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Dès 2000, des manifestations pour l'effacement des dettes africaines. Ici en Afrique du Sud.

Le coronavirus viendra-t-il à bout des dettes africaines ?

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À retrouver dans l'émission

En se disant favorable à une "annulation massive" des dettes des pays les plus pauvres, Emmanuel Macron rejoint un consensus international sur la question qui prend forme face à la pandémie et au risque d'un effrondrement économique de l'Afrique notamment.

Dès 2000, des manifestations pour l'effacement des dettes africaines. Ici en Afrique du Sud.
Dès 2000, des manifestations pour l'effacement des dettes africaines. Ici en Afrique du Sud. Crédits : RAJESH JANTILAL - AFP

Parmi les annonces faites par Emmanuel Macron hier soir lors de son allocution aux Français, il y en a une qui fait pas mal réagir en Afrique.

C'était dans la dernière partie, sur "l'audace" nécessaire dans le "moment de refondation" que doit être cette crise mondiale... sur le monde d'après qui devra être "plus solidaire, plus fraternel", Emmanuel Macron annonce qu'il faut annuler massivement la dette des pays les plus pauvres, pour les aider à lutter contre la pandémie et l'effondrement économique.

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"Annulation massive des dettes africaines", donc, voilà qui n'était pas vraiment attendu, et d'ailleurs ce terme "d'annulation massive" est repris tel quel, en grand titre, par le site d'info économique Financial Afrik. Lequel nous précise tout de même que l'idée n'est pas nouvelle, certes, et que dans cette période d'urgence globale, elle n'est pas ressortie toute seule du chapeau du président français.  

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En fait, c'est Le Quotidien du Sénégal qui nous l'explique, Emmanuel Macron se range derrière l'initiative de son homologue sénégalais Macky Sall, cet « appel de Dakar » qu'il avait lancé la semaine dernière pour "une stratégie d'annulation de la dette des pays africains assortie d'un plan de rééchelonnement de la dette commerciale, qui doit permettre à l'Afrique de prendre un « nouveau départ dans le cadre d'un nouvel ordre mondial".

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Et puis, il ne faut pas l'oublier, le Pape François avait appelé les pays riches à annuler la dette des plus pauvres, dans son message de Pâques dimanche. En fait, résume The Guardian, cela faisait trois semaines que les pressions internationales s'accumulent pour mettre enfin en œuvre cette mesure réclamée depuis des décennies par une bonne partie de la gauche dans les pays du nord comme du sud, l'effacement de la dette que les pays les plus pauvres continuent de payer aux plus riches qui sont bien souvent leurs anciennes puissances colonisatrices.

En effet, l'idée est loin d'être neuve, alors pourquoi trouve-t-elle grâce aux yeux de dirigeants mondiaux comme Emmanuel Macron aujourd'hui ?

Eh bien parce qu'en ces temps de crise sanitaire il y a des réalités qu'il devient difficile d'ignorer, notamment celle-ci mise en exergue dans l'article du Guardian : "plus de 60 pays parmi les plus pauvres au monde dépensent plus d'argent public pour rembourser leurs créanciers que pour financer leurs systèmes de santé". Pour les plus endettés et démunis, rien que le remboursement des intérêts de la dette dépasse l'argent disponible pour soigner la population : alléger ce fardeau-là, c'est donc permettre de mieux répondre aux impératifs d'urgence sanitaire.

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D'ailleurs, Le Temps en Suisse nous annonce ce matin que le FMI s'est lui aussi converti à l'allègement de dette, en lançant hier soir une aide d'urgence, de quoi permettre à 25 pays parmi les plus pauvres de la planète de couvrir, via un fond fiduciaire d'assistance abondé par les pays riches, le paiement de leur dette pour les six prochains mois, et d'utiliser l'argent ainsi économisé pour mieux financer leur santé publique. 

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On ne parle donc là pour le moment que d'un allègement temporaire de la dette, six mois, mais le FMI voudrait porter cet effort à deux ans ; pour cela il a besoin de l'aide de tous les pays riches. Ceux qui siègent au G20 semblent près d'un accord sur le principe, indiquait dimanche The Financial Times … Et l'on comprend qu'Emmanuel Macron dans son discours d'hier soir a rejoint ce consensus international, même s'il s'est prononcé, et c'est notable, pour une annulation massive des dettes africaines, plutôt que pour un report ou un allègement.

En l'occurence, s'il y a un pays qui détient la clé de tout ce dossier, c'est bien la Chine.

Car comme le soulignent mes confrères de RFI, si « le fardeau de la dette africaine a doublé au cours de la dernière décennie », c'est en bonne partie dû à l'endettement de ces pays africains auprès de la Chine : sur les 365 milliards de dollars qui sont dûs chaque année, 145 milliards sont dus à des créanciers chinois, publics ou de plus en plus privés.

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La Chine, nous dit Le Temps, a accepté de participer à l'effort collectif via le fonds d'assistance du FMI, mais est-elle prête à renoncer plus durablement à récupérer ce qu'elle a prêté à l'Afrique, et qui soit dit en passant bénéficie largement à des entreprises chinoises ?  

« Sur cette question de la dette africaine, rien ne se fera sans la Chine aux commandes », analyse pour sa part l'agence américaine Reuters, estimant toutefois... peu probable que Pékin aille au-delà d'un simple rééchelonnement des échéanciers africains.

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Car la dette, c'est un levier de pouvoir, d 'emprise sur le continent africain auquel la Chine ne semble pas prête à renoncer. Il suffit de lire pour s'en convaincre l'enquête de la japonaise Nikkei Asian Review sur la manière dont l'Inde et la Chine se livrent une âpre concurrence, en ces temps de coronavirus, pour apporter leur aide aux pays africains et y renforcer leur influence pour les décennies à venir. 

La solidarité internationale continue de se livrer à crédit et avec de très lourdes arrières-pensées géostratégiques.

Chroniques

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