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Rassemblement des "sardines" contre la Lega

Les "sardines" italiennes mettent Matteo Salvini en échec

5 min
À retrouver dans l'émission

Les élections en Emilie-Romagne et en Calabre ont vu l'extrême-droite échouer à conquérir le pouvoir, en bonne partie grâce au mouvement populaire des "sardines" qui s'est soulevé à Bologne contre la Lega. Des nuages de criquets sèment la désolation en Afrique de l'Est.

Rassemblement des "sardines" contre la Lega
Rassemblement des "sardines" contre la Lega Crédits : ELIANO IMPERATO - AFP

Nous sommes ce matin en Italie où deux élections régionales se disputaient ce dimanche. 

Deux scrutins à fort enjeu national qui se déroulaient en Calabre (la pointe de la botte italienne) et en Emilie-Romagne (la région de Bologne, juste au nord de la Toscane). Dans une Italie où l'offre politique est en pleine recomposition chaotique depuis quelques années, il s'agissait, en gros, de savoir si l'extrême-droite, la Lega de Matteo Salvini, pouvait revenir en force cinq mois après son départ du gouvernement. 

La réponse, vous la lirez ce matin en Une d'Il Sole 24 Ore. Les résultats des deux élections régionales sont bien différents (la droite de Forza Italia l'emporte en Calabre et le centre-gauche du Parti démocrate s'impose en Emilie-Romagne), mais ce que l'on en retient c'est ce point commun : dans les deux cas la Lega a été battue et il y a un autre grand perdant, le Mouvement 5 Etoiles. 

Les deux "nouveaux partis" italiens ne font donc plus recette, eux qui avaient conquis ensemble le pouvoir mais avaient été incapables de s'entendre pour le partager durablement. Il ne faut toutefois pas tout mélanger, selon Il Fatto Quotidiano : les 5 Etoiles sont laminés, ils font moins de 5% en Emilie-Romagne où ils perdent toute représentation quand la Lega, elle, perd, certes, mais de quelques points seulement face au Parti démocrate. 

Or le Mouvement (anciennement "anti-système") des 5 Etoiles, il faut le rappeler, fait partie du gouvernement actuel, aux côté justement des démocrates. Pour Il Sole-24 Ore, le rapport de force au sein du Conseil va clairement changer dans les jours qui viennent : le M5S va y laisser des plumes, et plus sûrement encore des ministères. 

Car le Mouvement 5 Etoiles n'a pas su s'adapter au retour en force du clivage droite-gauche en Italie. C'est là encore l'analyse de Lina Palmerini dans Il Sole : Matteo Salvini a tout fait pour faire des élections en Emilie-Romagne (une terre traditionnellement acquise à la gauche) un scrutin d'ampleur nationale en se présentant comme la vraie alternative de droite soit-disant recentrée ; il a donc joué à fond le retour à la bipolarisation gauche-droite. Les électeurs s'y sont apparemment retrouvés... mais pas au point tout de même de donner la victoire à la Lega.  Mais entre les deux, le M5S n'a pas su trouver sa place, au risque de se dissoudre dans le vide politique qui semble l'aspirer irrémédiablement depuis des mois.

Ce qu'il faut retenir, aussi, de ces deux élections régionales, c'est, selon La Stampa, en Calabre le fait que c'est la première fois qu'une femme, Jolle Santelli de Forza Italia, devient gouverneure d'une région italienne.  En Emilie-Romagne, ensuite, tous les quotidiens notent que la participation au vote a été beaucoup plus élevée que lors des dernières régionales. 67% hier contre 37% en 2014, c'est pas loin du double... et pour ce sursaut de participation, à en croire La Repubblica, le Parti démocrate peut dire un grand merci aux "Sardines".

Les sardines, c'est ce mouvement populaire né il y  deux mois à Bologne : issu de la société civile, il a rassemblé à plusieurs reprise des milliers de citoyens autour du refus du populisme et du souverainisme xénophobe incarné par Matteo Salvini et la Lega. Ce front du refus antifaésciste a porté ses fruits hier dnas les urnes, et dans La Repubblica donc l'un des fondateurs du mouvement se félicite que les habitants d'Emilie-Romagne se soient selon lui "libérés", qu'ils se soient "sentis reponsables du vote", et qu'ils aient eu "un vrai effet multiplicateur sur la participation". 

Sans les sardines, c'est à peu près clair, Salvini aurait réussi son pari d'arracher à la gauche Bologne et l'Emilie-Romagne. A ceux qui se demandent à présent si le mouvement va rentrer dans le range social-démocrate ou bien déboucher sur la fondation (encore) d'un nouveau parti politique,  les poissons-pilotes des sardines ont annoncé hier qu'on en les verra plus à la télévision, qu'ils suspendent leur mobilisation avec le sentiment du devoir accompli... au moins jusqu'à la mi-mars où ils organiseront à Naples leur premier Congrès national.

J'en termine avec cette citation lue dans Il Corriere della Serra : paroles de socialiste, donc du Parti démocrate italien, et paroles de soulagement absolu. " Si Salvini avait gagné, nous n'aurions rien pu faire contre son grand retour national. Nous aurions fini commes les socialistes français !"

Un oeil à présent sur l'Afrique de l'Est frappée par une invasion de criquets du désert. 

Les images m'ont frappé, ce matin dans plusieurs journaux du Kenya, de l'Ouganda de la Somalie ou du Sud-Soudan. 

The Daily Nation par exemple à Nairobi détaille l'ampleur de ces nuages d'insectes géants qui fondent en quelques heures sur des localités entières et y dévorent les cultures. Au sud de la capitale kényane, ils semblent particulièrement friands des champs de muguka, une herbe stimulante qui se mâche et dont la culture tend à remplace depuis quelques années celles des plantes traditionnelles comme les haricots le riz ou le maïs.

Les criquets, donc, sont nombreux et voraces comme ils ne l'avaient plus été depuis près de sept décennies dans cette partie de l'Afrique orientale. Les fermiers perdent leur récoltes en quelques jours ; ils tentent, un peu désespérement, de faire fuir les insectes en brûlant des feuilles de poivrier... mais la bataille est perdue d'avance : la BBC cite la FAO, l'agence onusienne pour l'alimentation et l'agriculture, selon qui le nombre de criquets pourrait encore être multiplié par 500 d'ici au mois de juin. 

Les nuages de criquets viennent apparemment du Yémen, de l'autre côté de la Mer Rouge, et ils prolifèrent grâce aux conditions météo favorables, en particulier les fortes chutes de pluie à la fin de l'année dernière sur la corne de l'Afrique. Face à un tel péril, l'éditorial du journal The East African nous dit que les Etats seuls ne pourront rien, presque aussi impuissants que les fermiers kényans avec leurs feuilles de poivrier. La menace est régionale, la réponse doit l'être aussi ; au-delà de l'aide internationale attendue d'urgence, les gouvernements de la région doivent coordonner leurs efforts, ce qui est loin d'être gagné pour le moment.

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