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Journalistes écoutant emmanuel Macron sur le Liban, le 27/09/20 à Paris

Liban : Macron hausse le ton, le Hezbollah fait la sourde oreille

5 min
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Au lendemain des propos très critiques du président français contre l'élite politique libanaise et particulièrement le Hezbollah, les médias affidés à ce dernier font mine de ne pas avoir entendu les critiques. L'horizon semble s'assombrir dangereusement pour le pays du cèdre.

Journalistes écoutant emmanuel Macron sur le Liban, le 27/09/20 à Paris
Journalistes écoutant emmanuel Macron sur le Liban, le 27/09/20 à Paris Crédits : Anwar Amro - AFP

Ce dimanche soir Emmanuel Macron a parlé de la crise politique au Liban avec des mots très durs, contre les dirigeants du pays. a-t-il convaincu la presse libanaise ?

Cette pressse ne critique pas la forme, assez fracassante, du discours prononcé par le président français ni même le constat de fond d'une élite politique défaillante, corrompue, piégée par les rivalités confessionnelles et les intérêts personnels. Sur la "trahison" de cette classe politique accusée de "prendre le peuple libanais en otage", on ne trouve pas beaucoup de titres de la presse à Beyrouth pour s'inscrire en faux... mais à cette nuance près : aucun de ces journaux, pourtant tous plus ou moins affilié à un parti ou une communauté religieuse, ne se sent particulièrement visé par ces attaques venues de Paris. 

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La palme revient bien sûr à celui qui est le plus clairement montré du doigt par Emmanuel Macron, le Hezbollah chiite. Dans la galaxie des médias qu'il contrôle, à commencer par la chaîne de télévision Al Manar,  vous trouverez ce matin des compte-rendus de l'allocution d'hier soir... mais ces verbatims ont été consciencieusement expurgés de la partie qui incrimine tout particulièrement le Hezbollah pour avoir fait capoter la formation d'un gouvernement. 

La milice chiiite pro-iranienne fait comme si elle n'avait rien entendu, et en face toutes les autres tendances libanaises (donc tous les autres médias) lui tombent dessus pour en faire un bouc-émissaire bien commode quand il s'agit d'éviter ses propres responsabilités : le grand quotidien An Nahar insiste sur le fait que Macron a tiré à boulets rouges sur les responsables du Hezbollah, accusés de se comporter en pirates de la démocratie libanaise quitte à l'entrainer dans le chaos avec eux. Et le journaliste qui signe l'article, Georgy Azar, de fustiger la réponse donnée par certains chiites qui consiste à rejetter l'initiative française comme une inacceptable ingérence étrangère... difficile à prendre au sérieux, comme argument, de la part d'un groupe qui ne serait rien sans l'Iran dont il défend très activement les intérêts au Liban.

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Pour le quotidien francophone L'Orient-Le Jour, Emmanuel Macron a "distribué les claques... et les vérités" ce dimanche soir.  Des vérités qui devaient être dites, selon l'enthousiaste éditorialiste Elie Fayad qui loue ce matin "l'habilité" du président français, dans ses "dits et ses non-dits, à saisir la complexité du problème libanais". Il en retient, lui aussi, la phrase cinglante adressée au parti de Dieu, le Hezbollah : "Vous ne pouvez pas être à la fois une armée qui fait la guerre à Israël, une milice qui tue des civils en Syrie aux côtés de Bacher El Assad, et un parti respectable au Liban". 

Le Hezbollah, confirme l'Orient-le Jour, semble bien déterminé à jouer la "politique du pire", dans son refus des conditions posées par le partiarcat maronite à un  véritable changement du système politique libanais (puisque c'est bien là le fond du problème). Les chiites ne sont pas prêts à déposer les armes et à prendre leurs distances avec l'Iran même si ça leur permettrait de gagner plus de crédit politique dans leur pays.  

Et pendant que l'Iran pousse le Hezbollah à ne rien céder pour s'accrocher au système actuel, le principal parrain international du camp sunnite, l'Arabie Saoudite, souffle également sur les braises libanaises. Jeannine Jalkh, toujours dans l'Orient-Le Jour, cite le roi Salmane, dans son discours mercredi à l'ONU ou l'on a pu noter un durcissement de la position saoudienne sur le dossier libanais contre le parti de Dieu, incitant les alliés sunnites du Liban à ne plus rien céder au Hezbollah jusqu'à son désarmement.  

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Avec toutes ces influences étrangères croisées, on a du mal à rester optimiste pour l'avenir du Liban. Quelle autre issue, pour le Liban, que le chaos et une lente descente aux enfers d'une nouvelle guerre civile ? Oui c'est bien un "enfer" que prophétise Elham Saïd Freiha, sur le site d'Al Anwar, et selon elle cet enfer sera économique avant tout, avec des sanctions internationales renforcées, des prix qui vont flamber pour les Libanais lambda, la faim qui va venir tirailler les plus pauves et les pousser sur les routes de l'exil. "Tout ce qui peut en résulter, selon la journaliste, c'est la réactivation cette révolution populaire" déjà entrevue il y a un an dans les manifestations contre justement l'échec des partis confessionnels corrompus. 

D'autant, déplore cette fois l'universitaire Hicham Saffiedine dans le Middle East Eye, que l'initiative Macron, toute louable soit-elle, n'en porte pas moins un dérangeant goût de "déja-vu colonial" et libéral qui inquiète les Libanais en ramenant avec elle le spectre d'une tutelle financière française sur le Liban.  Les projets d'aide internationale portés par le président français reposent sur des vagues de privatisations, au profit de ces mêmes acteurs économiques justement accusés d'avoir ruiné le pays ces trente dernières années à commencer par le clan sunnite dirigé par Saad Hariri.  

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Pour Hicham Saffiedine, à lire donc sur le site Middle East Eye en français, cette feuille de route portée par la France et le FMI, si elle venait finalement à être acceptée par les partis libanais, "pourrait offrir au pays un soulagement immédiat et apparent", mais à long terme elle porte en elle les germes d'un "effondrement politique et économique assuré".

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