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Pendant l'intrusion des manifestants dans le Parlement de Gong-Kong

Mouvement pro-démocratie à Hong Kong : la tentation de la violence

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Comment expliquer que cinq ans après une précédente mobilisation non-violente, la jeunesse de Hong Kong se laisse désormais tenter par la violence matérielle comme arme politique contre les institutions? En Colombie, l'ex-chef des FARCs disparaît, les accords de paix de 2016 semblent compromis.

Pendant l'intrusion des manifestants dans le Parlement de Gong-Kong
Pendant l'intrusion des manifestants dans le Parlement de Gong-Kong Crédits : Anthony WALLACE - AFP

Au 22e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, la foule des manifestants pro-démocratie a envahi l'hémycycle du Parlement. Il y a bien une tentation de la violence chez les jeunes Hong-kongais.  

... Et c'est cette tentation-là qu'analyse aujourd'hui The South China Morning Post. Selon la journaliste Jeffie Lam, il y a une différence importante entre les "scènes de chaos" vues hier à Hong Kong, et la révolution dite des parapluies, en 2014, qui découlait du mouvement international Occupy né aux Etats-Unis et fondamentalement non-violent. 

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Cette différence, c'est qu'en cinq ans, "de plus en plus de hong-kongais semblent avoir accepté l'idée selon laquelle l'utilisation de la violence peut se justifier" dans le combat contre la mise au pas par Pékin de l'ancienne colonie britannique. 

Il y aurait donc, au grand dame des leaders de la révolte de 2014, "une nouvelle génération pour qui le seuil de la confrontation avec la police et l'ordre établi, serait considérablement abaissé". En revoyant les images de manifestants d'hier enfonçant à coup de masse les vitres blindées du siège de l'administration régionale, Jeffie Lam se demande donc ; qu'est-ce qui a bien pu se passer, en deux décennies, pour que le mouvement de défiance envers la Chine continentale, toujours actif mais intrinsèquement pacifique depuis ses origines, ait cette fois accepté la violence comme une arme politique ? 

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Pour répondre à cette question, on interroge le Docteur Fernando Cheung, l'un des meneurs de 2014 devenu député travailliste, qui a tenté hier sans succès de raisonner ses "petits frères". "Ces jeunes, dit-il, sont résignés", excédés par "l'inaction" de la chef de l'exécutif hong-kongais Carrie Lam. 

La différence entre les parapluies et les masses, ce serait donc l'avènement d'un pouvoir beaucoup plus ouvertement pro-Pékin qu'il y a cinq ans.  Fernando Cheung confirme aussi ce dont je vous parlais hier, que la vague naissante de suicides parmi les protestataires et la manière dont elle a été étouffée par l'exécutif a achevé de révolter les foules jusque-là non-violentes. Ca a fait monter le "sens du sacrifice" de nombreux manifestants, qu'ils expriment non pas en s'ôtant la vie, mais en la mettant en danger dans des actions violentes contre les symboles matériels de cet exécutif.

Il y a enfin, semble comprendre le South China Morning Post, la conviction acquise, à Hong Kong comme un peu partout ailleurs dans les jeunesses éduquées des pays occidentaux, qu'il faut parfois franchir le seuil de la violence pour forcer le pouvoir politique à réagir enfin, à sortir de ses rails répressifs. 

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On est là dans la culture politique des Blacks blocks, avec les mêmes slogans contre les violences policières et la même organisation dans le passage à l'acte.  A Hong Kong comme à Paris ou Berlin, impossible de poser la question de la radicalisation des mobilisations sans évoquer celle des méthodes de maintien de l'ordre. 

Le mal est fait... et "cela pourrait prendre des décennies, pour effacer tant de haine et d'incompréhension de part et d'autre", conclut le député travailliste Fernando Cheung.

En finir avec la violence comme arme politique, c'est aussi toute la question de l'accord de paix signé en 2016 entre les guerilleros des FARCs et l'Etat colombien.  

Cet accord semble avoir du plomb dans l'aile, à lire ces deux articles publiés coup sur coup par le quotidien El Pais dans son édition sud-américaine. On y apprend d'abord que l'ex-chef guerillero Jesus Santrich est porté disparu depuis dimanche.

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Santrich, c'est tout un symbole en Colombie : c'était le principal négociateur des accords de paix d'il y a trois ans, qui prévoyait l'amnistie pour ceux qui auraient commis des crimes au nom des FARCs mais acceptaient de rendre leurs armes, de reconnaître leurs crimes et de dédommager les victimes. L'homme au keffieh et aux lunettes noires avait aussi incarné la transformation de la guerilla armée en parti politique : il venait début juin d'être nommé député après avoir eu des démêlés avec la Justice américaine qui demandait son extradition pour trafic de drogue.  

Mais Jésus Santrich a donc disparu dimanche, il a faussé compagnie à l'escorte censée assurer sa sécurité et sans doute un peu aussi sa surveillance. Cette fuite, écrit El Pais, porte un très sérieux coup au processus de paix colombien. Car il y a fort à craindre que l'ancien chef des FARCS ne soit parti rejoindre un groupe insurgé composé de centaines d'anciens guerilleros qui ont cru un temps à la possibilité d'une réconciliation nationale, mais ont rapidement déchanté et repris le maquis. 

Il faut dire que depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, le président de droite Ivan Duque a clairement dit qu'il voulait remettre en cause les accords de 2016 et il n'a pas fait grand-chose pour essayer de les sauver. Voilà qui  nous amène au deuxième article colombien d'El Pais... où l'on apprend que "depuis 2016, plus de cent anciens combattants des FARCs ont été assassinés". 

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Le reportage qui leur est consacré évoque en particulier Anderson Perez Osorio, 24 ans, père de famille, cinéaste et donc ex-guerillero. Il avait accepté de rendre les armes, il disait avoir vécu comme "une expérience très positive", ce retour à la vie civile et à la fraternité nationale.  Mais Anderson a été assassiné le 17 juin, dans sa région d'El Cauca, victime (comme tant d'autre, nous dit le journaliste Santiage Torrado) de la violence qui menace à nouveau en Colombie les militants des droits sociaux, ceux des droits humains, et à présent les anciens FARCs stigmatisés comme tels par le parti du président Duque. Cette stigmatisation a réveillé des rancoeurs dans les campagnes meutries par 50 années de conflit armé, et les règlements de comptes ont commencé à se multiplier.

Que reste-t-il dès lors des accords de paix de 2016 ? "Un bain de sang", dénoncent les leaders du FARC désormais parti politique... enfin, quand ces leaders n'ont pas encore repris les armes.

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