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Manifestations contre les fraudes électorales, Bishkek, 05/10/20

Le Kirghizistan ravive le souvenir des "révolutions colorées"

5 min
À retrouver dans l'émission

A Bishkek, capitale du Kirghizistan, une foule dénonçant des fraudes lors des législatives de dimanche a pris d'assaut le palais présidentiel et fait libérer l'ancien président emprisonné. Le site d'info russe Meduza révèle que V. Poutine a co-organisé la chute de Milosevic en 2000 avec B. Clinton.

Manifestations contre les fraudes électorales, Bishkek, 05/10/20
Manifestations contre les fraudes électorales, Bishkek, 05/10/20 Crédits : Vyacheslav Oseledko - AFP

Une image d'actualité venue d'Asie centrale capte notre attention : celle du palais présidentiel en feu à Bishkek, la capitale du Kirghizistan.  

Image abondamment reprise par les médias de ce petit pays montagneux d'ex-URSS, et plus largement par les pages internationales de nos quotidiens à travers la planète.  

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"Aux premières lueurs de l'aube, lit-on par exemple sur le site spécialisé sur la région Eurasianet,  "les manifestants contrôlent les principaux lieux de pouvoir", à commencer par cette Maison blanche kirghize, imposant bloc de marbre blanc d'architecture brutaliste made in USSR qui abrite le Parlement et les bureauxdu  président kirghize. Mais la révolte qui a éclaté là-bas va bien plus loin : au coeur de la nuit, raconte à son tour le quotidien russe Kommersant, la même foule s'est emparé du siège de la sécurité nationale et y a libéré de sa cellule de prison l'ancien président Almaz Atambaev, condamné cette année à de la prison ferme pour des faits de corruption dans ce que ses partisans avaient dénoncé comme un procès politique. 

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Et s'ils sont descendus dans la rue, depuis dimanche, ces mêmes partisans de l'opposition kirghize, c'est pour rejeter les résultats des élections législatives de dimanche qui ont vus les partis alliés au président actuel Sooronbaï Jeenbekov remporter une victoire aussi large... que suspecte de fraude. 

Toute la journée de lundi, rapporte le site d'info kirghize Kloop, la place centrale Ala-Too de Bishkek n'a pas désempli, les orateurs des partis d'opposition se sont succédé à la tribune pour crier au vol des élections dans ce qui reste près de 30 ans après la chute de l'URSS comme la seule démocratie digne de ce nom en Asie centrale, avec tout ce que ça implique, on le voit encore aujourd'hui, de conflictualité et de désordre politique.  

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La police anti-émeute kirghize a eu beau essayer de disperser tout le monde en début de soirée, les manifestants (comme ils l'ont déjà fait à deux reprises ces 15 dernières années) ont convergé vers le palais présidentiel, ils l'ont pris d'assaut... et au milieu de la nuit, ils en ont chassé le chef de l'Etat pour installer leurs propres hommes aux postes-clés. "Aux premières lueurs de l'aube, reconnaît donc Eurasianet, c'est surtout la confusion qui règne."   

Il faut se souvenir que ce n'est pas la première fois qu'on assiste à ces scènes révolutionnaire au Kirghizistan. Deux présidents ont été chassés de la même manière depuis 2005. A peine le palais présidentiel conquis à Bishkek, le quotidien Gazeta à Moscou titrait sur cette "nouvelle tentative de révolution colorée au Kirghizistan". 

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La référence est claire à la révolution des Tulipes en 2005, qui faisait suite à celle des Roses en Géorgie en 2003 et des Oranges en 2004 en Ukraine. A chaque fois, au grand dam de Moscou, c'étaient des pouvoirs autocratiques issus de l'éclatement du régime soviétique qui étaient défaits par la rue, et Vladimir Poutine s'était empressé d'accuser l'Occident d'avoir mis le feu aux ressentiments populaires (on va y revenir). 

Toutefois, ce mardi matin, il est difficile de parler vraiment de révolution, puisque selon l'agence de presse kirghize AkiPress, le président Jeenbekov, qui n'est pas tombé aux mains des manifestants, revendique toujours le pouvoir et propose de consulter tous les partis d'opposition, pour envisager une annulation des élections de dimanche. 

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Est-ce que cette nuit restera comme un soudain accès de fièvre pour défendre la fragile démocratie kirghize, ou bien comme la preuve que cette soit-disant unique démocratie d'Asie centrale est en fait une foire d'empoigne manipulée par des groupes politiques et criminels rivaux qui ne font que se chasser du pouvoir chacun à leur tour ? En tous cas, selon la réflexion ébauchée sur Twitter par le correspondant de la BBC à Moscou, Steve Rosenberg, le retour des troubles politiques, dans ce laboratoire de démocratie centrasiatique qu'est le Kirghizistan, est à relier avec d'autres phénomènes à l'oeuvre en ce moment-même en ex-URSS : la guerre qui reprend au Haut-Karabakh, le séparatisme pro-russe dans l'Est de l'Ukraine, l'autocrate Alexandre Loukachenko contesté en Biélorussie, la contestation du pouvoir poutinien dans l'extrême-est de la Russie... Tout ça, esquisse Steve Rosenberg, nous montre que 30 ans après la chute de l'Union soviétique, la transition démocratique n'est encore qu'un point de mire, et que toute cette région du monde reste profondément modelée, empêchée d'aller de l'avant par les fardeaux hérités de son passé soviétique... avec une Russie qui ne fait rien pour faciliter le changement. 

Tout ça nous amène naturellement à ces révélations faites par le site russe Meduza. 

C'est en plein dans le même sujet : Meduza s'est plongé dans des documents diplomatiques déclassifiés datant de l'an 2000 et qui prouvent que Vladimir Poutine, alors tout jeune président russe, s'est entendu avec Bill Clinton pour organiser la chute du président yougoslave Slobodan Milosevic. 

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C'est même Poutine qui aurait proposé à son homologue américain le scénario qui allait permettre en octobre 2000 de chasser Milosevic du pouvoir. À l'époque on avait appelé ça, déjà, la "révolution des bulldozers", et si c'est intéressant, décrypte Meduza, c'est parce que quelques années plus tard, quand il a commencé à se sentir menacé par les autres renversements de pouvoir dont on vient de parler en Géorgie, Ukraine et Kirghizistan, Vladimir Poutine a fait de cette révolution serbe la première des soi-disant révolutions colorées ourdies par l'Occident : un pilier de son récit nationaliste actuel. 

La vérité historique qui se fait jour aujourd'hui, c'est donc que le président russe, quand ça l'arrange, est prêt à s'entendre avec Washington pour se débarrasser des chefs d'Etat qui dérangent sa politique étrangère. Et ça, ça parle en particulier au journal en ligne Belaruskiy Partizan, engagé aux côté de la contestation contre Alexandre Lukachenko, qui invite aujourd'hui Vladimir Poutine à reproduire le scénario Milosevic sur le président biélorusse, cette fois. Et d'ailleurs, s'il a la recette pour chasser les autocrates, conclut le Partizan, peut-être devrait-il aussi songer à se l'appliquer... à lui-même.

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