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Affluence aux primaires du camp pro-démocrate à HK le 12 juillet 2020

A Hong Kong, la démocratie disparaît sous nos yeux

6 min
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Depuis l'imposition par Pékin d'une loi sécuritaire réprimant toute contestation politique, Hong Kong bascule dans un régime qui prive ses habitants des libertés sauvegardées depuis 1997 et la rétrocession. Au USA, "le parrain" Donald Trump évite la case prison à son ancien conseiller Roger Stone.

Affluence aux primaires du camp pro-démocrate à HK le 12 juillet 2020
Affluence aux primaires du camp pro-démocrate à HK le 12 juillet 2020 Crédits : Isaac Lawrence - AFP

Ce n'est pas tous les jours que l'on assiste au basculement d'une démocratie dans la dictature. 

Rarement la croisée des chemins, le basculement n'avait été aussi clair, évident, qu'à Hong Kong deuis le 1er Juillet : quasiment du jour au lendemain là-bas les libertés politiques se sont éteintes, dire ce que l'on pense est devenu dangereux, et critiquer les autorités chinoises une prise de risque bien réelle.

Tout ça, on en a déjà parlé ici, en conséquence de cette loi de sécurité nationale qui a été imposée par Pékin à l'ancienne colonie britannique. Deux semaines plus tard, le climat a radicalement changé à Hong Kong, les habitants apprenent à se méfier de tout et d'eux-mêmes en premier lieu. C'est justement ce que voulait cette loi liberticide, nous explique ce matin l'éditorialiste Peter Kammerer dans le South China Morning Post : elle a été conçue d'une telle manière qu'on ne sait pas exactement ce qui constitue une violation et pourra être réprimé comme tel. On connait les peines encourues, pour l'aspect dissuasif qui pousse chacun à s'auto-censurer, mais on ne sait pas vraiment ce au'on pourrait bien nous reprocher, alors on fait du zèle sans le savoir.  

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C'est exactement ce qui est en train de se passer par exemple dans les librairies de Hong Kong d'après un reportage débusqué dans le Chronicle Herald publié au Canada : les éditeurs hong-kongais font retirer des boutiques les livres d'écrivains associés au mouvement pro-démocratie de ces dernières années. Par crainte de la nouvelle loi qui criminalise tout ce qui pourrait se rapporter à de la "sédition" voire du "terrorisme"  la plupart des éditeurs ont préféré faire eux-même ce choix déchirant de condamner tous les ouvrages qui portaient par exemple les mots "liberté" ou "révolution".  

"Tout le monde cherche à éviter les ennuis, et se résigne à souffrir en silence", dit l'un de ces éditeurs aux reporters du  Chronicle Herald... et c'est celà, cette résignation collective, que décrit Peter Kammerer dans sa chronique du South China Morning Post : la compréhension que la démocratie (pourtant garantie par la loi de sécurité nationale) ne sera jamais rien de plus à l'avenir que ce que Pékin voudra bien mettre derrière ce mot... et gare à ceux qui tenteront de ne pas être d'accord.

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Et pourtant, 600 000 Hong-kongais ont participé dimanche aux primaires du camp démocrate pour les prochaines législatives, malgré la nouvelle loi de sécurité nationale. Le site Hong Kong Free Press y a vu, comme nous, un signal fort envoyé par la population du territoire pour dire qu'elle veut encore croire à la possibilité d'élections libres et ouvertes.

Mais ce lundi la chef du gouvernement pro-Pékin Carrie Lam a été on ne peut plus claire : pour elle, "la simple volonté de l'opposition pro-démocratie de remporter la majorité au futur parlement pour y contester les choix faits par Pékin pourrait être considérée comme illégale selon la nouvelle loi sécuritaire, dans la catégorie 'subversion politique'". Ne pourraient donc participer aux élections que ceux qui ne remettent rien en cause : au cœur de la Chine continentale et communiste, c'est une évidence depuis des décennies, mais pour Hong-Kong, c'est un renoncement fondamental à toutes les libertés politiques.

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Ces libertés, regrette à nouveau  Peter Kammerer dans le South China Morning Post, elle sont perdues, et elles ne reviendront pas sous le régime actuel. Il appelle donc chacun à se concentrer sur sa vie, à se protéger soi et les siens, à prendre l'habitude de ne pas dire ce que l'on pense en public, à se méfier des réseaux sociaux comme de tous les moyens de communication. "Il faudra inventer de nouveau moyens de défendre nos droits baffoués", écrit Kammerer, mais en attendant il faut savoir faire le dos rond. Le journaliste fait d'ailleurs ici une comparaison avec la lutte contre la pandémie, qui nous oblige à renoncer à certaines libertés pour préserver notre intégrité physique et collective. Hong Kong serait donc entrée dans une sorte de confinement, d'hibernation démocratique... qui pourrait durer très, très longtemps.

Aux Etats-Unis c'est la conception même de la notion d'« état de droit » par Donald Trump qui pose question.

Drailleurs ce n'est plus tant une question qu'une affirmation, dans l'édito du San Francisco Chronicle ainsi titré : "Donald Trump fait mine d'un mépris absolu de l'Etat de droit". Le quotidien californien n'en revient pas que le président ait décidé, seul, vendredi, d'accorder sa clémence à son ancien conseiller de l'ombre Roger Stone au moment où celui-ci devait démarrer 40 mois de prison ferme.  

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Roger Stone, qui depuis l'époque du WaterGate aime à se définir lui-même comme "l'homme des mauvais coups et des basses besognes" au sein du Parti Républicain, a été condamné à l'automne dernier (comme le rappelle Paul Waldman dans le Washington Post) dans le cadre de l'enquête russe du procureur Mueller pour avoir menti face à la commission d'enquête du Congrès et avoir fait pression sur des témoins-clés afin de protéger le président. Et ça avait marché, puisqu'en faisant le sacrifice de sa personne Roger Stone avait sauvé la peau de Donald Trump qui avait échappé à l'impeachment.  

On est là très précisément, poursuit Paul Waldman, dans les schémas que l'on retrouve dans tous les films de mafieux américains, à commencer par Les Affranchis où Martin Scorcese fait énoncer par ke personnage incarné par Robert de Niro ce principe de base de tout lieutenant loyal au grand parrain : "Ne jamais balancer ses amis, toujours garder la bouche fermée". Voilà le contrat à respecter pour espérer ensuite que les réseaux et bonnes grâces du patron vous sortiront vite de prison.  

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Roger Stone, lui, n'y sera même pas entré, en prison : Donald Trump a décidé de commuer sa peine à minima, en deux années de liberté conditionnelle, et il est intéressant de noter avec le New York Times que toute son équipe juridique à la Maison Blanche et même son ministre de la Justice Bill Barr ont tenté jusqu'au bout de le dissuader, expliquant que grâcier Roger Stone, ce serait franchir une ligne que même Richard Noxon n'avait oser franchier, ce serait vraiment montrer que la présidence s'assoit sur le droit commun.  

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Mais que voulez vous, les amis restent les amis, et les lois du milieur restent les lois du milieu. Et le magazine de gauche Mother Jones de dresser la liste de tous ceux, élus corrompus, alliés politiques et icones de la droite dure, qui ont bénéficié comme Roger Stone de la clémence présidentielle depuis 2017. La liste est longue et elle dévoile tout un réseau de loyautés inconditionnelles sur lesquelles Trump compte désormais pour assurer sa réélection dans déseormais moins de quatre mois.

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