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Marcelo Rebelo de Souza réélu président du Portugal, Lisbonne le 24/01/21

Présidentielle : le Portugal s'offre un peu de stabilité en pleine tempête sanitaire

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Le président de centre-droit Marcel Rebelo de Souza a été réélu dès le premier tour, dans une élection marquée par la débâcle à gauche et la percée de l'extrême-droite. En mer du Nord débutent les derniers travaux du gazoduc russe NordStream-2 : une arme de sanctions européennes contre la Russie ?

Marcelo Rebelo de Souza réélu président du Portugal, Lisbonne le 24/01/21
Marcelo Rebelo de Souza réélu président du Portugal, Lisbonne le 24/01/21 Crédits : Patricia de Melo Moreira - AFP

Un président réélu dès le premier tour, sans contestation, dans un pays membre de l’Union Européenne, c’est assez rare pour être souligné.

Ce président c’est celui du Portugal, Marcelo Rebelo de Sousa : il a 72 ans et il a été réélu dimanche pour un second mandat, avec un peu plus de 60% des suffrages. Il l’a emporté dans tous les districts du Portugal, ce qui semble aussi très rare, à en croire le Diario de Noticias, lequel publie une analyse signée par la professeur en droit et politologue Assunçao Cristas. Pour elle, le tour de force de Marcelo Rebelo de Sousa est "d’avoir élargi son électorat par rapport à il y a quatre ans : lui qui vient du Parti social-démocrate portugais, formation de centre-droit, il s’est fait réélire par beaucoup de voix de gauche", à commencer par celles du Parti socialiste, qui dirige le gouvernement et qui n’avait pas officiellement aligné de candidat face au président. 

Le chef de l’Etat sort donc "renforcé" de ce scrutin, conforté pour agir en particulier face à la crise du Covid-19, "sur la base d’un consensus politique élargi"… Il y en a beaucoup, en Europe, qui pourront lui envier cette forte légitimité d’action. 

Dans les pages du quotidien Publico l’éditorialiste Manuel Carvalho l’écrit ainsi : dans une période parmi les plus dures que le Portugal ait eu à vivre depuis des décennies, avec une épidémie qui repart de plus belle, le fait que le président soit réélu par deux électeurs sur trois (même si les mesures de confinement font plafonner le taux d’abstention à un record de  60%), c’est un tour de force, et c’est surtout "une touche [appréciable] de calme et de stabilité au milieu de la tempête" actuelle.

Mais au-delà de cette stabilité apparente au sommet de l’Etat, l’élection d’hier rebat les cartes de tout le paysage politique portugais. C’est ce que dit encore Publicodans son article principal sur la présidentielle, avec deux enseignements forts à en tirer : dans l’ordre, il y a la gauche qui s’effondre, et l’extrême-droite qui s’affirme.

La gauche, d’après O Minho, n’a "vraiment pas de quoi faire la fête", même si c’est l’une des siennes qui arrive à la seconde place : Ana Gomes, issue du parti socialiste mais donc pas investie et soutenue par lui, récolte 13% des voix. Marisa Matias, du Bloc de Gauche, sombre avec 4% quand elle faisait le double en 2016. En résumé, trois candidats désunis à gauche ont récolté 25% des voix cette année, quand, à 4 candidats il y a 4 ans, ils en captaient plus de 40%.

Le désaveu est fort. "Aucun de ces candidats de gauche n’a réussi à s’affirmer comme alternative claire au président Marcelo Rebelo de Sousa" (qui, on le rappelle, gouverne avec le Parti socialiste), commente pour O Minho l’ancien leader du Bloc de gauche, Francisco Louça. Et surtout, aucun n’a réussi à développer de discours efficace pour contrer la montée annoncée, quasiment ex-nihilo, de l’extrême droite incarnée par le jeune parti Chega. 

Avec seulement un point de moins qu’Ana Gomes, son meneur André Ventura termine troisième de la présidentielle… Et s’il reconnaît, dans le Jornal economico,que c’est une "relative défaite" pour lui d’arriver derrière la socialiste qui, selon lui, incarne tout ce qu’il combat, "cette gauche médiocre qui soutient les minorités et détruit le Portugal", Ventura plastronnait tout de même dimanche soir et promettait que bientôt, il ne pourra plus y avoir de gouvernement sans son parti anti-système. 

"Un demi-million de Portugais a voté pour l’extrême-droite, s’alarme Mafalda Anjos dans son billet pour le newsmag Visao, et le pire c’est que les deux partis au pouvoir semblent s’en satisfaire". Au Portugal, comme chez nous, la montée de la droite extrême peut faciliter une élection ou une réélection au centre… Mais jusqu’à quel point ? S’interroge la directrice de Visao qui se demande si la démocratie centriste, préservée hier soir, n’est pas entrée à terme dans une fatale "mission hara-kiri"

Jetons un œil également à la presse allemande où il est ce matin encore beaucoup question de la Russie.

Pour revenir d’abord sur les impressionnantes manifestations d’opposition que l’on a pu voir samedi sur tout le territoire russe, pour exiger la libération d’Alexeï Navalny et dénoncer la corruption du régime Poutine. Un président rebaptisé "Papy dans son bunker" par les manifestants, d’après ce reportage signé Freidrich Schmidt dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung

Entre 110 et 160 mille manifestants selon les estimations, et plus seulement à Moscou et Saint-Petersbourg, insiste le journaliste : à Yakoutsk en Yakoutie, 300 courageux ont bravé les -51°C et la répression des policiers pour défiler malgré tout. Il y a donc bien un mouvement qui s’affirme malgré la violence de la répression incarnée par Navalny lui-même, constate la FAZ depuis Francfort, avant de s’interroger sur la manière dont l’Allemagne qui a soigné l’opposant empoisonné et plus largement l’Europe, peuvent s’élever contre ces violations absolues de la démocratie.

Eh bien Der Spiegel lui en donne une en nous annonçant qu’en mer Baltique, les travaux très controversés pour poser les derniers kilomètres de tuyaux du gazoduc sous-marin NordStream-2 sont sur le point de commencer au large du Danemark. NordStream2 doit permettre aux Russes de vendre leur gaz aux Européens sans passer par l’Ukraine, ce qui privera celle-ci d’un moyen d'équilibrer sa relation avec son dominant grand voisin. 

Dès lors on trouve dans Die Zeit et sur le site d’info Tag24 deux appels à Berlin et à Bruxelles, pour qu’ils s’opposent à la mise en service de pipeline si géostratégique. Contestation écologique d’abord, et politique ensuite, en ce que NordStream-2 est un "outil de chantage anti-démocratique" contre une Ukraine qui aspire à se rapprocher de l’UE. 

En privant la Russie d’un tel avantage, l’Europe enverrait un message fort à Vladimir Poutine… et à Alexeï Navalny dans sa prison. Les Etats-Unis, rappelle Der Spiegel, ont déjà menacé Moscou de sanctions ciblées sur le gazoduc… Berlin et Bruxelles pour le moment, restent très timorés.

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