LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
"Fermons le Parlement, ce nid de rats", brandit ce manifestant pro-Vizcarra à Lima

Président et Parlement se déchirent au Pérou

6 min
À retrouver dans l'émission

Un Parlement dissous par le président, un président suspendu par le Parlement qui en nomme un autre : la crise politique a éclaté au grand jour au Pérou ce lundi. Un dissident ouighour emprisonné en Chine reçoit le Prix Vaclav Havel du conseil de l'Europe pour les Droits humains, colère de Pékin.

"Fermons le Parlement, ce nid de rats", brandit ce manifestant pro-Vizcarra à Lima
"Fermons le Parlement, ce nid de rats", brandit ce manifestant pro-Vizcarra à Lima Crédits : Cris BOURONCLE - AFP

Le Pérou a basculé hier dans une profonde crise politique et institutionnelle.  

Ca ressemblerait presqu'à un scénario à la vénézuélienne, même si on peut espérer que les divisions n'en arriveront pas à un tel niveau d'exacerbation dans la petite république andine.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

En tous cas depuis hier soir, le Pérou a deux présidents : c'est ce que l'on apprend en lisant El Correo de Lima : d'un côté il y a le chef de l'Etat Martin Vizcarra, il est arrivé au pouvoir depuis un an et demi, suite à la démission de son mentor Petro Pablo Kuczynski accusé de corruption, et de l'autre il y a  Mercedes Araoz, désigné présidente par intérim hier soir par l'opposition fujimoriste qui a la majorité au Congrès péruvien. 

La présidence, contre le Parlement, donc :  le quotidien national La Republica nous explique que si le divorce était déjà clair, il a été consommé hier avec l'annonce faite dans une adresse au peuple péruvien par le Président Vizcarra. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Il annonce donc qu'il dissout le Congrès, qu'il convoque des élections législatives pour, explique Martin Vizcarra, "donner au peuple la possibilité d'arbitrer la crise actuelle". Cette crise, suivie de près par le New York Times, a éclaté il y a trois ans, quand l'opposition a déclenché toute une série de scandale de corruption impliquant l'équipe de l'ancien président Kuscynski, allant même donc jusqu'à le pousser à la démission. "Martin Vizcarra est arrivé au pouvoir sans être élu, ces accusations à répétition le fragilisent, c'est pour cela qu'il veut depuis longtemps des élections que le Parlement lui refuse".  

Les tensions ont culminé ce lundi autour de la nomination, par le Congrès (l'opposition donc) de nouveaux juges au Tribunal constitutionnel, la plus haute juridiction du Pérou. Le camp présidentiel accuse la plupart des candidats soutenus par l'opposition d'être liés au milieu du crime organisé, et d'être instrumentalisés par l'opposition ; il a donc proposé de réformer le mode de nomination de cette juridiction suprême, ce qui a achevé de braquer le Parlement contre l'Exécutif.  

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

C'est devenu presque la norme en Amérique du Sud : chaque camp disqualifie l'autre sur fond d'accusations de corruption sans fin. Et la situation semble vraiment bloquée aujourd'hui au Pérou : El Pais America a beau nous dire que l'initiative des députés d'opposition de voter la suspension du président Vizcarra pour "incapacité morale" et de le remplacer par la vice-présidente Araoz, est "avant tout un geste symbolique"... les fujimoristes (du nom de l'ancien président Alberto Fujimori lui-même emprisonné pour corruption) comptent bien réunir à nouveau le Congrès vendredi pour voter cette fois définitivement la révocation du chef de l'Etat. Ils n'en ont apparemment pas le droit, puisque ce même Congrès a été suspendu hier par ce même président. 

Voilà où l'on en est depuis hier soir donc à Lima : c'est donc à priori le peuple péruvien qui va devoir dire qui a raison, entre les deux camps politiques et leurs deux présidents. Le journal La Republica nous informe minute par minute des manifestations qui ont déferlé hier soir dans le centre de la capitale, en soutien au président Vizcarra... il nous apprend aussi que le même Vizcarra a réuni hier soir dans son bureau les chefs de son état-major militaire

Les jours et les semaines qui viennent s'annoncent particulièrement indécis pour le Pérou.

L'actualité de ce mardi, ce sont également deux anniversaires célébrés à 8000 kilomètres de distance. 

70 ans, c'est l'âge vénérable que fête aujourd'hui la République Populaire de Chine, à grand renfort de défilés militaires et autres cérémonies grandioses à la gloire des dirigeants communistes, de Mao à Xi Jinping. 70 ans, c'est aussi l'anniversaire du Conseil de l'Europe né du Traité de Londres en 1949... et le moins que l'on puisse dire c'est que les deux institutions, si elles ont choisi le même jour pour célébrer ces sept décennies d'existence, ne vont pas faire la fête ensemble aujourd'hui.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Pas plus tard qu'hier, le Conseil de l'Europe a envoyé un message très clair à Pékin : pas sous la forme d'une carte de voeux mais plutôt d'un prix international, le Prix Vatslav Havel des Droits humains remis à l'intellectuel ouighour Ilham Tohti.  Le nom ne vous dit peut-être rien, alors le South China Morning Post se charge de la biographie : Ilham Tohti est économiste, et depuis 2014 il croupit dans une prison chinoise. Il a été condamné à l'incarcération à vie pour "incitation au terrorisme séparatiste" dans l'extrême-ouest du pays, cette région du Xin-Tiang où vit la minorité musulmane des Ouighours et où elle subit depuis des années la répression féroce du régime chinois. 

Nous avons déja souvent parlé, ici-même, de ces camps d'internement où l'on force les Ouighours par centaines de milliers  à renier leur langue, leur culture, leur religion, et à chanter à la place les louanges de la Chine unie ; c'est l'inverse de tout celà qu'incarne Ilham Tohti., et c'est donc en cela que le choix du Conseil de l'Europe est une critique claire adressée à Pékin le jour de son glorieux annniversaire. 

D'ailleurs la réponse des Chinois ne s'est pas faite attendre, on la retouve dans l'article du South China Morning Post : la Chine populaire met en demeure le Conseil de retirer ce prix à Ilham Tohti, faute de quoi elle sera obligée de constater que l'institution strasbourgeoise "fait la promotion du terrorisme". 

Cette réaction, épidermique et attendue, pourrait bien en annoncer d'autres : The Guardian nous apprend que Tohti est également en lice pour le prochain Prix Nobel de la Paix. Dans la tribune que lui consacrait la semaine dernière le politologue et militant des droits de l'homme Teng Biao, on lit que l'intellectuel était un militant infatiguable non pas du séparatisme ouighour, mais du dialogue entre les deux ethnies, les Hans chinois et les Ouighours turco-mongols. A la place, il a subi la surveillance permanente de la police politique, l'arrestation un jour de 2014 en pleine rue devant sa famille, puis la prison, la torture, le procès expéditif et donc cette condamnation à vie. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Aujourd'hui, le Conseil de l'Europe le sort de l'oubli. "Ilham Tohti mérite le Prix Nobel de la paix, pas la prison" écrit Teng Biao dans The Guardian, mais il y a fort à craindre que ce message restera inaudible aujourd'hui, écrasé sous le vacarme des défilés militaires, des feux d'artifices, et des hymnes à la  gloire des 70 ans du communisme chinois.

Chroniques
7H40
42 min
L'Invité(e) des Matins
Accidents industriels : comment vivre avec le risque ?
L'équipe
Journaliste
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......