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Soldats ukrainiens sur le front près de Donetsk, février 2021

Faut-il craindre une reprise du conflit entre la Russie et l'Ukraine ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Les combats reprennent dans les régions de l'est ukrainien aux mains des séparatistes pro-russes. Des mouvements de troupes russes à la frontière inquiètent américains et européens ; Moscou accuse Kiev de raviver le conflit. Ce que les cigales Brood-X ont à nous apprendre sur la "sortie du tunnel".

Soldats ukrainiens sur le front près de Donetsk, février 2021
Soldats ukrainiens sur le front près de Donetsk, février 2021 Crédits : Anatolii Stepanov - AFP

Ce matin, des signaux d’alerte qui se multiplient à la frontière entre l’Ukraine et la Russie.

Cela fait des jours que ça dure, un mois même d’après le dernier rapport des observateurs de l’OSCE cité par le journal ukrainien en ligne Ukrainska Pravda : il y a d’un côté les bombardements et les accrochages qui se multiplient entre les soldats de l’armée ukrainienne et ceux du pouvoir séparatiste autoproclamé soutenu par la Russie, avec deux morts dans les rangs ukrainiens pas plus tard que ce lundi… Et puis de l’autre côté, il y a des mouvements de troupes et de matériel militaire russe qui sont observés ces derniers jours et qui inquiètent les chancelleries occidentales, Washington, Paris, Berlin le week-end passé, l’OTAN et Londres lundi soir.

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Tous rappellent leur soutien inconditionnel à l’Ukraine et appellent à la désescalade, observe The Guardian, mais tous appellent surtout Moscou à cesser de faire monter la température dans ce conflit du Donbas, gelé bien que toujours actif depuis sept ans et 13 000 morts.

A Moscou justement, Kommersant reprend le rapport de l’OSCE selon qui les violations du traité du cessez-le-feu convenu en juillet dernier ont été "multipliées par 10" dans le courant du mois de mars. "Il n’y a plus de cessez-le-feu", en déduit le quotidien moscovite qui pour sa part attribue ce regain de tensions… aux forces armées ukrainiennes, accusées de masser des armes lourdes, canons, tanks et batteries de missiles anti-aériens tout près de zones habitées par des civils, tout près aussi de la ligne de front avec les séparatistes. Pour ces derniers, repris par le site russe Lenta.Ru, ce sont bien les Ukrainiens qui sont en train de préparer une offensive : la symétrie est parfaite d’une presse à l’autre.

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Parmi les autres accusations portées contre Kiev et reprises par les journaux russes, il y a une sordide histoire d’enfant soi-disant tué par un drone ukrainien. On ne sait pas grand-chose sur l’identité de ce petit garçon, sur les circonstances de sa mort dans la banlieue de Donetsk… mais ses obsèques ont été largement filmées et relayées dans les médias séparatistes et en Russie, avec images appuyées de femmes en pleurs et de peluches déposées sur la petite tombe. 

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a reconnu lundi qu’il "n’avait pas d’information vérifiées sur la mort de cet enfant, mais pas non plus de raison de douter de la véracité" de la version véhiculée par les autorités séparatistes… alors que l’on sait pourtant que celles-ci sont coutumières des fausses informations diffusées pour remobiliser leur population dans la détestation de Kiev et de ses soldats. Et Moscou jette donc de l’huile sur ce feu en déclenchant - c’est l’agence Interfax qui nous l’apprend - une enquête officielle du Comité fédéral russe d’investigation accusant l’Ukraine d’avoir causé la mort du petit garçon. 

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Faut-il donc voir dans toute cette agitation l’annonce d’une reprise imminente du conflit est-ukrainien ? Pas sûr, d’après le journal polonais Wyborscza Gazeta (citée par gazeta.ua) selon qui "plus on voit des manœuvres de tanks et de soldats russes, plus on fait du bruit autour d’une possible nouvelle offensive, et moins il y a de chance que celle-ci n’ait vraiment lieu". Même analyse pour The Moscow Times et Michael Kofman, selon qui on est bien là face à une tactique d'intimidation de la part de Vladimir Poutine qui agiterait la menace sans réel projet de la mettre à exécution. 

"Poutine teste Joe Biden", résume Nikolas Busse dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung : il veut savoir ce que le nouveau président américain a vraiment dans le ventre, quand il assure au président ukrainien Zelenskiy qu’il est de son côté et le défendra en cas d’agression. Mais "l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN, rappelle l’éditorialiste allemand, et en cas d’offensive russe Kiev ne devra pas compter, de la part de ses soutiens occidentaux, sur grand-chose de plus que de nouvelle sanctions prises contre la Russie", sanctions qui ont prouvé qu’elles ne dissuadent en rien les projets du Kremlin.

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Enfin, le conflit entre Moscou et Kiev se joue peut-être aussi à un autre niveau et bien loin des villages bombardés du Donbass : le site d’info ukrainien gazeta.ua constate que les tensions entre les deux pays culminent depuis que la justice ukrainienne a mis son nez dans les affaires très troubles du député pro-russe et homme d’affaires Viktor Medvedchuk, connu depuis l’époque de la Révolution orange pour être l’homme de l’ombre de la politique ukrainienne au service des intérêts du Kremlin. Gazeta.ua note également, en passant, que "la côte de popularité du gouvernement russe est en baisse, et qu’une nouvelle campagne militaire dans l’est ukrainien pourrait être vue par le Kremlin comme un bon moyen de regonfler ses sondages, en vue des élections législatives du mois de septembre".

Le magazine américain The Atlantic s’intéresse à la fameuse "sortie du tunnel" que nous espérons tous à l’issue des reconfinements actuels.

Ca a inspiré à la journaliste scientifique Katherine Wu une étonnante comparaison entre nous tous, avec nos petites vies confinées depuis un an, et les cigales de l’espèce nord-américaine Brood-X, un insecte qui présente la particularité de n’exister à l’âge adulte qu’une fois tous les dix-sept ans. 

L’Est des Etats-Unis s’attend donc le mois prochain à voir sortir du sol le mois prochain des milliards de cigales qui ont jusque-là végété sous terre à l’état d’œuf puis de larve ; enfin sortis de leur confinement à elles, les cigales vont se faire un devoir de vivre leur meilleure vie pendant les quelques semaines d’été qui leur sont données. La journaliste de The Atlantic décrit cette sortie du tunnel programmée comme une véritable explosion de bruit, de nourriture, une frénésie d’accouplement aussi pour mettre au monde les milliards d’œufs qui donneront naissance à la prochaine génération dans dix-sept ans. En bref, comme le clame le titre de l'article, "la plus grosse fête de 2021 est sur le point de démarrer" ... La vraie "bamboche", quoi, pour reprendre un mot en vogue chez nous.

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Alors non, Katherine Wu ne dit pas qu’il faut s’attendre à un pic de MST et de natalité dans l’espèce humaine à la sortie des confinements, quoi que… Mais elle nous dit surtout que nous avons à apprendre des cigales Brood-X et de leur élan vital périodique. Il s’agit de sortir de l’état de larve (ou de nymphe pour être plus précis) au bon moment, ni trop tôt sous peine de mourir de froid ou dévoré par des prédateurs, ni trop tard pour ne pas "rater la fête avec ses congénères". 

Pour les insectes, tout ça est régi par un rythme naturel, saisonnier et immuable. Pour nous autres humains ce sera plus compliqué mais "les cigales nous apprennent la patience et la tempérance"… pour mieux, bien sûr, profiter du banquet qui s’annonce à la sortie.

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