LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Cinq ans plus tard

Malgré les boycotts, Emmanuel Macron ne recule pas sur le droit à la caricature

5 min
À retrouver dans l'émission

La presse internationale se fait aujourd'hui largement écho du tweet d'Emmanuel Macron, dans lequel il réaffirme (sans le nommer) le droit à la caricature. Et ce, malgré les boycotts de produits français dans certains pays du Moyen-Orient, ou encore des quolibets venus de Turquie.

Cinq ans plus tard
Cinq ans plus tard Crédits : AFP

C'est encore et toujours la pandémie de Covid-19 qui fait la Une dans quasiment tous les pays du globe ce matin. De record de contaminations en record de contaminations, d'état d'urgence prolongé en couvre-feu élargi, difficile encore de passer à côté du vilain virus. Malgré cela un tweet d'Emmanuel Macron figure tout de même en bonne place dans les manchettes. Un message présidentiel rédigé en français, mais aussi en anglais et en arabe pour l'occasion.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Un tweet à remettre évidemment dans son contexte, avec la levée de bouclier de certains pays ou acteurs privés au Moyen-Orient, dans le monde arabe et même au Maghreb, après les récents propos du président français. Lors de son discours hommage à Samuel Paty, professeur assassiné par un extrémiste religieux tchétchène il y a dix jours, Emmanuel Macron a notamment défendu les caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo. S'ensuivit plusieurs appels à boycotter les produits français au Moyen-Orient, mais aussi une réaction violente du président turc Recep Tayip Erdogan : "Mais quel est son problème avec les musulmans ? Ce Macron a besoin de faire examiner sa santé mentale" a notamment déclaré le président turc samedi. Voilà pour le contexte.  

Le tweet d'Emmanuel Macron fait donc par exemple ce matin la Une du journal égyptien Ahram ou encore du site internet saoudien Al Jazirah. Le média saoudien se borne à relayer les déclarations du président français, mais aussi la réaction d'une institution religieuse saoudienne, le Conseil des chercheurs chevronnés. Selon ce conseil "caricaturer le prophète ne lui fera pas de mal, mais cela donnera de l'eau au moulin des extrémistes religieux". Et pour l'anecdote le site Al Djazeera a en bonne place un onglet caricature, avec ce matin un homme ressemblant au prophète Mahomet, transformé en médecin et prêt à distribuer cachets, pilules et vaccins en tout genre pour lutter contre le coronavirus. 

Les produits laitiers français sont notamment boycottés au Koweït
Les produits laitiers français sont notamment boycottés au Koweït Crédits : AFP

Le journal émirati Al Arrabyia préfère lui mettre en avant un autre tweet - décidément, comment faisait-on avant Twitter ? - du Quai d'Orsay cette fois. Le ministère des Affaires étrangères qui appelle les gouvernements des pays concernés à mettre fin aux appels à boycott, et rappelant que "les musulmans en France font partie de la société et de l'histoire de la république", c'est d'ailleurs la phrase mise en exergue par ce média des émirats. Au Maroc, le quotidien Le Matin relaye lui la parole royale. "Le Royaume du Maroc dénonce ces actes (les caricatures) qui reflètent l’immaturité de leurs auteurs, et réaffirme que la liberté des uns s’arrête là où commencent la liberté et les croyances des autres".

Sur la toile arabe, les publications visant à soutenir Charlie Hebdo ont été nombreuses

Et pour trouver ce matin de la prise de position ou du contenu éditorialisé sur le sujet, il faut prendre la direction du Liban. D'ailleurs, le Hezbollah a condamné hier la position d'Emmanuel Macron, parlant "_d'allégations fallacieuses autour de la liberté d'expressio_n", et quelques mouvements de protestation ont eu lieu dans le sud du pays à Tripoli et Saïda pour condamner les caricatures du prophète. Et bien, le quotidien libanais L'Orient-Le jour consacre une large page au "dialogue de sourd" comme il l'appelle entre la France et le monde musulman. "Jamais depuis la fin de la guerre d’Algérie les relations entre la France et le monde musulman n’ont été si tendues, le fossé aussi profond et l’incompréhension si vive"  commence d'emblée la journaliste Soulayma Mardam Bey. Elle liste ensuite les appels à boycott dans plusieurs pays du Moyen-Orient : sur l'agroalimentaire notamment, mais aussi les 430 agences de voyage au Koweït qui ont suspendu leurs ventes de séjours en France, ou encore le report de la semaine culturelle française par l'université du Qatar. "Loin semble l’époque où la France était perçue comme, sinon une alliée, du moins une interlocutrice compréhensive du monde arabe" continue la journaliste, qui cite en exemple le conflit israélo-palestinien ou encore le refus français d'accompagner Georges Bush dans sa croisade irakienne en 2003. 

Soulayma Mardam Bey tente de trouver les racines politiques de ces tensions, mettant dos à dos un Emmanuel Macron dans les starting blocks pour 2022 et le couple Iran Turquie, tous deux en quête de leadership et de légitimité. Finalement, la journaliste relativise ce débat, décrivant des réactions beaucoup plus symboliques que massives, rappelant la vivacité du débat au sein des populations des pays arabes et du Moyen-Orient autour de la place du politique et du religieux, et conclut que "sur la toile arabe, les publications visant à soutenir Charlie Hebdo ou à défendre la conception française de la laïcité ont été nombreuses".   

Les relations entre Ankara et Paris de plus en plus fraîches
Les relations entre Ankara et Paris de plus en plus fraîches Crédits : Christian Hartmann - AFP

Macron vs Erdogan

Et la presse turque - évidemment - fait ses choux gras du duel Erdogan-Macron, alors que la tension entre Paris et Ankara semble à son comble (l'ambassadeur français à Ankara a même été rappelé). D'un côté la presse pro-gouvernementale s’indigne des discours et tweets d'Emmanuel Macron : “Macron l’insolent joue avec le feu”, titre ainsi le quotidien islamiste Yeni Akit. "Incapable de gérer la crise économique et sanitaire que connaît son pays, Macron tente de faire diversion en s’en prenant aux valeurs de l’islam. En affichant sur des bâtiments publics des villes de Toulouse et Montpellier ces caricatures, la France insulte officiellement le prophète” continue le journal. Température différente dans la presse d'opposition, à l’image du média en ligne Ahval qui écrit :  “Seule puissance dans la région à brandir l’étendard de l’islam politique, la Turquie s’en prend à tout le monde, et cela dégénère avec Erdogan qui traite Macron de fou. Les beaux jours de la Turquie en Europe semblent terminés" conclut le journaliste.  

Ce qui est certain, c'est que Recep Tayip Erdogan n'a une nouvelle fois pas fait dans la courtoisie et la bienveillance. Cabu disait que le dessinateur de presse était forcément contre tout, qu'il lui était difficile de dire du bien de quelqu'un. Pas impossible donc que le président turc ait du talent en dessin.

Chroniques
7H40
40 min
L'Invité(e) des Matins
Economie : les faux espoirs d'une reprise, avec Patrick Artus
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......