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Militants d'extrême-droite devant le Reichstag à Berlin le 29/08/2020

L'Allemagne sous-estime-t-elle la menace d'extrême droite ?

6 min
À retrouver dans l'émission

La tentative d'assaut du Reichstag samedi par des militants d'extrême droite en marge d'une manifestation "anti corona" pose la question du regain de détermination de ces groupes galvanisés par la crise généralisée. L'homme qui a inspiré le film "Hotel Rwanda" emprisonné à Kigali pour "terrorisme".

Militants d'extrême-droite devant le Reichstag à Berlin le 29/08/2020
Militants d'extrême-droite devant le Reichstag à Berlin le 29/08/2020 Crédits : John McDougall - AFP

L’Allemagne n’en finit pas de s’interroger sur ce qu'il s’est passé samedi dernier devant le Reichstag.

Le Reichstag, ce palais qui abrite le parlement fédéral à Berlin et que l'on sait lourd de références historiques en Allemagne, il a été pris d’assaut samedi soir par quelques centaines de manifestants qui ont tenté de pénétrer dans le bâtiment mais qui ont pu être repoussés par une poignée de policiers héroïques.

Voilà, en gros, pour le résumé de la scène que l’on retrouve ce mardi encore dans à peu près tous les quotidiens d’outre-Rhin. Mais ce sont les détails de cette attaque qui interrogent par exemple Der Spiegel : ce qui devait être, samedi, un rassemblement dit "anti corona", contre le port du masque et la restriction des libertés individuelles avec son lot d’ésotériques et de conspirationnistes plus ou moins radicaux mais à priori non violents s’est très clairement transformé en une manifestation d’extrême droite décomplexée au point de tenter d’envahir le Reichstag. 

"Des drapeaux de l’ancien empire allemand partout", des croix celtiques, des chants scandant "résistance" : pas de doute, confirme Gwénaëlle Deboutte la correspondante du Temps suisse à Berlin, ces militants-là étaient des "Reichsbürger", littéralement des "citoyens du Reich" comme s’autoproclament les membres, "nostalgiques et complotistes", de cette mouvance de l’extrême droite allemande qui (je cite Le Temps), "a trouvé une nouvelle tribune dans la crise du coronavirus".

Cette tentative de coup de force remet donc les Allemands face à la menace de leur extrême droite, avec un vrai débat sur le dispositif de sécurité adopté samedi devant le Reichstag . Après avoir dimanche loué l’héroïsme des six (sic!) policiers seulement présents la veille pour défendre le bâtiment, lundi les journaux ont commencé à poser les questions qui fâchent : comment se fait-il, s’interroge le Berliner Morgenpost, qu’il y ait eu justement si peu de forces de l’ordre déployées, face à près de 40 000 manifestants en tout dont on savait bien qu’une partie au moins viendrait des rangs des néo-nazis et consorts ? 

Faut-il en déduire, avec le MorgenPost, que "la menace d’extrême droite est sous-estimée", en Allemagne, que les services de renseignement intérieur n’ont pas été capables d’anticiper la venue des Reichsbürger et leur détermination ? Les réponses à ces questions sont assez accablantes pour les autorités…

Mais tout de même, s’en prendre au Reichstag c’est clairement "un niveau de menace supérieur à ce à quoi les nostalgiques du grand Reich nous avaient habitué jusque-là", analyse dans les colonnes du Tagesspiegel le spécialiste de l’extrême droite allemande Jan Rathje. Et l’universitaire nous confirme au passage que , oui, les flots de théories conspirationnistes charriés par l’époque et plus encore par la crise du coronavirus galvanisent ces mouvances extrémistes ; elles leur ramènent aussi de nouveaux adeptes parmi ces milliers de citoyens désorientés qui convergent depuis des semaines dans les manifestations "anti-corona" que la Neue Zürcher Zeitung décrit comme, je cite, un "déversoir de tous les insatisfaits"

Alors bien sûr, tempère Oliver Georgi pour la Frankfurter Algemeine Zeitung,  tous les "anti-corona" ne sont pas des nervis d’extrême droite prêts à marcher sur le Reichstag. Mais tout de même, les deux courants s’alimentent l’un-l’autre, dans une même déréalisation conspirationniste, une même défiance absolue de tout ce que l’Etat peut proposer.

Le danger véritable est là, pour la démocratie allemande comme le professe enfin Jörg Quoos dans les pages « opinion » du Morgenpost : ce qui s’est passé samedi à Berlin selon lui montre que le pays tient en équilibre très précaire « sur l’étroite ligne qui le sépare encore du chaos ». 

La presse internationale se passionne aussi ce matin pour une affaire de politique intérieure rwandaise.

C’est assez rare  pour être souligné… sauf que cette fois la politique rwandaise sest éclairée par les projecteurs d’Hollywood, du cinéma grand public, et c'est pour ça que tous les grands titres à travers le monde, à commencer par le New York Times, se font l’écho de l’arrestation par la police rwandaise de Paul  Rusesabagina alias l’homme qui a inspiré le personnage principal du film Hotel Rwanda, sorti en 2004, l’histoire vraie d’un directeur d’hôtel hutu à Kigali qui a sauvé du génocide plus d’un millier de tutsis et de hutus modérés en 1994.

Dans le film Paul Rusesabagina était interprêté par l’acteur Don Cheadle et sa bravoure avait ému la planète entière… mais dans la réalité, dans son pays le Rwanda, l’homme est pour le moins "contesté", reconnaît la Libre Belgique

Le quotidien bruxellois nous apprend que Rusesabagina, qui vivait en exil entre la Belgique et les Etats-Unis, était devenu cette dernière décennie "l’une des figures les plus emblématiques de l’opposition à Paul Kagamé."

Sur le site d’info Mediacongo, on nous explique qu’il a longtemps refusé la lutte armée contre le président rwandais solidement accroché au pouvoir depuis 20 ans. Le tournant, ça a été le troisième mandat présidentiel, le refus de Kagamé justement de céder la place accompagné d’un durcissement de la répression contre l’opposition. A ce moment-là, Rusesabagina se serait rangé à l’avis de ceux qui pensaient que seule la lutte armée permettrait de renverser le chef d’Etat.

Et c’est justement pour ça qu’il est aujourd’hui emprisonné à Kigali, extradé à la faveur d’un mandat d’arrêt international et poursuivi pour rien de moins que terrorisme, assassinats, kidnappings : il est accusé d’avoir financé des groupes rebelles armés qui sèment la violence et la mort dans le sud du pays.

Alors oui, le monde entier connaît la part lumineuse du personnage porté aux nues par Hollywood, souligne le quotidien rwandais The New Times, mais Paul Rusesabagina, le vrai, doit répondre de ce choix de la lutte armée qui a fait des morts parmi les populations civiles. "C’est à la justice de se prononcer", conclut l’édito du journal... sans vraiment nous rassurer sur le niveau d’indépendance de cette justice rwandaise face aux pressions politiques de la présidence.

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