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Vestiges du Groupe Etat Islamique en Irak en 2016

Abou Bakr al-Baghdadi est mort. Quid du Groupe Etat Islamique ?

5 min
À retrouver dans l'émission

La mort du leader de Daech a été saluée partout dans le monde, mais elle est accompagnée de pessimisme. En Syrie, l'opération militaire contre Abou Bakr al-Baghdadi révèle les limites de la stratégie de politique étrangère de Donald Trump et promet une résurgence de l'activité terroriste.

Vestiges du Groupe Etat Islamique en Irak en 2016
Vestiges du Groupe Etat Islamique en Irak en 2016 Crédits : Christian McGrath - Getty

Retour sur la grande annonce du weekend, la mort du chef du Groupe Etat Islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. Et partout dans le monde, un même constat.

Bien évidement, toute la presse commence par saluer la mort d'al-Baghdadi. Il était jusqu'ici le grand visage bien identifié du terrorisme. L'homme qui s'est présenté au monde le 5 juillet 2014, sa seule apparition publique à la mosquée Al-Nouri de Mossoul : face à un micro, tenue noire, large barbe et grosse montre au poignet, quelques jours après la proclamation du Califat. Et si les mots choisis par Donald Trump hier pour raconter l'opération militaire en Syrie qui a conduit à sa mort - al-Baghdadi qualifié de "chien", de "lâche", ont pu être discutés, nombreux sont ceux qui sont d'accord avec Donald Trump sur la nature même du personnage et du risque qu'il représentait pour le monde.

Le New York Times notamment, donnerait presque raison au Président américain qui hier, se vantait d'avoir fait éliminer un ennemi bien plus important et dangereux qu'Oussama Ben Laden. Certes, personne n'est dupe et voit bien là une occasion saisie une nouvelle fois par Trump pour tenter se montrer supérieur à Barack Obama, tombeur de Ben Laden. Mais le journal en convient, sa mort est profondément importante car al-Baghdadi était plus influent, plus redoutable et peut-être plus diabolique qu'Oussama Ben Laden, dans le sens où l'irakien, formé chez Al-Qaïda, a su faire mieux que ses mentors. Il a su profiter du chaos apporté par la guerre civile en Syrie pour créer un état, sur un territoire contrôlé, amasser une fortune pour financer une force militaire considérable. Le groupe Etat Islamique devenant ainsi selon le journal, "le plus riche et le plus puissant des groupes terroristes de l'histoire contemporaine".

Dans l'esprit des américains, tempère tout de même un journaliste sur le site de NBC, on peut faire toutes les comparaisons possibles, la mort d'al-Baghdadi n'aura jamais le même impact que celle de Ben Laden, qui a marqué la chair et les esprits des américains en s'attaquant à eux de la façon la plus violente et la plus spectaculaire qui soit au World Trade Center en 2001. 

La presse ce matin revient donc en long, en large et en travers sur les détails de l'opération. Al Jazeera, faisant de loin, le travail le plus complet à ce jour, avec notamment sur son site, un reportage de son journaliste sur place, dans la province d'Idleb, dans les décombres de la maison qui abritait al-Baghdadi, jusqu'à l'entrée bouchée des tunnels où le chef de l'EI a fait sauter sa ceinture d'explosifs. Mais plus important, les journaux s'interrogent : maintenant que la figure est morte, quelles sont les conséquences ? Le Washington Post rappelle que, certes, ce chef charismatique ne sera pas facilement remplaçable, mais il y aura une nouvelle tête à l'organisation. Ensuite, n'oublions pas, précise le New York Times, que le futur chef de l'EI pourra toujours compter sur des cellules terroristes dormantes, éparpillées un peu partout dans le monde, prête à agir pour le compte de l'organisation. Et puis, le futur successeur sera certes sans véritable état mais pourra toujours compter sur les dizaines de milliers de combattants encore présents dans les régions irakiennes et syriennes. L'EI a "le vent en poupe" explique le journal Le Temps. Les troupes sont toujours mobilisées. En particulier, dans la région d'Idleb, véritable refuge, proche de la frontière turque, au point qu'il a pu abriter le terroriste le plus recherché pendant des années sans être inquiété. 

Abou Bakr al-Baghdadi en 2014 lors juste après la proclamation du Califat
Abou Bakr al-Baghdadi en 2014 lors juste après la proclamation du Califat Crédits : AFP

D'ailleurs, cette opération militaire américaine dans le nord de la Syrie, fait resurgir la question du retrait des Etats-Unis de Syrie. Décision qui, dans ce nouveau contexte, inquiète beaucoup.

Et il n'y a pas que la presse d'opposition dans ce cas. Le site conservateur The Hill témoigne des nombreuses critiques qui s'inquiètent d'un retour en force de l'EI dans la région, depuis l'invasion turque et depuis le départ des forces kurdes qui ont lutté avec ardeur contre les jihadistes pendant des années. Tout cela découlant directement du choix de Donald Trump de faire partir les soldats américains du territoire. Un choix inhabituel pour le New York Times car la stratégie américaine en matière de politique étrangère s'appuie généralement sur trois éléments : des alliances robustes, une foi inébranlable en les informations des agences de renseignement et une présence militaire partout dans le monde. Or, Donald Trump a abandonné la coopération rapprochée avec les forces kurdes, sa confiance en leur service de renseignement est à géométrie variable -la crise ukrainienne étant l'exemple le plus récent, et sa promesse de retrait de Syrie mise à exécution. Une situation d'autant plus ironique que la mort d'al-Baghdadi par un commando américain, n'aurait jamais pu se concrétiser sans le coup de pouce des kurdes sur le terrain et sans le travail des Renseignements. 

Pour le journal The Independant, la mort d'al-Baghdadi tombe pile poil au moment où les décisions de politique étrangère de Donald Trump permettent une résurgence des groupes terroristes en Syrie. Le retrait des troupes partiel a précipité le conflit entre kurdes et turques, créant le chaos, alors même que l'on pouvait se réjouir quelques mois plus tôt du grand coup militaire porté au Califat. Enfin, décision d'autant plus confuse et dommageable que Donald Trump a répété hier qu'il comptait laisser une présence militaire pour protéger les champs de pétrole dans l'est du pays. Au niveau des priorités, la lutte contre le terrorisme passe après la préservation des réserves de pétrole, conclue le journal. Et quand bien même, l'armée américaine serait venue à bout du Groupe Etat Islamique à 100%, comme l'administration Trump n'a cessé de le répéter encore hier, pour le site NBC qui rapporte des propos d'un ancien membre de l’administration Bush -qui est bien placé pour savoir de quoi il parle, "ce serait prendre les américains pour des idiots de penser que la menace diminue grâce à la mort d'un leader terroriste".

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