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Benyamin Netanyahou à l'ouverture de son procès le 24 mai 2020

Israël : Benjamin Netanyahu fait de son procès une tribune

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A l'ouverture d'un procès en corruption qui s'annonce aussi historique qu'interminable, le PM israélien a dénoncé avec violence l'acharnement de la Justice et de la gauche contre lui. En Autriche, au Brésil et au Royaume-Uni, des dirigeants politiques violent leurs propres règles anti-Covid19.

Benyamin Netanyahou à l'ouverture de son procès le 24 mai 2020
Benyamin Netanyahou à l'ouverture de son procès le 24 mai 2020 Crédits : Yonathan SINDEL - AFP

Israël a ouvert ce dimanche une page inédite de son histoire judiciaire et politique.

Hier à Jérusalem s'est ouvert le procès pour corruption, fraude et abus de confiance de Benjamin Netanyahu qui n'est autre, rappelle le quotidien suisse Le Temps (mais est-il besoin de le rappeler ?) que le Premier ministre israélien en exercice. Le principal dirigeant du pays, réélu sans cesse depuis près de 20 ans, est donc dans le box des accusés, c'est "du jamais vu" comme le souligne le Washington Post ; les charges sont lourdes, contenues dans trois épais dossiers d'accusation, trois affaires distinctes.  

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Tout est donc réuni pour un procès "historique", mais aussi "potentiellement interminable", résume le Jerusalem Post qui nous explique qu'hier ce n'était que l'audience introductive d'un marathon judiciaire qui devrait durer des années : la prochaine audience n'est pas prévue avant le 19 juillet, et "n'allez surtout pas croire qu'elle va permettre d'entrer dans le vif des témoignages et des preuves à charge". Il faut dire que c'est la principale stratégie de Benjamin Netanyahu depuis des mois de freiner le bon déroulement de la Justice jusqu'à la diluer complètement ; ses réélections successives au cours de l'année écoulée, puis la montée de l'épidémie de Covid-19 lui ont donné des prétextes pour repousser la confrontation avec les juges... mais cette fois il n'a pas pu y couper ce dimanche,  son procès s'est bel et bien ouvert.

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Mais pour l'occasion l'accusé Netanyahu avait savamment orchestré sa communication. The Times of Israel revient sur la prestation du Premier ministre, son arrivée au tribunal entouré de caméras, avec des centaines de supporters venus lui apporter son soutien ; la photo qu'il a fait publier, de lui entouré des principaux ministres de son parti le Likoud, dans l'espace réservé aux accusés, puis le discours de trente minutes qu'il a prononcé à la barre, toujours flanqué de ses ministres, diffusé en direct sur toutes les radios et télés du pays : une manière de garder le contrôle sur la narration, de déjouer le piège des images qui auraient pu le montrer aux abois, acculé, mis en accusation. C'est plutôt lui, Benjamin Netanyahu, qui s'est offert le luxe d'accuser, poursuit Jacob Magid dans le Times of Israel : dans sa demi-heure de prise de parole préliminaire face aux juges, il a accusé la Justice aux mains de l'opposition d'être contre lui, de le harceler depuis des années, de vouloir sa chute et celle de l'Etat d'Israël.  

Une telle charge, contre la soi-disant dictature des juges gauchisants, était attendue de la part de Benjamin Netanyahu. Mais tout de même , sa virulence, hier au tribunal, interroge le journaliste Gidi Weitz, de Haaretz, qui y voit une véritable incitation à la haine des juges dans le même registre que celui utilisé par la mafia italienne à l'époque de l'opération main propres dans les années 90, et qui avait conduit, on s'en souvient, à l'assassinat du juge Giovani Falcone. Cet épisode italien résonne tout particulièrement depuis hier à Jérusalem, insiste Weitz, selon qui "Netanyahu s'entête à attaquer l'appareil judiciaire, et tout cela risque fort d'achever dans le sang".

