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Un bâtiment criblé de balles portant les initiales du "Cartel Jalisco Nueva Generacion" dans l'État du Michoacan au Mexique en avril 2021.

Au Mexique, un cartel menace de mort une journaliste

6 min
À retrouver dans l'émission

Le puissant cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) a publié une vidéo dans laquelle les narcotrafiquants s'en prennent à une présentatrice de la chaîne de télévision Milenio.

Un bâtiment criblé de balles portant les initiales du "Cartel Jalisco Nueva Generacion" dans l'État du Michoacan au Mexique en avril 2021.
Un bâtiment criblé de balles portant les initiales du "Cartel Jalisco Nueva Generacion" dans l'État du Michoacan au Mexique en avril 2021. Crédits : ENRIQUE CASTRO - AFP

Entouré de six hommes cagoulés, armés de fusils d'assauts et bardés de munitions, un homme également masqué lit un communiqué assis derrière un bureau. Dans cette vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le puissant cartel de Jalisco Nouvelle Génération s'en prend nommément à Azucena Uresti, présentatrice de la chaîne de télévision Milenio. L'organisation mafieuse insulte et menace de mort la journaliste. 

Le quotidien mexicain El Universal explique que le cartel n'a pas supporté la récente couverture de l'actualité dans l'État du Michoacán à l'ouest de la capitale Mexico. Dans cet État, le gang affronte des groupes d'auto-défense pour imposer sa domination. Les narcotrafiquants estiment que les organisations qui leur résistent par les armes ne sont rien d'autre que des clans mafieux rivaux rapporte El Universal. Le Cartel prétend donc tout simplement exiger une couverture équitable du conflit qui l'oppose à ces groupes. 

Dans l'édition mexicaine d'El Pais, on lit que l'organisation criminelle est une habituée de ce genre de vidéos de propagande et de menaces. El Pais nous apprend que les narcotrafiquants ont même osé manifester en plein jour le mois dernier dans une ville du Michoacán. Une sorte de défilé militaire, avec véhicules et armes lourdes aux couleurs du cartel considéré comme l'un des plus puissants et des plus dangereux au monde.  

De son côté, le journal mexicain Excelsior cite le porte-parole de la présidence. Il promet que le gouvernement mexicain protégera les journalistes menacés par le crime organisé. Excelsior se fait par ailleurs l'écho de l'élan de solidarité de la presse mexicaine pour la présentatrice visée. Des rédacteurs en chefs, des chroniqueurs de différents médias expriment publiquement leur soutien à Azucena Uresti. Ils ont conscience de la gravité de la menace. Dans un pays qui compte plusieurs dizaines de milliers d'homicides chaque année et où une centaine de journalistes sont morts assassinés depuis 20 ans. Trois l'ont déjà été en 2021. La dernière exécution, celle de Ricardo López, date du 22 juillet. Au Mexique, 90 % de ces assassinats restent impunis. 

L'héritier de Samsung s'apprête à sortir de prison

En une du Korea Times, Lee Jae-yong est vêtu d'un costume impeccable, avec une cravate noire, de fines lunettes et un masque FFP2 recouvrant le bas de son visage. Cet homme de 53 ans est le plus puissant patron de Corée. L'héritier et vice-président de Samsung, le géant des téléphones, de l'informatique et de l'électronique sud-coréen.  

Le journal nippon Nikkei Asia rappelle que Lee Jae-yong a été condamné pour corruption active et détournement de fond. En 2015 il a soudoyé l'ancienne présidente de la Corée du Sud, Park Geun-hye pour faciliter la succession de Samsung. C'est ce scandale qui a entraîné la destitution de la présidente en 2017 et sa condamnation à 20 ans de prison. Lee Jae-yong, lui, n'a écopé que de deux ans et demi de détention dont il n'a purgé que 18 mois.   

Le motif de sa libération n'est pas un mystère. Le Korea Times cite le ministère de la Justice : "Lee Jae-yong a été inscrit sur la liste des libérations conditionnelles en raison de la situation économique du pays." Car ce qui se joue derrière cette sortie de prison c'est une lutte économique et une rivalité mondiale dans le secteur des semi-conducteurs. Ces puces dont l'économie ne peut plus se passer, de l'automobile à la téléphonie. Un segment dominé par Taïwan, dans lequel la Chine, les États-Unis, le Japon et L'Europe veulent se tailler une part de marché. La Corée du Sud aussi.   

Samsung ambitionne de devenir le premier fabricant de puces d'ici 2030. Le groupe prévoit en conséquence des centaines de millions de dollars d'investissement et la construction d'usines. Pour mener cette politique Samsung a besoin de son patron. A la lecture de la presse internationale on comprend combien que les intérêts de la bourgeoisie coréenne, de ses fleurons industriels et de l'État coréen sont imbriqués.   

Cité par le Korea Times, la chambre coréenne de commerce et d'industrie, principal syndicat patronal : "Nous nous félicitons de la décision de libération conditionnelle permettant au vice-président de Samsung Electronics de poursuivre librement les tâches qui lui ont été confiées. Mais il aurait été préférable que Lee Jae-yong reprenne ses fonctions avec l'intervention d'une grâce présidentielle", estiment les représentants des grandes entreprises coréennes. Car "en vertu de la loi coréenne, les personnes reconnues coupables de "crimes économiques" ne sont pas autorisées à réintégrer des postes à responsabilités pendant cinq ans après leur libération." Les détenus libérés avant la fin de leur peine ne peuvent pas quitter le territoire national. Mais selon le Korea Times le gouvernement va faire une exception et lui permettre d'effectuer des voyages d'affaires internationaux. Alors même que l'héritier de Samsung est empêtré dans d'autres affaires toujours en attente de jugement précise le Korea Herald. Notamment un procès pour "fraude comptable" lors de la fusion de deux filiales de Samsung. 

Une telle connivence entre l'État et l'héritier de Samsung soulève quand même quelques critiques. Dans le Financial Times, Park Sang-in, professeur d'économie à l'Université nationale de Séoul dénonce : "Un pas en arrière en termes de réforme et une trahison envers les espoirs des gens de ne plus avoir de privilèges accordés aux magnats de l'industrie." La remise en cause des rapports entre l'État et les grands groupes de la quatrième économie d'Asie était pourtant une promesse de campagne de l'actuel président Moon Jae-in. Il avait juré de mettre au pas les conglomérats familiaux.  

Le quotidien économique japonais Nikkei Asia donne la parole à un député du parti au pouvoir, amer face à cette décision. Park Yong-jin déplore un affront à l'Etat de droit qui montre que les riches et les puissants ont toujours gain de cause. "Seul 0,3 % des prisonniers ont obtenu une libération conditionnelle avant d'avoir purgé 80% de leur peine ces 10 dernières années", précise ce député. Mais le gouvernement aurait l'opinion publique avec lui. Plusieurs sondages publiés dans la presse coréenne montrent une adhésion de la population à cette décision. Cette sortie de prison se déroule à l'occasion de la journée nationale de la libération de la Corée souligne le Financial Times. Le pays célèbre chaque année le 15 août, la victoire sur le Japon lors de la Seconde Guerre mondiale et la fin de l'occupation militaire nippone de la péninsule coréenne. La libération de l'héritier de Samsung est décidément porteuse de symboles.

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