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Fresque dénonçant les violences meurtières commises par la police à Baghdad

Irak, Liban : des soulèvements contre l'Iran, mais pas seulement

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Dimanche et lundi, a police irakienne a tiré à balles réelles sur des foules exigeant la chute du régime accusé d'être à la solde de l'Iran. Mais comme au Liban, le rejet de l'emprise iranienne ne suffit pas à définir ces contestations. En Algérie, des magistrats mobilisés pour leur indépendance.

Fresque dénonçant les violences meurtières commises par la police à Baghdad
Fresque dénonçant les violences meurtières commises par la police à Baghdad Crédits : AHMED JALIL - Maxppp

Sur la carte du monde des contestations, nous nous arrêtons ce matin en Irak, où la police a à nouveau tiré sur la foule à balles réelles ce lundi . 

Et c'est la deuxième fois en deux jours que les forces du pouvoir contesté transforment ces manifestations en "bain de sang", d'après le récit qu'en tient le groupe de média pan-arabe Al Araby-Al Jaheed basé à Londres : hier, quand les protestataires qui demandent la chute du gouvernement ont pris la direction du siège de la télé-radio nationale irakienne à Baghdad, la police anti-émeute a ouvert le feu, à tir tendu 5 morts au moins sont venus alourdir le bilan d'un mois de contestation déjà sans doute plus de 250 victimes. 

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5 morts, au moins, à Baghdad lundi, mais qui ne doivent pas faire oublier les 4 de la veille, nous rappelle Bel Trew le correspondant sur place du quotidien britannique The Independent.  Dimanche soir, une foule en colère s'était rassemblée à Kerbala, ville sainte du chiisme au sud de la capitale ; comme c'est désormais devenu une habitude dans les cortèges, les slogans dénonçant la misère imposée au peuple et appelant à la démission du gouvernement se sont doublés de cris hostiles à l'Iran, voisin et puissance occulte. 

Alors, les manifestants ont convergé vers le consulat iranien de Kerbala, après avoir pris son de rebaptiser "avenue de la révolution d'octobre", le "boulevard de l'ayatollah Khamenei". Des pierres ont été jetées sur le consulat, le drapeau iranien a été arraché de la façade, remplacé par un étendard irakien, des tags se sont étalés pour dire "Iran, dehors ! "... et tout d'un coup la police a  ouvert le feu, "non pas en l'air pour disperser la manifestation, mais bien à hauteur d'homme et de femme, pour tuer", témoigne un manifestant cité par Al Araby-Al Jaheed.  

On le comprend, la mobilisation irakienne dénonce de plus en plus ouvertement l'influence qu'exerce l'Iran sur l'Irak. Et c'est sur cette dimension anti-iranienne qu'insistent beaucoup les médias américains : le site d'info Axios, par exemple, en fait l'essence de la contestation et son principal point commun avec celle qui enflamme en parallèle le Liban.  

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Liban, Irak, deux pays tenus par Téhéran sous son emprise officieuse : Axios en veut pour preuve cette visite, discrète mais très remarquée la semaine dernière à Baghdad, de Qassem Soleimani. Lhef de la puissante et redoutée Force Al-Qods, la brigade d'élite à l'étranger des gardiens de la révolution iraniens, était donc venu auc oeur du pouvoir irakien pour s'y assurer que le premier ministre chiite Adel Abdoul Mahdi n'allait pas craquer et démissionner sous la pression de la rue. 

"Et si finalement, s'interroge Ishaan Tahroor dans le Washington Post,  c'étaient les peuples du Moyen-orient, libanais, irakiens, qui réussissaient, dans la rue, ce que les sanctions américaines ne sont pas parvenues à faire", à savoir, affaiblir l'Iran, le priver de ses pions dans la région, et l'isoler politiquement ? On n'en est pas là, mais la force de ces contestations inattendues à Beyrouth et Baghdad, en se concentrant contre l'occupant iranien, n'est pas à sous-estimée, selon cette fois le New York Times.

