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Frontex accusé de tolérer des maltraitances sur des migrants

Un monde de frontières

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans la famille d'Alicia Perez, l'idée des Etats-Unis est en suspens, à l'image du sac à dos rouge de son fils, toujours accroché dans l'entrée. Celui qu'il portait quand il allait à l'école dans l'état américain de Georgie. Il n'a pas voulu le ranger.

Frontex accusé de tolérer des maltraitances sur des migrants
Frontex accusé de tolérer des maltraitances sur des migrants Crédits : Wojtek RADWANSKI / AFP - Radio France

La famille est rentrée au Guatemala il y a quelques années mais ne rêve que de repartir. Deux de ses enfants viennent d'ailleurs de passer la frontière. El Pais nous emmène ce matin à Huehuetenango, une région montagneuse à l'est du pays, centre d'une émigration qui ne s'arrête pas, malgré le serrage de vis des voisins du nord : le Mexique et les Etats-Unis.    

Il y a une semaine, rappelle le quotidien espagnol, le Guatemala a été de facto déclaré "pays tiers sûr"... Un pays pouvant accueillir des réfugiés d'autres pays, principalement d'Amérique centrale. Ce pacte migratoire, signé avec les Etats-Unis, suscite un tollé dans le pays où 60% de la population vit en-deçà du seuil de pauvreté. Des milliers de Guatémaltèques quittent encore chaque mois le pays. 

Une émigration qui vide le village d'Alicia de ses habitants. Sur une population de 2 000 familles, la moitié est passée aux Etats Unis à la recherche de travail. Alicia gagne 3 dollars par jour pour laver du linge : l'équivalent d'un demi-kilo de sucre, un pain de savon et un sac de maïs pour faire des tortillas. La pauvreté des campagnes et la violence sont les principaux facteurs qui déclenchent les départs. Et l'itinéraire s'est encore compliqué avec la politique mise en place par Donald Trump. En six mois, les Etats-Unis et le Mexique ont expulsé près de 55 000 Guatémaltèques.

Mais cela n'empêchera pas Alicia de partir. Elle a décidé : il lui reste trois mois avant que son fils termine l'école primaire. Puis, ils partiront. La première fois qu'elle a franchi la frontière, elle a traversé le désert pendant quatre jours, les pieds gonflés par les épines. "Si on meurt, alors on meurt, C'est la seule façon de tenter sa chance." Les montagnes lui manqueront pendant la saison des pluies, lorsqu'elles sont pleines de fleurs. "En Georgie, dit elle, tout est plat et sans relief. "

En Europe, l'agence Frontex pointée du doigt

A la frontière entre la Hongrie et la Serbie, des policiers découvrent dix jeunes réfugiés de 10 à 17 ans. Ils s'élancent vers eux avec leurs chiens. 3 migrants sont mordus, du gaz poivré et des matraques sont utilisés pour repousser les jeunes hommes en Serbie. 

Des scènes de maltraitance que l'on retrouve en Grèce ou encore en Bulgarie, décrites dans les documents internes de l'agence frontalière européenne. De nombreux rapports qui se terminent par le même message : classés sans suite.  C'est ce qu'affirment trois médias, qui ont eu accès aux documents et mené une enquête conjointe. Le site d’investigation allemand Correctiv, le quotidien britannique Guardian et la chaîne allemande ARD, qui diffuse son reportage aujourd'hui.  Où l'on apprend  que des fonctionnaires de Frontex sont parfois directement impliqués : à l'origine de l’expulsion de mineurs non accompagnés ou encore de réfugiés placés sous sédatif durant leur vol d’expulsion.

Frontex nie. La commission européenne va vérifier. 

Et pendant ce temps poursuit ARD, Frontex voit sa mission élargie et ses ressources renforcées : 1 500 employés aujourd'hui, ils seront 10 000 d'ici 2027 pour surveiller les frontières extérieures de l'Europe. Le budget devrait augmenter de plus de 500% au cours des deux prochaines années

L'Italie adopte un nouveau décret ciblant les navires humanitaires

C'est en une de tous les journaux italiens, notamment de La Stampa. Le feu vert du Sénat pour ce "décret de sécurité bis" : 160 voix contre 67. Et le journal dresse la liste de ce que contient le texte. Notamment des amendes de 150 000 à 1 million d'euros pour les commandants des navires qui portent secours aux migrants en Méditerranée. Mattéo Salvini et la Ligue, son parti d'extrême droite, ne peuvent que s'enthousiasmer, constate Il Giornale. Plus de contrôles aux frontières mais aussi plus de pouvoirs pour les forces de l'ordre, plus d'hommes pour arrêter la mafia. Parce que le texte prévoit aussi un tour de vis sécuritaire précise le Corriere Della Serra... Des mesures contre les violences autour des stades et des manifestations par exemple. Désormais, le seul fait de porter un casque ou une capuche lors d'une manifestation sera passible de deux à trois ans de prison. 

Un texte controversé vient aussi de rentrer en vigueur en Suède 

Nous sommes à Eskilstuna. La ville de près de 100 000 habitants à l'est de Stockholm vient d'instaurer un permis... Pour mendier. Explication dans le journal suédois, Dagens Nyheter. Tout mendiant doit payer 250 couronnes - 23 euros - pour trois mois. Et pour obtenir les papiers, les candidats doivent déposer une demande en ligne ou se présenter dans un commissariat de police muni d’une pièce d’identité. Un policier explique dans les pages du journal finlandais Helsingin Sanomat : "Nous voulons bureaucratiser, rendre les choses plus compliquées pour freiner la mendicité.

Voici quelques jours maintenant que le décret est en vigueur mais les mendiants sont toujours là. Certains ont trouvé un moyen de contourner la loi, précise Aftonbladet, quotidien suédois : ils vendent des myrtilles. Maria les a ramassées dans la forêt : elle est Roumaine. Elle a 22 ans. Elle est en Suède pour amasser des fonds pour elle-même et sa famille. Pour le président du conseil municipal de la ville, Jimmy Jansson, la situation des migrants mendiants d'Europe orientale est insoutenable. Il ne s'agit pas de les chasser, assure t-il mais d'essayer de répondre à la grande question : pensons-nous que la mendicité doit être normalisée et intégrée dans le modèle de protection sociale suédois ?

Pour les opposants, des règles comme le permis de mendicité entretiennent la haine déjà suscitée par les mendiants des pays les plus pauvres de l'Union européenne. Le premier jour de l'entrée en vigueur du permis : trois migrants de l'UE, sans permis, ont été chassés. 

Pour eux, encore une autre frontière. 

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