandes de la banque centrale de l'Union... au passage, note encore Afrik Soir, en faisant cette dernière annonce le président ivoirien confirme en creux ce qu'il avait toujours nié, à savoir qu'il restait bien des Français dans les instances dirigeantes du franc CFA.   

Mais "le CFA est mort, vive l'ECO", une nouvelle monnaie... finalement pas si nouvelle que celà !  

Pas en tous cas pour qui s'intéresse à l'économie africaine ces dernières années. Car ce nom d'ECO il renvoie surtout à un projet de monnaie unique beaucoup plus large, et pas lié à la seule question post-colonial en Afrique francophone. L'ECO, nous rappelle Modibo Mao Makalou pour Maliweb, c'est le nom validé ce même samedi 21 décembre à Abuja la capitale du Nigéria pour la soi-disant future monnaie commune à 15 pays membres de la CEDEAO (attention on change d'acronyme, de structure et d'échelle), la CEDEAO étant la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest qui regroupe donc, au-delà des 8 pays de l'UEMOA, des pays qui n'utilisent pas le France CFA actuellement et ont leur monnaie propre comme le Libéria, la Sierra Leone la Gambie ou le Nigeria, lequel en est de très loin la locomotive économique. 

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Or donc ce projet de monnaie unique de la CEDEAO, tout récemment baptisé l'ECO, c'est un serpent de mer en Afrique de l'Ouest : les chefs d'Etat en parlent régulièrement depuis 1975 mais les économistes africains comme celui cité par Maliweb n'y croient pas vraiment, en tous cas pas pour 2020 comme c'est offficiellement annoncé. Il y a une semaine encore, l'agence ECOFIN écrivait que cette échéance de 2020 pour la mise en circulation dans les 15 pays de la CEDEA s'éloignait car "pour le moment seul un pays, le Togo, remplit les critères de convergence économique".

Et puis surtout le Nigéria qui représente à lui seul les deux-tiers du PIB ouest-africain, traîne les pieds... tout comme il bafoue le principe même de la coopération économique depuis le mois d'août où il a fermé unilatéralement ses frontières terrestres avec le Bénin le Cameroun le Niger et le Tchad, pourtant tous membres de la CEDEAO.  Le projet de monnaie unique l'ECO version CEDEAO à 15 pays semble donc plus mal en point que jamais, analyse ECOFIN.

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Alors pourquoi donc Emmanuel Macron s'en mêle-t-il, en présentant l'ECO comme le successeur du franc CFA ? En faisant celà, le français "court-circuite la CEDEAO", écrit l'opposant politique ivoirien Mamadou Koulibaly sur le site Connection ivoirienne. Imaginer que 8 pays ex-franc CFA vont démarrer l'aventure périlleuse d'une monnaie unique ouest-africaine seuls, sans les 7 autres pays qui devaient prendre part au projet, est-ce possible, est-ce souhaitable ? Est-ce que ça va obliger les autres pays de la CEDEAO et en particulier le Nigeria à accélérer leur adhésion au projet? Est-ce que au contraire ça va les dissuader plus encore de se mettre "dans la roue" des 8 Etats issus de la zone d'influence française ? 

Sur le site ivoirien Yeclo.com, Ferro Bally résume la situation par cette formule : "Sans le Nigeria, l'ECO apparaît comme un marché de dupes", d'autant que le successeur du CFA présenté samedi à Abidjan sera toujours indéxé sur l'Euro ce qui atténue l'idée d'une pleine souveraineté africaine sur cette monnaie. "Le cordon ombilical n'est pas coupé", et en lançant leur monnaie sans les autres membres de la CEDEAO, les 8 pays de l'UEMOA confirment qu'ils "restent dans le pré carré de la France", commente encore Ferro Bally. 

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Au Sénégal enfin, le journal en ligne SénéNews note le tour de force réalisé par les présidents Ouattara et Macron : en annonçant la fin prochaine du franc CFA en Afrique de l'Ouest il pensaient satisfaire la jeunesse africaine très hostile à cette monnaie du passé, mais au final ils ont réussi à "s'attirer les foudres de cette même jeunesse". Car tel qu'il a été présenté samedi, le passage du CFA  à l'ECO ressemble à un changement de nom plus "cosmétique" qu'historique selon le leader panafricaniste Kémi Séba, principal pourfendeur du franc CFA et très populaire chez les jeunes d'Afrique de l'Ouest... et dont on apprenait dimanche l'arrestation au Burkina Faso où il participait justement à un débat public sur le CFA.

Crédits : Alain Bommenel, Philippe Mouche - AFP

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