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Après plusieurs opérations de sauvetage en Méditerranée, 400 rescapés à bord des navires humanitaires au large de l'Europe, sans solutions

Des "indésirables" aux portes de l'Europe

5 min
À retrouver dans l'émission

Au large de l'Italie et de Malte, sur le navire Open Arms, 180 mètres carrés, 160 personnes à bord. Sauvées en mer. Deux bébés de neuf mois aussi. Une trentaine de mineurs. La chaleur et l'humidité sont suffocantes. Deux toilettes pour tous les passagers.

Après plusieurs opérations de sauvetage en Méditerranée, 400 rescapés à bord des navires humanitaires au large de l'Europe, sans solutions
Après plusieurs opérations de sauvetage en Méditerranée, 400 rescapés à bord des navires humanitaires au large de l'Europe, sans solutions Crédits : Anne CHAON / AFP - AFP

Le bateau, construit en 1974, n'est pas l'endroit idéal pour garder autant de monde, rapporte ce matin El Pais. Mais après 11 jours passés en mer, le continent n'est pas visible. Et la petite île italienne de Lampedusa, à moins de 30 milles marins, ressemble à un port de plus en plus éloigné. La situation est de plus en plus délicate. Et rien n'indique que le déblocage soit imminent. Aucun pays européen n'a encore montré sa volonté d'accueillir les occupants de l'Open Arms, rappelle le journal espagnol. 

Alors que l'Ocean Viking poursuit lui aussi ses sauvetages en mer. 4 sauvetages en 3 jours. Désormais, au large des côtes européennes,  400 migrants sont en attentes de solutions à bord des navires humanitaires. 

Qui se montrera le plus impitoyable pour les migrants ? interroge Le Soir à Bruxelles. L'Italie, l'Espagne et Malte refusent d'accueillir les migrants. Seules quelques exceptions ont été délivrées. 

La Grèce elle demande un "partage plus juste du fardeau". Depuis le 7 juillet, il n'y a pas eu un seul jour sans arrivée. Sur les 5 îles proches de la Turquie -Lesbos, Samos, Chios, Kos et Leros, le nombre total de migrants a dépassé les 20 000. Une augmentation de 17 % en quelques semaines.

Et du côté des autres Etats membres de l'Union européenne c'est silence radio. Aucune solution proposée.

Bruxelles appelle à la solidarité précise El Diaro. La commission européenne a contacté les gouvernements pour explorer les options possibles...Mais rappelle le journal en ligne espagnol, elle ne peut lancer de coordination, si aucun pays ne la demande. Elle n'a aucun pouvoir d'indiquer dans quel port les migrants doivent débarquer. 

Il est clair regrette El Pais, que l'Europe, une fois encore, entend réagir à un cas particulier et ne pas renforcer une politique migratoire commune. Elle place les gouvernements de l'Union devant leur responsabilité. N'y aura t'il donc personne qui, seul ou avec d'autres, permettent à la Commission d'intervenir pour préserver la sécurité et la dignité des enfants, des femmes et des hommes, massés sur le pont d'un navire surpeuplé ?     

Une Europe fermée. Une société fermée aussi titre Die Zeit en Allemagne 

Ici d'autres indésirables. Dans l'une des nuits chaudes de l'été, la file d'attente devant un club de Berlin, le Griessmuehle. 2 heures du matin. 3 hommes veulent rentrer, dont deux d'origines arabes. " non les gars ça ne marchera pas". On n'entre pas. Pas d'explications, pas de conversation. Scène de racisme ordinaire aux portes des discothèques allemandes. 

Phénomène décrypté par l'hebdomadaire allemand. 

Phénomène que connait bien Hamado Dipama : être renvoyé à répétition pendant que d'autres rentrent. Habitant de Munich, il est originaire du Burkina Faso. Il a fait un test il y a quelques années, avec deux Turcs allemands et deux Allemands blancs. 25 tentatives d'entrées dans des clubs de Munich. 20 refus pour Dipama et les turcs Allemands, quand les deux hommes avec une apparence typiquement allemande ont toujours été autorisés à entrer, sans exception. 

" Avec toujours les mêmes excuses standard, explique Dipama, soirée privée ou réservée aux habitués. En tant qu'être humain vous êtes soudainement interrogé et traité comme un extraterrestre. On vous montre qui sont les privilégiés et qui ne le sont pas."

Le racisme aux portes des clubs est considéré comme un phénomène national écrit Die Zeit, mais, surtout pour Berlin, le sujet est une question politique. Les propriétaires des clubs veulent éviter le terme "racisme". Pour une bonne raison : aucune autre ville allemande n'est aussi réputée pour sa vie nocturne. 3 millions de touristes en visite à Berlin l'an dernier...un chiffre d'affaire d'un milliard et demi d'euros.

Les clubs berlinois aiment faire de la publicité autour de lieux de fête cosmopolites, libéraux et sans préjugés. Ils ont même leur propre commission, qui se positionne contre des contrôles de polices trop importants ou des investisseurs trop envahissants. Ce n'est que pour le racisme que c'est compliqué. 

L'exploitant du club Griessmuehle recommande toujours, dans sa déclaration, de "revenir une autre fois". Mais une fois que vous sentez que vous n'en faites pas partie, vous ne vous sentez pas les bienvenus.

Et si face à la xénophobie, on arrêtait de poser des questions toxiques ? 

Proposition du Financial Times à Londres.

Vous pouvez commencer par arrêter de demander aux gens d'où ils viennent. Et s'ils répondent Birmingham, que ce soit en Angleterre ou dans l'Alabama, merci de ne pas insister avec un " Non mais vraiment, quelles sont vos origines  ?" 

On peut aussi arrêter de demander innocemment " Quel est cet accent ? " Et s'abstenir de demander "d'où vient votre nom." 

Vous vous dites peut être, insiste le journaliste britannique, que tout cela ne vaut que dans un monde rempli de petites choses fragiles qui considèrent la moindre remarque comme une micro-agression. Vous ne le prenez jamais mal lorsque des gens vous posent ce genre de questions. Auquel cas, j'imagine que vous avez un nom, un accent et des racines remontant à plusieurs générations dans l'endroit où vous vivez. La plupart des gens qui ne sont pas dans ce cas savent néanmoins de quoi je parle. 

"Non mais quelles sont vos origines" est une question particulièrement pernicieuse. Manière de dire "j'entends bien que vous dites que vous êtes d'ici mais je vois bien par votre nom, votre couleur de peau, que vos parents ou grand parents ne le sont pas. Une façon de dire que vous non plus n'êtes pas vraiment d'ici

Ce n'est peut-être pas votre intention mais c'est ce que bon nombre pourront ressentir, surtout à notre époque. 

Cela n'a rien à voir avec du politiquement correct, c'est juste une question de courtoisie. La courtoisie -selon la belle formule de l'auteure Andréa H. Japp- une des plus jolies manifestations de la civilisation  

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