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Un pompier australien sauve un koala sur Kangaroo Island

Les koalas australiens comme lanceurs d'alerte d'une catastrophe mondiale

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Depuis septembre en Australie, des millions d'hectares sont partis en fumée, et le pire semble encore à venir ; mais l'ampleur des dévastations, notamment sur la faune sauvage, suscite enfin une réaction mondiale. En Inde, des affrontements sur un campus, tolérés par la police, indignent la presse.

Un pompier australien sauve un koala sur Kangaroo Island
Un pompier australien sauve un koala sur Kangaroo Island Crédits : DAVID MARIUZ - Maxppp

L'actualité vue sous un prisme orange fumée, c'est à nouveau en Australie ce matin.  

Impression saisissante, c'est vrai, en parcourant les journaux australiens, avec toutes ces photos aux tonalités jaune-orangées, spectaculaires et désespérantes images des incendies qui ravagent depuis des semaines les régions du sud-est, Nouvelles-Galles du Sud et Victoria. 

Dans ces journaux ce mardi on lira que l'heure est à l'accalmie pour les pompiers ; une timide fenêtre de répit météorologique dont tout le monde, dixit le Sydney Morning Herald, sait bien qu'elle sera de courte durée, que "la partie est loin d'être terminée", mais quelques jours d'accalmie tout de même, qui permettent au moins de mesurer l'ampleur des dégâts déjà monstrueux. 

Il y a bien sûr les chiffres, repris par le quotidien de Sydney : les 2000 maisons déjà détruites par les flammes, les 25 morts au bas mot, les surfaces calcinées (un tiers du territoire total du pays, soit l'équivalent de toute l'île d'Irlande).  Le Morning Herald cite plusieurs sinistrés qui ont eu l'occasion hier de revenir chez eux voir ce qu'il reste de leur vie, et qui ont trouvé à la place ce qui ressemble à "un volcan fumant", à "un paradis perdu". 

"Il a fallu évacuer l'Eden", titrait hier soir The New Daily reprenant un ordre prononcé quelques heures plus tôt par des policiers : "Get out of Eden !" et qui leur intimait l'ordre d'évacuer, donc,  leur village nommé "Eden", le paradis...   

Parmi les habitants du bush australien qui n'ont pas eu la possibilité d'évacuer, de nombreux médias s'arrêtent sur le sort de la faune sauvage australienne. Et à chaque cataclysme médiatique son icône, son porte-étendard : en l'occurence, sur le "demi-milliard d'animaux" tués par les incendies, selon les estimations communément admises, les koalas sont sinon les plus touchés, en tous cas les plus visibles. 

Il faut dire qu'ils sont de longue date, reconnait le site d'analyse et de débat The Conversation, les emblèmes pellucheux du tourisme en Australie, leur extermination par les flammes choque bien plus que toutes les autres destructions de biomasse en cours. Il faut dire, avec donc The Conservation, que "la préservation de cette espèce emblématique était devenue un combat national dès le début du 20ème siècle", quand on avait compris le potentiel d'empathie de la boule de poil grise et l'importance de le sauver de l'extinction qui lui semblait promise. 

Un siècle plus tard, les populations de koalas étaient foisonnantes... jusqu'à cette terrible saison des incendies 2019-2020. Selon l'édition australienne du Guardian, rien que sur l'île de Kangaroo Island environ 25 000 koalas auraient péri dans les flammes. Les vidéos virales, sur les réseaux sociaux, où l'on voir des petits marsupiaux sauvés par des humains héroïques, un biberon ou une bouteille d'eau à la main, ces vidéos donc sont en quelque sorte l'arbre qui cache la forêt en feu transformée en cimetière animal. Et pourtant, il faut bien le dire, ce sont elles qui marquent les esprits à travers le monde.  

Car la presse australienne s'émeut également du grand élan de solidarité internationale qui s'exprime depuis quelques jours.  Il aura fallu pour cela, note The Mercury, que 6 millions d'hectares brûlent (soit bien plus que les surfaces touchées l'été dernier en Amazonie). Mais ça y est, des pays lointains comme l'Allemagne ou les Etats-Unis ont pris conscience de l'ampleur planétaire du drame qui se joue en Australie. Le site d'info News.com.au note qu'à plusieurs reprises au cours de la soirée des Gloden Globes à Los Angeles dimanche des stars d'Hollywood ont évoqué les incendies et appelé aux dons. 

Au-delà de cette touche un peu "people", pas de quoi se réjouir . Le même News.com.au cite également un climatologue qui confirme que les quelques pluies et baisses de températures de ces dernières heures ne doivent pas nous tromper : le pire est encore à venir ; la chaleur va encore s'accentuer et pourrait déclencher des phénomènes météo extrêmes, cyclones, inondations, dans les prochaines semaines.  

La voilà peut-être, cette "spirale climatique" dont parle beaucoup depuis quelques jours la presse australienne,  expression lue dans les rapports des experts mondiaux en réchauffement climatique, mais qui prend en Australie une consistance particulièrement réelle et inquiétante.

En Inde, le quotidien The Hindu ne mâche pas ses mots dans son éditorial du jour. 

Il revient sur une attaque survenue dimanche soir sur le campus de la très réputée université JNU de New Dehli quand des dizaines de jeunes masqués et armés s'en sont pris à des étudiants et des professeurs mobilisés depuis des semaines contre la loi anti-musulmans, dite loi sur la citoyenneté indienne, voulue par le premier ministre Narendra Modi. 

Dimanche donc à l'Université Jawaharlat Nerhu, selon l'édito de The Hindu, c'est "le masque de l'anarchie" que l'on a vu, et ce masque dissimule bien mal la frange nationaliste qui détient sans partage le pouvoir en Inde. Car derrière les agresseurs de dimanche sur le campus, qualifiés "d'hommes de main" par le quotidien anglophone, on trouve sans grand mystère les militants de l'ABVP, syndicat étudiant de droite dure habitué des coups de force contre leurs congénères de la JNU à la réputation de gauchistes... et liés au parti politique BJP de Narendra Modi. Avec celui-ci, ils partagent l'idéologie de "l'hindouité" de l'Inde, contre celle de l'Inde comme un creuset de différentes cultures et religions. 

Ce qui frappe dans les attaques de dimanche, c'est la complaisance sinon la complicité des forces de l'ordre : elles étaient déployées en masse autour de l'Université mais se sont bien gardées d'intervenir. The Hindu affirme même que l'éclairage public avait été éteint pour mieux couvrir les exactions qui ont fait au final une trentaine de blessés.  

Aucun agresseur n'a été interpellé, et même pire, complète la chaîne NDTV, le président du principal syndicat des étudiants de la JNU, victime donc et blessé lui-même lors de l'expédition punitive, se retrouve poursuivi pour des dégradations et violences commises sur le campus. 

Pour l'Hindustan Times, l'attaque en règle du campus de New Dehli nous en dit long sur ce qu'est devenue l'Inde d'aujourd'hui... un pays où les débats idéologiques dans des lieux censés être dédiés au savoir et aux idées... sont écrasés sous une violente brute, au service du pouvoir nationaliste en place. Je vous laisse sur ces mots de conclusion, signés de l'auteur de cette tribune Roshan Kishore : "Une société qui tolère la violence dans ses universités est une société qui tolère la destruction de son futur".

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