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Temple hindou à Ayodhya en Inde

En Inde, la Cour suprême entérine la marginalisation de la foi musulmane

6 min
À retrouver dans l'émission

En soldant samedi le conflit inter-religieux autour du site antique d'Ayodhya, les juges suprêmes indiens ont donné raison au nationalisme hindou porté par le Premier ministre Narendra Modi. A Madagascar, les grosses ficelles russes pour tenter d'influencer pa présidentielle de l'an dernier.

Temple hindou à Ayodhya en Inde
Temple hindou à Ayodhya en Inde Crédits : SANJAY KANOJIA - AFP

Un mot occupe aujourd'hui encore les grands titres de la presse indienne, et c'est le nom d'Ayodhya.

Ayodhya, c'est une ville du nord de l'Inde, Etat de l'Uttar Pradesh, sur un affluent du Gange, et son nom renvoie à un conflit qui enfllamme les passions en Inde depuis près de 30 ans. "Une saga qui a dessiné les contours de l'Inde moderne", écrit même Prashan Jha dans les colonnes de l'Hindustan Times.

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Car Ayodhya, c'est avant tout dans l'imaginaire collectif une cité antique disputée, depuis des décennies donc, par les deux religions d'Inde, l'Islam et l'Hindouïsme. Sur les bords de la rivière s'élevait depuis 1528 (et jusqu'en 1992) l'une des plus grandes et anciennes mosquées du pays, celle de Babri ; mais elle a été détruite, le 6 décembre 1992, par une foule de nationalistes hindous : eux revendiquent les lieux comme lceux, d'après la légende, où serait né leur très populaire dieu Ram. Les affrontements inter-religieux qui suivirent, à l'époque, firent plus de 2000 morts. Et le contentieux,  lit-on encore dans The Hindustan Times, n'a jamais vraiment été réglé depuis, régulièrement réactivé au gré des intérêts politiques des deux communautés, mais la blessure reste bien présente en profondeur.  

Or, si l'on en reparle aujourd'hui, c'est parce que la Cour suprême indienne a rendu samedi sa décision définitive sur ce conflit.  Un verdict  dont l'Indian Express n'a pas fini, trois jours plus tard, d'analyser la portée. Les juges, d'un côté, reconnaissent le caractère "illégal", de la destruction en 1992 de la mosqué de Babri. Ils accordent, en vertu de l'article 142 de la constitution indienne, un terrain de deux hectares à la communauté musulmane, pour qu'elle y reconstruise une mosquée. Ca pourrait ressembler à une juste réparation, trente ans après les faits, mais c'est en fait tout le contraire, selon le magazine Dawn : car le terrain dévolu aux musulmans se trouve en dehors de l'aire sacrée disputée par les deux confessions, et que la possession de cette aire-là est entièrement dévolue aux seuls hindous à qui la Cour suprême donne son feu vert pour la construction du grand temple qu'ils veulent y construire pour vénérer le Dieu Ram. 

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Les juges ont clairement posé par leur décision que c'était aux musulmans de justifier de leur présence sur place, et que faute de preuve le bénéfice du doute, ou de la controverse historique, devait bénéficier aux seuls hindous, résume Shrutisagar Yamunan pour Dawn. Pour Hilal Ahmed, cette fois sur le site d'info et d'analyse The Print, les 5 juges suprêmes samedi ont entériné l'idée que la communauté hindou est la communauté dominante en Inde et que les musulmans, à travers l'histoire, n'y ont toujours été (et n'y seront toujours) que des "outsiders", des étrangers que l'on peut donc marginaliser.  

Difficile de ne pas voir de lien entre cette décision et la mainmise du nationaliste hindou Narendra Modi sur le pouvoir politique en Inde. Narendra Modi qui, note The Hindu, a abondemment salué samedi la clairvoyance et l'équilibre de cette décision historique. Sans même donner le temps aux intéressés de réagir, il s'est félicité de "l'unanimité en faveur de ce verdict", preuve selon lui que "l'Inde est forte et unie", tournée comme un seul homme vers "l'aube radieuse" qui s'ouvre à elle à présent que le conflit inter-religieux est cesément soldé. 

