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Attentat taliban à Kaboul au moment où les Américains détaillaient leur accord de paix

Afghanistan : accord de principe USA/talibans en vue d'un retrait militaire américain

6 min
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Au moment où l'émissaire américain pour l'Afghanistan détaillait lundi soir les termes de l'accord négocié à Doha, les talibans perpetraient un attentat meurtier dans le centre de Kaboul. Boris johnson menace de dissoudre le Parlement britannique : que reste-t-il de la démocratie face au Brexit ?

Attentat taliban à Kaboul au moment où les Américains détaillaient leur accord de paix
Attentat taliban à Kaboul au moment où les Américains détaillaient leur accord de paix Crédits : Wakil KOHSAR - AFP

En Afghanistan, les Américains disent être parvenus à un accord de paix avec les talibans... qui leur répondent par un attentat au camion piégé.  

Une explosion particulièrement violente, nous dit l'agence de presse afghane Khaama, qui a soufflé le centre de Kaboul, tout près du Green Village où sont installées les organisations internationales. Il y a au moins 16 morts et une centaine de blessés, dans cet attentat revendiqué immédiatemment par les talibans. 

Vous vous direz peut-être, et c'est vrai, que ce type d'attaque terroriste, est malheureusement quasi-quotidienne dans la capitale afghane... mais ce qui frappe dans celle d'hier soir, c'est la concomittance parfaite (et surtout pas fortuite) entre le moment où les explosifs ont été déclenchés, et la diffusion, sur la chaîne de télé Tolo News, d'une interview particulièrement attendue :  

Cette interview, c'est celle de Zalmay Khalilzad, l'émissaire spécial et négociateur en chef des Etats-Unis pour l'Afghanistan. Il revient de Doha, au Qatar, où s'est terminé dimanche le 9e round de négociations entre Américains et talibans afghans, et il annonce qu'un "accord de principe" a été trouvé, accord pour tenter de ramener la paix en Afghanistan et d'organiser le départ dans un premier temps de 5400 marines. 

La BBC nous en dit plus sur les termes de cet accord négocié depuis des années en l'absence de représentants des autorités afghanes qui ne sont pas reconnues par les talibans : ces derniers s'engageraient à ce que l'Afghanistan ne puisse plus servir de base arrière et de camp d'entrainement à des organisations terroristes (on pense forcément à Al Qaeda et au groupe Etat islamique), en échange donc du retrait tant évoqué et toujours repoussé des troupes américaines. ll y a en ce moment 14 000 soldats US présents sur le sol afghan, le retrait dans un premier temps de 5400 d'entre eux équivaudrait à fermer 5 bases militaires au cours des 6 prochains mois.  

On comprend mieux dès lors à quel point l'attentat de Kaboul hier soir remet en question la bonne volonté des talibans.  C'est le moins que l'on puisse dire, quand on sait, nous confirme BBC News, que la "réduction de la violence" est au coeur des engagements qu'ils auraient pris à Doha en échange du retrait américain. L'attentat d'hier soir a été déclenché pendant les conq dernières minutes de diffusion de l'interview télé de l'émissaire Khalilzad : un message clair, comme un avertissement : "Vous n'aurez la paix qu'une fois partis d'Afghanistan... et laissez-nous régler nos affaires entre nous!". 

C'est assez peu encourageant pour la suite des évènements, et de toute façon l'accord de principe de Doha doit encore être négocié entre talibans et autorités afghanes (sachant donc qu'aucun ne reconnait la légitimité de l'autre) et qu'il doit aussi être approuvé par Donald Trump en personne. On est donc loin du compte, d'autant, nous dit The New York Times, que la Maison Blanche a son idée bien à elle sur l'après-retrait des troupes américaines : l'administration Trump réfléchit à compenser ce retrait en confiant la lutte contre le terrorisme sur le terrain afghan à des milices armées placées sous contrôle de la CIA. 

De nombreux experts ont été consultés, à commencer par Gina Haspel la directrice de la CIA, et selon le NYT ils ont fait savoir tout le mal qu'ils pensent de cette idée, les problèmes logistiques et éthiques, le risque de perdre le contrôle de ces milices que l'on sait capables des pires exactions, alimentant pour des années encore la haine de l'Amérique parmi la population afghane.  

Et cette population, d'ailleurs, quand aura-t-elle son mot à dire, sur l'avenir de son pays?  C'est l'une des questions posées par l'Afghanistan Times dans son édito de lundi qui déplore que comme depuis deux décennies "les grandes décisions sont prises derrières de portes fermées, loin de Kaboul, par les grandes puissances mondiales". "Ce dont les Afghans ont besoin, martelle le journal en ligne, c'est d'un cessez-le-feu immédiat, que les Talibans comprennent que c'est en renonçant à la violence, qu'ils pourront s'affirmer à nouveau comme une force politique acceptable et légitime, et se ré-intégrer à la société afghane".

Au Royaume-Uni, les derniers développements du dossier Brexit nous posent une question : "Et la démocratie dans tout ça ?!"  

Pour se tenir au courant des derniers rebondissements on se plonge dans The Guardian du jour. 

Où il est question de députés rebelles qui veulent profiter des 5 jours de travail qu'il leur reste (avant le repos forcé déclenché par Boris Johnson la semaine dernière) pour voter contre le Premier ministre une loi qui empêcherait une sortie de l'Union européenne sans accord, le 31 octobre. Où il est question aussi de l'ultimatum lancé par Johnson à ces députés : "Si vous votez cette loi, si vous "me coupez les jambes", (comme il l'a déclaré hier soir) en me privant de la peur du "No-deal Brexit" comme ultime arme de négociation avec Bruxelles... alors vous l'aurez voulu, je dissoudrai le Parlement et débrouillez-vous avec des élections anticipées le 14 octobre", à deux semaines de la date-limite du Brexit. On en est donc, pour résumer, dans une situation où un Premier ministre (désigné par son parti, on le rappelle, mais pas élu au suffrage universel), menace les représentants du peuple... de les renvoyer, justement, face à ce peuple.   

La démocratie, ou en tous cas l'élection serait donc devenue un repoussoir pour les élus eux-mêmes

C'est en tous cas (apparemment) le calcul de Boris Johnson, selon qui les députés rebelles du parti conservateurs, préfèreraient soutenir contre leur gré un Brexit dur, plutôt que de remettre leur mandat en jeu au risque de voir les travaillistes (ou plus sûrement les populistes de Nigel Farage) rafler la mise. Ca pose d'autant plus la question démocratique, que le Premier ministre se targue d'être celui qui appliquera enfin la volonté du peuple, ce référendum pour le Brexit en 2016 dont on sait depuis le scandale Cambridge Analytica, qu'il y a de vrais doutes sur sa légitimité démocratique justement.

Voilà qui fait dire à Polly Toinbee dans les pages opinion du Guardian, que les députés doivent "ignorer le chantage à l'élection" que leur oppose BoJo. Dans la même veine, l'éditorial de The Independent ce mardi remet sur la table sa solution, pour remettre le vote populaire au coeur du processus Brexit : c'est le "Final Say", un nouveau référendum sur le principe-même de la sortie de l'UE. 

Reste à savoir si la démocratie peut soigner la démocratie de ses propres maux...

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