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Mais le même quotidien Haaretz reconnaît aussi que ce procès est "une victoire" pour le Premier ministre. C'est un papier d 'opinion signé Gideon Levy, l'une des signatures de Haaretz, et il nous confirme qu'en réussissant comme on l'a dit plus tôt à délayer ce procès à l'extrême dans le temps, en polarisant à l'extrême l'opinion publique, Benjamin Netanyahu signe une magistrale réussite : son procès, sur lequel il garde la main en terme de communication, va monopoliser l'attention pendant des mois et des mois, tous le discours politique va tourner autour de ça, et le reste va pouvoir se passer loin des radars médiatiques ; le reste, en l’occurrence, ce devrait être "la poursuite, pour des années, de l'occupation des territoires palestiniens, de l'apartheid anti-arabes et de la fausse démocratie israélienne" dixit donc Gideon Levy qui déplore aussi que la gauche de son pays se retrouve "cantonnée à faire de la lutte contre la corruption son seul cheval de bataille, quand elle devrait mener ses vrais combats  idéologiques comme lutte pour la paix, la liberté, la justice, les droits humains ou l'égalité".  

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Voilà qui nous confirme donc que l'opinion est très tranchée, entre ceux qui voient dans le Premier ministre une victime et ceux qui en font l'incarnation du Mal, entre ceux qui sont prêts à tous pour défendre Netanyahu et ceux qui disent "Tout sauf Netanhayu". Entre les deux on trouve des journaux conservateurs comme le Yedioth Ahronot, le plus lu du pays. Son édito du jour appelle à "garder la tête froide et un esprit ouvert" dans ce procès tonitruant. Mais il faut préciser que ce même quotidien est directement concerné par les faits reprochés au Premier ministre, accusé (entre autres) d'avoir fait pression auprès d'un diffuseur de presse pour qu'il favorise le Yedioth Ahronot au détriment des journaux d'opposition et en échange bien entendu d'une couverture favorable de sa personne et de son gouvernement... On comprend mieux dans ce contexte pourquoi ce même journal insiste aujourd'hui sur le respect de la présomption d'innocence.

D'autres dirigeants politiques se retrouvent en accusation à travers le globe, cette fois autour du respect des règles de lutte contre la Covid-19.

Cela fait des mois que des centaines de millions de citoyens s'astreignent, tant bien que mal, à respecter les règles de confinement ou de simple distanciation édictées par leurs gouvernants, alors quand ces derniers sont pris la main dans le sac de non-respect de leurs propres consignes, forcément ça a du mal à passer. C'est même devenu quasiment une tendance dans l'actualité mondiale ce week-end. 

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En Autriche, d'abord, d'après la BBC  le président Alexander Van der Belen a du s'excuser publiquement et platement parce qu'il a été pris par la police, dans un restaurant de Vienne, après l'heure légale de fermeture fixée à 23 heures. "_Je suis sincèrement désolé, j'ai commis une erreur, c'était notre première sortie de déconfinement avec ma femme et deux amis, nous avons discuté et perdu la notion du temp_s", voilà ce que le président a du expliquer pour tenter de calmer les critiques qui le visaient.

Au Brésil, ensuite, The Guardian nous explique que Jair Bolsonaro, lui aussi président de la République, s'est encore fait des ennemis parmi ses administrés parce qu'il a, samedi soir, bravé toutes les règles de distanciation et de prudence sanitaire pour sortir ostensiblement dans les rues de Brasilia pour y acheter un hot-dog et une canette de soda qu'il a consommé, très fier de son coup, au beau milieu de la foule rassemblée autour de lui. 

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Une foule où l'on pouvait aussi bien entendre des slogans à la gloire du président que des cris de réprobation, certains le traitant même "d'assassin" pour s'afficher mangeant un hot-dog dans la rue au moment où son pays menace de devenir l'épicentre de la pandémie de Covid-19 avec près de 1 000 morts par jour.

Enfin au Royaume-Uni, c'est Boris Johnson qui est dans la tourmente, car il s'entête à défendre coûte que coûte son plus proche conseiller, Dominic Cummings, dont on a appris qu'il a bravé le confinement pour aller rendre visite à ses parents à 400 km de Londres.  

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Malgré la tentative de Bojo hier de mettre fin à cette polémique, il fait la Une de tous les journaux britanniques ce matin encore : The I par exemple parle d'un véritable "chaos au 10 Downing Street" où Boris Johnson paraît complètement affaibli par le soutien sans nuance qu'il apporte à son indéfendable conseiller de l'ombre. 

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Et The Independent de résumer le sentiment général avec cette question : "pourquoi nous, simples citoyens, devrions-nous continuer à suivre les règles et nous priver de tout, quand le conseiller du Premier ministre lui peut suivre son instinct et traverser le pays pour aller voir sa famille ?".

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