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Tests cliniques d'un vaccin anti-Covid19, Califormie, août 2020

La solidarité internationale à l'épreuve de la vaccination contre le Covid-19

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Au G20 ce week-end, les pays les plus riches du globe ont redit leur engagement à aider les plus pauvres dans l'accès aux futurs vaccins anti Covid. Mais dans la pratique, cette solidarité se met-elle réellement en place ? Au Guatemala, colère populaire contre le budget et la répression policière.

Tests cliniques d'un vaccin anti-Covid19, Califormie, août 2020
Tests cliniques d'un vaccin anti-Covid19, Califormie, août 2020 Crédits : Chandan Khanna - AFP

Des questions, à travers le monde, sur l’accès aux vaccins contre le Covid-19.

Tout part, comme l’indique The Washington Post, de ce G20 en visioconférence qui a eu lieu ce week-end, et qui s’est clos sur une déclaration, volontariste certes mais un peu convenue tout de même, sur la nécessité des pays les plus riches de la planète de renforcer leur coopération pour s’assurer que les vaccins tant attendus seront bien également disponibles dans la partie la plus démunie du globe.

L’intention est bonne, et elle est unanime ; enfin à l’exception toutefois des États-Unis de Donald Trump qui, rappelons-le, n’ont pas rejoint l’initiative internationale Covax pour financer justement l’achat et la distribution de vaccins dans les pays qui ne pourront pas le faire eux-mêmes.

Mais au-delà de ces belles intentions, il n’y "pas grand-chose de concret qui se met en place, nous sommes en train de prendre du retard" : ce n’est pas moi qui le dit mais c’est la chancelière allemande Angela Merkel. Elle est citée par la BBC dans son message au G20 : alors que les pays les plus développés évoquent avec précision leur date de mise sur le marché du vaccin, et précisent les contours de leurs plans de vaccination de masse, du côté de l’initiative Covax, "les négociations entre pays participants n’ont pas encore commencé, il est grand temps de s’en inquiéter", alertait dimanche Angela Merkel. 

Pour tenter de la rassurer, et de nous rassurer au passage, on lira dans le Straits Times de Singapour que l’UNICEF annonce avoir précommandé 2 milliards de vaccins, qui seront envoyés tout au long de l’année 2021 là où il y en aura le plus besoin à travers le globe, dans une "opération mammouth", selon le terme choisi par l’agence onusienne. L’UNICEF, premier acheteur de vaccin au monde, sera le bras armé de la stratégie Covax sur le terrain ; elle a passé des accords avec 350 compagnies aériennes et ciblera en priorité des pays comme le Burundi, l’Afghanistan, ou le Yemen, entre autres.

En voilà donc, du concret, promis pour l’an prochain. Mais dans les pays (riches) producteurs des vaccins, on se demande déjà si l’on pourra se faire vacciner pour Noël. The Guardian le claironne : "les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni pourraient commencer à vacciner leur population dès ce mois de décembre"… Dans les starting-blocks, selon The Sunday Telegraph, l’autorité sanitaire britannique se dit prête à valider la mise sur le marché du vaccin Pfizer/BioNtech dès le 1er décembre, coiffant sur le poteau les Américains qui eux visent la date du 11 décembre. En Espagne, El Pais détaille le plan de Pedro Sanchez pour vacciner, c’est en tout cas l’ambition du gouvernement espagnol, un quart de la population dans 13000 centres de vaccination au premier semestre 2021.

"Il n'y pas de mal, d'un point de vue moral, à vouloir s'occuper des siens avant de s'organiser pour venir en aide aux autres", argumente Rainer Haubrich, dans les colonnes de Die Welt en Allemagne... un peu comme dans l'avion on met son gilet de sauvetage avant d'aider son voisin à le faire. Difficile de ne pas y voir une tentative maladroite de de lever ce vague sentiment de culpabilité que ressentent les sociétés occidentales au moment de basculer dans cette séquence de la vaccination qui s'annonce qu'on le veuille ou non, COVAX ou pas, profondément inégalitaire.

La Russie et la Chine, elles, ne donnent pas de dates ni de grands chiffres sur leur futur dispositif de vaccination, mais elles se tiennent prête, dans les limites de leurs propres frontières et de leur propre population… et bien au-delà : Moscou et Pékin ont très bien compris, analyse Der Spiegel que ceux qui contrôleront la distribution du vaccin contrôleront le monde… dans les années qui viennent. La Chine a intégré des pays comme le Brésil par exemple aux tests cliniques de son vaccin, la Russie a fait la même chose avec l’Inde pour ne citer qu’elle… avec à chaque fois des promesses de priorités sur la mise à disposition du vaccin une foi homologué. Cela crée de nouveaux liens de coopération, mais surtout de dépendance géopolitique entre ces pays, et ça pourrait bien redéfinir l’équilibre des relations internationales dans la décennie qui s’ouvre, selon donc Der Spiegel.

Parmi les évènements du week-end passé sur la planète, on retiendra ce mouvement de contestation qui s’est levé au Guatemala.

Deux jours déjà de manifestations dans les principales villes du pays, nous dit le quotidien mexicain El Universal, et des foules guatémaltèques qui demandent rien de moins que la démission de leur président Alejandro Giammatteï. L’origine de leur colère, c’est le projet de budget national pour l’an prochain, un budget comme jamais le petit pays d’Amérique centrale n’en avait connu, avec une dette qui se creuse dangereusement et pourtant des réductions drastiques pour les fonds alloués aux services publics, éducation et santé. 

En fait, explique El Pais America, cette manne de 10 milliards d’euros profiterait en l’état très largement au secteur privé, selon des critères de répartition très mal définis. Les Guatemaltèques apparemment ne font pas du tout confiance à leur élite pour faire bon usage de tout cet argent et se méfient bien sûr de la corruption, du détournement de fonds publics qui siphonne les caisses de l’Etat de manière encore plus forte , nous dit-on, depuis le début de l’épidémie de Covid-19.

Dans le journal local El Periodico, on revient sur ces manifestations pacifiques de samedi et dimanche, qui se sont tout de même terminées en une intense répression policière. Samedi soir dans la capitale le bâtiment du parlement guatemaltèque a été incendié, ce qui a justifié l’intervention des forces de l’ordre. Pour El Periodico, il n’y a guère de doute : ce sont des agents de l’Etat déguisés en casseurs qui ont fait le coup, pour affaiblir la contestation. Ça n’a pas marché, le lendemain ils étaient encore plus nombreux dans les rues et toujours déterminés à refuser la violence. Quelque chose me dit que l’on n’a pas fini de parler du Guatemala ces prochains jours.

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