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Etats-Unis : 2020 comme un remake de 2016 ?

5 min
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La presse internationale s’intéresse de près ce matin à l’affaire des conversations entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, le président ukrainien.

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Cette affaire, qui a été révélée par le Wall Street Journal vendredi, distille si vite son poison, aux Etats-Unis comme en Ukraine, que “jour après jour, explique en substance le journal Oukraïnska Pravda, à Kiev, il faut en suivre de très près les développements", tant sont importants chacuns de ses rebondissements. En réalité, vu la teneur des révélations, c’est peu de dire que les dirigeants ukrainiens sont pris entre deux feux. “Pris au piège, même, explique The Washington Post, entre deux factions, actuellement en guerre à Washington”. 

Pour bien comprendre, il faut revenir sur ce qui est reproché à Donald Trump, depuis qu’un lanceur d’alerte encore non identifié a saisi l'inspecteur général des services de renseignement US, au début du mois d’août dernier : d’après le Wall Street Journal, la source en question, membre des services de renseignement, a indiqué avoir repéré, à huit reprises, lors d'une discussion téléphonique entre Trump et Zelensky, ce qui pourrait s’apparenter à une forme de chantage : le déblocage, par Trump, d’importants fonds d’aide américains pour l’Ukraine, en échange d’une promesse, de Zelensky, de rouvrir une enquête judiciaire, en Ukraine, contre le fils de Joe Biden : Hunter Biden (qui pendant que son père était vice-président de Barack Obama, faisait de juteuses affaires, à la tête de Burisma, un groupe gazier et pétrolier ukrainien). 

Or, Joe Biden est comme on le sait le concurrent le plus sérieux, pour Trump, dans la course à la Maison Blanche. Ce qui, au delà de l’humiliation légitimement ressentie en Ukraine quant à ce qui ressemble à une tentative d’ingérence judiciaire, pose la question en ces termes, explique The Washington Post : "soit les autorités ukrainiennes cèdent à la demande de Trump, et elles s’attirent la colère des démocrates, soit elles défient Trump et devront faire face à la colère d'un président qui s’est montré capable de geler subitement 250 millions de dollars d'aide militaire", avant de finalement les libérer. 

Quoi qu’il en soit : au moindre mouvement, les ukrainiens risquent de briser le consensus bipartite aux Etats-Unis (qui pour l’instant leur est favorable), poursuit le Washington Post. Autre façon de dire que dans cette affaire, ils ont tout à perdre. Et c’est ainsi que l’on peut comprendre les démentis récents du chef de la diplomatie ukrainienne. Car d’après Oukraïnska Pravda, qui a retrouvé le communiqué de presse publié par Kiev, juste après le coup de fil suspecté (en date du 25 juillet), la présidence ukrainienne a bien écrit ceci, en guise de compte rendu de l’appel : "Donald Trump est convaincu que le gouvernement ukrainien sera en mesure de mener à bien rapidement des enquêtes sur des affaires de corruption qui ont entravé la coopération entre les deux pays", le communiqué américain ayant été, lui, beaucoup plus laconique.

Aujourd’hui que le soupçon pèse sur ce coup de fil, le chef de la diplomatie ukrainienne tente de minimiser : "Je connais le contenu de cette conversation, a expliqué Vadim Pristaïko, hier, à la radio Hromadske, et je pense qu'il n'y a pas eu de pression" de Trump, pendant la conversation. 

Depuis, Trump lui-même, a pourtant expliqué, en direct sur CNN (repris ce matin par The New York Times) avoir effectivement parlé du fils Biden lors de la conversation : "j'ai surtout félicité Zelensky, expliquait Trump hier soir, avant de s'envoler pour le Texas, et on a aussi parlé corruption, et surtout du fait que nous ne voulons pas que notre peuple, comme le vice-président Biden et son fils, renforce le problème de la corruption en Ukraine". Donald Trump s'est dit, dans la foulée, favorable à ce que la transcription de l'échange téléphonique soit publié, ce a quoi Mike Pompeo (le chef de la diplomatie US) ne s'est pas opposé, contrairement... aux ukrainiens !

Quoi qu'il en soit, on peut déjà considérer que la campagne entre Républicains et Démocrates, pour la Maison Blanche, en 2020 est plombée. Comme en 2016, mais de manière visible, cette fois, elle risque de se jouer en grande partie en dehors des Etats-Unis. 

La question qui se pose, ce matin, dans la presse états-unienne, est celle-ci : le fait de retarder le versement des 250 millions d'aide militaire à l'Ukraine peut-il être considéré comme une preuve de chantage ? Le Washington Post en profitant pour s'interroger sur le sentiment d'invulnérabilité qui semble habiter Trump.

Alors depuis ce week-end, les appels à la destitution de Trump se font de nouveau entendre, en même temps que les critiques, de plus en plus vives contre Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la chambre des représentants, qui s'y oppose. Mais quelle portée auront-ils, ces appels ? Il faut lire pour esquisser une réponse l'analyse de l'ancienne avocate Joyce Vance qui pose le diagnostic dans les colonnes du Washington Post : "face aux abus répétés de Trump, repoussant sans cesse depuis 3 ans les limites de son pouvoir, nous avons été progressivement, et collectivement, insensibilisés".

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