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Mémorial pour les 215 corps d'enfants autochtones découverts près d'un ancien pensionnat, Toronto, le 31/05/21

Le Canada creuse dans son passé pour se réconcilier avec ses Premières Nations

6 min
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L'exhumation d'une fosse commune et de 215 corps près d'un ancien pensionnat pour enfants autochtones replonge le Canada au coeur du "génocide culturel" perpétré sous couvert d'éducation et d'évangélisation. Quand la japonaise Naomi Osaka renonce à Rolland-Garros, c'est bien plus que du tennis.

Mémorial pour les 215 corps d'enfants autochtones découverts près d'un ancien pensionnat, Toronto, le 31/05/21
Mémorial pour les 215 corps d'enfants autochtones découverts près d'un ancien pensionnat, Toronto, le 31/05/21 Crédits : Cole Burston - AFP

Nous sommes ce matin au Canada où tout un pan de l’histoire nationale remonte à la surface.

Et pour le dire tout de suite avec le journal local de Colombie-Britannique, le Cranbrook Daily Townsman, c’est l’un des pans les plus sombres de l’histoire du Canada qui vient d’être remise au cœur de l’actualité, par la découverte la semaine dernière de 215 corps d’enfants, morts et enterrés sans nom ni sépulture, dans des fosses communes, sur le territoire d’un ancien pensionnat d’enfants issus de familles autochtones.

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Tout est dit dans ce premier titre du journal du soir, lundi sur la chaîne nord-américaine ABC News : cette école de Kamloops, elle "faisait partie des pensionnats fermés, qui avaient été mis en place au Canada dès la fin du XIXe siècle pour assimiler les enfants des Premières Nations en les séparant d’abord à leurs familles puis en les forçant à se convertir au christianisme. Ces écoles ont été en fonction jusqu’à la fin des années 1970 ».

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Alors bien sûr, comme le rappelle The Daily Townsman,  les années 1970 ne sont pas si lointaines. Des rescapés de ces pensionnats — puisqu’il n’y a pas d’autres mots, ont témoigné, une fois devenus adultes et une fois que les mentalités se sont ouvertes sur le sujet ces dernières décennies. En 2015, une commission nommée "vérité et réconciliation" a soulevé cette angle mort historique des écoles pour enfants autochtones, gérées main dans la main par le gouvernement fédéral et l’église, et a écrit noir sur blanc que le Canada s’était rendu coupable d’un véritable "génocide culturel" en enlevant ces enfants pour les arracher à leur famille mais aussi et surtout à leur identité, à leurs langue, traditions et croyances. 

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L’horreur des traitements pratiqués dans le huis-clos soi-disant civilisateur de ces pensionnats avait certes déjà été documentée, mais jamais jusqu’à la semaine dernière, explique The Vancouver Sun, une preuve aussi terrifiante de ce génocide subi par des enfants  n’avait été apportée : c’est  désormais fait avec cette fosse commune et ces 215 corps dont certains âgés d’à peine trois ans.

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Cette exhumation a suscité une véritable onde de choc à travers toute la société canadienne, une "sidération collective", comme la qualifie Radio Canada, qui secoue le pays bien au-delà des seules Premières Nations. 

Au Québec, soit à l'autre bout du pays, le quotidien Le Devoir annonce, reprenant un engagement du Premier ministre fédéral Justin Trudeau, que le gouvernement canadien va financier les recherches et exhumations sur les sites d’autres anciens pensionnats autochtones… si toutefois les représentants des communautés concernées le souhaitent. 

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Car, comme l’indique sur Radio Canada, le ministre des Services aux Autochtones Marc Miller… "la vérité sur les enfants disparus dans les pensionnats n’est pas connue dans toute son ampleur ; on parle de 3000 à 4000 enfants, peut-être plus, qui y ont péri. Et il ne pourra y avoir [dans la mémoire des communautés et dans leurs relations avec l’Etat] aucune guérison sans vérité", affirme le ministre. 

Et quand on parle de guérison, le mot est juste, renchérit le Cranbrook Daily Townsman : on y rappelle que les enlèvements massifs d’enfants et tout ce qu’ils ont enduré dans ces camps de rééducation, le fait aussi que les parents ne recevaient plus de nouvelles de leurs enfants même quand ceux-ci étaient morts, a créé dans les tribus autochtones un "traumatisme intergénérationnel profond qui n’est pas prêt de passer". 

Et quand on sait, comme le rappelle le quotidien local, que l’archipel des pensionnats canadiens a compté jusqu’à 80 écoles comme celle de Kamloops où les premières dépouilles ont été retrouvées, on comprend que le macabre travail d’exhumation, de mémoire… et finalement de réconciliation ne fait que commencer au Canada.

Un sujet à présent qui suscite l’émoi dans toute la presse internationale : il y est question du tournoi de tennis de Rolland Garros, mais pas vraiment de sport pour autant.

On parle là de la polémique qui entoure le retrait annoncé hier de la n°2 mondiale chez les femmes, la Japonaise Naomi Osaka qui a donc quitté le tournoi parisien pour dit-elle, protéger sa santé mentale. La jeune femme, expliqueThe Guardian, est âgée de 23 ans, née d’une mère japonais et d’un père haïtien, c’est la joueuse de tennis la plus en vue depuis trois ans (et accessoirement la sportive professionnelle la mieux payée au monde) et c’est une femme qui depuis quelques années ne cache ni ses engagements politiques, notamment contre les violences racistes et policières, ni ses difficultés à affronter les doutes et la dépression qui se sont emparés d’elle depuis qu’elle a atteint le plus haut niveau mondial.

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Naomi Osaka était donc arrivée à Paris en fin de semaine dernière après avoir publié un message sur twitter où elle expliquait qu’elle refuserait cette année de participer aux conférences de presse d’avant et d’après-match, ce rituel où disait-elle on doit répondre sans cesse aux mêmes questions dont certaines peuvent être violentes, psychologiquement, instiller le doute ou faire souffrir quand on est déjà en lutte avec sa santé mentale. Oui mais voilà, rappelle USA Today, à Rolland Garros il est obligatoire, par contrat, de parler à la presse, et pour refuser de s’y plier Naomi Osaka a écopé d’une amende de 15 000 dollars… L’affaire s’est ébruitée, on a commencé sur certains plateaux de télé à travers le monde à railler un indécent caprice d’enfant gâtée, de millionnaire ingrate… alors, face à la tournure que tout cela a pris, la jeune femme a préféré se retirer et quitter le tournoi.

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Le soucis, analyse Barry Svrugla dans The Washington Post, c’est qu’on a complètement oublié le propos de départ de la tenniswoman : celui d’oser parler de sa santé mentale, de reconnaître qu’elle subit une pression constante et parfois destructrice, qu'elle n’est pas seulement un monstre de maîtrise et de force brute… "Nos athlètes préférés ne sont pas des cyborgs, mais bien des humains" plaide le journaliste sportif, et apparement ni le circuit professionnel et ses sponsors, ni une bonne partie des supporters ne semblent prêts à l’accepter. Et le fait que ce soit Naomi Osaka, une jeune femme racisée, qui paye pour l’avoir rappelé n’est sans doute pas un hasard. 

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