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Attention tout de même à pas réduire les contestations irakienne et libanaise à un simple mouvement anti-Iran :  c'est l'avertissement repris aussi bien par Al Jazeerah que par The Middle East Eye. Chacun cite son spécialiste du Moyen-orient, pour dire que ce serait une erreur de nier l'aspect économique et social de la colère populaire. Une colère qui fédère les jeunes, les hommes, les femmes, les syndicats, contre des systèmes politiques imposés de l'extérieur (après la guerre civile au Liban,  après l'intervention américaine de 2003 en Irak) et basé sur un partage des pouvoirs entre confessions et groupes sectaires, kurdes, chiites et sunnites (et chrétiens au Liban).  

Ce sont ces systèmes-là, inopérants, dépassés, corrompus, que les jeunesses libanaise et irakienne veulent abattre, pour reprendre leur destin en main. Ce qu'en retient l'universitaire Harith Hasan, dans The Middle East Eye, c'est qu'un "mouvement social d'un genre nouveau est en train de naître" au Moyen-Orient. A quoi son collègue Ghassan Al-Atyah cité par Al Jazeerah répond qu'il faut aussi être prudent à "ne pas laisser se reproduire l'immense déception des printemps arabes de 2011", lesquels n'ont fait pour le moment selon le politologue irakien que "renforcer l'Iran et Israël dans toute la région".

BONUS WEB :

Du Moyen-Orient au Maghreb : en Algérie la révolution inachevée dure depuis 9 mois, et la Justice est en première ligne. 

En Algérie, l'heure est clairement à la reprise en main politique par les tenants de l'ancien régime, autour de l'armée, qui veulent orchestrer le retour à la normale, avec cette élection présidentielle qu'ils comptent toujours organiser le mois prochain et à laquelle seuls des anciens proches du clan Bouteflika sont candidats. Et l'un des aspects les plus forts ces derniers jours de cette reprise en main, c'est ce qui se passe dans la magistrature algérienne.

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"Rien ne va plus !", écrit le HuffPost Maghreb, pour résumer le "bras de fer" qui oppose les juges et le pouvoir, lequel a décidé de provoquer un mouvement de mutations imposé à la moitié des magistrats vécu par ce derniers comme une purge qui attribue le spostes les plus influents, de force, à des personnes choisies par le régime. 

De force, c'est bien là qu'est le problème selon El Watan qui titre en Une "Ce qui s'est passé à Oran est une honte". Car dimanche à Oran la gendarmerie est intervenue pour déloger les dizaines de magitrats en grève qui occupaient la Cour et comptaient ainsi empêcher la cérémonie de prise de fonction des nouveaux juges. 

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Des magistrats mollestés, dans les salles d'audience, par les forces de l'ordre qui viennent en imposer d'autres : l'image est désastreuse pour le régime ; elle s'est encore reproduite hier à Alger-même, et ça fait dire au quotidien L'Expression que "la rupture" est consommée. Tout sur l'Algérie cite également le président du Syndicat national des magistrats (le SNM), Isaad Mabrouk, qui "vide son sac"en rappelant que les magistrats ont été à la pointe du soulèvement qui a conduit au départ forcé du président Bouteflika mais que depuis, la Justice algérienne n'est toujours pas indépendante... comme le prouvent les mutations forcés de ces derniers jours. 

Ce remplacement des juges a de quoi inquiéter tout particulièrement alors que les militants de la révolution en cours ont été arrêtés, emprisonnés par centaines ces derniers mois et se retrouvent aujourd'hui devant les tribunaux.  Les magistrats du SNM eux poursuivent leur grève... et ils pourraient se retrouver à leur tour poursuivis, car la grève est illégale pour cette profession en Algérie. Comme une menace, d'après Algérie24 le ministre de la Justice a demandé à ses services de lui fournir au plus vite la liste des magistrats-grévistes.

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