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Ce n'est pas l'avis de tout le monde, vous vous en doutez : The Indian Express cite par exemple Tushar Gandhi, arrière-petit-fils du Mahatma Gandhi, selon qui tout cela c'est de la politique et ce n'est en rien ce que l'on pourrait attendre de la Justice. Tushar Gandhi dénonce la "peste" du suprématisme hindou incarnée par Modi, s'inquiète d'un climat etouffant d'intolérance et de nationalisme exacerbé : "si l'assassin de mon arrière-grand-père était jugé aujourd'hui, on ferait de lui un héros patriotique", résume le descendant de Gandhi. 

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Dans le Washington Post, enfin, on trouve une tribune publiée par l'éditorialiste indienne Rana Ayyub qui dit sa stupeur, en tant que musulmane, après la décision de la Cour samedi. Elle raconte à quel point sa famille et sa communauté ont appris, depuis les années 90, à vivre sous la menace croissante du rejet, de la haine attisée par le BJP, le parti de droite de Narendra Modi.  Samedi, après le verdict, Rana Ayyub a vu parader, sur toutes les chaînes de télévision indiennes, ceux-là même qui avaient conduit les pogroms anti-musulmans de 1992. "Le message envoyé aux 200 millions de musulmans indiens est clair et assourdissant : vous êtes des citoyens de seconde classe", obligés de renoncer à leur identité et à leur patrimoine, "orphelins dans leur propre pays".

1000 et une recettes pour manipuler une élection : c'est une enquête à Madagascar du New York Times.  

Ca se passe donc à Antananarivo, la capitale malgache, pendant la dernière campagne présidentielle il y a un peu moins d'un an. Les journalistes du Times Gaëlle Borgia et Michael Schwirtz et y ont suivi des visiteurs pas du tout discrets : des citoyens russes, arrivés là, avec des sacs à dos plein d'argent liquide, des affiches électorales chatoyantes et des méthodes sans scrupules, pour tenter de faire gagner le président sortant Hery Rajaonarimampianina. Depuis les chambres qu'ils louaient dans un village-vacances, ils ont recruté des étudiants locaux pour rédiger à la chaîne des articles de propagande (qu'on nous décrit comme bourrés de fautes d'orthographe) publiés dans un journal créé de toute pièce à la gloire de leur candidat ; ils ont couvert les panneaux d'affichage de la ville de publicités électorales illégales ; ils ont acheté sans regarder à la dépense du temps d'antenne sur tous les médias grands publics de l'île ; Ils ont payé des jeunes pour assister aux meetings, payé des journalistes pour couvrir la campagne de Rajaonarimampianina ; ils ont même recruté un obscur prédicateur religieux pour semer la zizanie dans les rangs de l'opposition. 

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Le tout, sous les yeux effarés des Malgaches qui avaient bien entendu parler de l'ingérence russe dans la campagne américaine deux ans plus tôt, et qui voyaient la même chose se reroduire chez eux, sans même essayer de se dissimuler. Derrière ces deux opérations, nous dit le New York Times, on retrouve d'ailleurs le même homme, Yevgeniy Prigojine, un proche de Vladimir Poutine qui pilote en sous-main toute la stratégie d'influence russe en Afrique.  

 Mais reste une question, pourquoi les Russes se sont-ils lancés dans cette campagne malgache alors qu'ils n'ont pas à première vue d'intérêt majeur sur la grande île ? L'oligarque de l'ombre, Prigojine, avait bien acheté avant l'élection une mine malgache, mais rien de comparable aux enjeux économiques russes sur le continent africain. On voit là, nous disent les auteurs de cette enquête, que les Russes font feu de tout bois pour concurrencer les anciennes puissances coloniales (en l'occurence française à Madagascar) en matière d'influence en Afrique. 

La BBC Afrique, au mois d'avril, avait déjà publié une première version de cette enquête, sous la forme d'un documentaire :

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Un détail toutefois : la campagne de manipulation électorale à Madagascar n'a pas vraiment fonctionné ; avec ou sans leur grosses ficelles russes, le président sortant n'avait aucune chance de l'emporter. Ses conseillers venus du froid s'en sont rendus compte en cours de campagne et ont tout misé dans les derniers jours sur un autre ancien chef de l'Etat, Andry Rajoelina... qui l'a finalement emporté. 

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