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Daniel Ortega avec sa fille et sa femme à Managua le 20/07/19

Nicaragua : Daniel Ortega ou la révolution sandiniste à front renversé

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L'ex-révolutionnaire et président du Nicaragua, Daniel Ortega, multiplie les arrestations d'opposants, en particulier dans le camp sandiniste auquel il a tourné le dos. La CPI enquêtera-t-elle sur les milliers de morts de la "guerre contre la drogue" de Rodrigo Duterte aux Philippines ?

Daniel Ortega avec sa fille et sa femme à Managua le 20/07/19
Daniel Ortega avec sa fille et sa femme à Managua le 20/07/19 Crédits : Inti Ocon - AFP

Il y a un nom qui revient beaucoup en ce moment dans la presse au Nicaragua. 

Ce nom, c'est celui des Somoza, cette dynastie politique qui imposa la dictature au pays d'Amérique centrale, pendant 45 ans jusqu'à ce que la révolution sandiniste ne la déboulonne, au sens propre comme au figuré, en 1979. A l'époque, un certain Daniel Ortega menait le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) ; c'est d'ailleurs lui qui avait pris à l'époque la tête du pays, au grand dam des Etats-Unis, et l'avait gardée pendant dix ans jusqu'en 1990. Ortega fut à nouveau élu président en 2007 et il occupe toujours ce poste pour lequel il convoite une troisième réélection aux élections de novembre.

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Or donc en 2021, si l'on convoque à nouveau dans les journaux la dynastie honnie des Somoza, c'est pour y associer ce même Daniel Ortega qui avait incarné leur chute. Le Ortega de 2021, et le Somoza de 1979, "c'est la même chose", assène dans les colonnes d'El Espectador l'éditorialiste Santiago Montenegro. 

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L'ancien révolutionnaire est aujourd'hui, regardons les choses en face, à la tête d'un régime dictatorial dont les principales richesses ont été concentrées entre les mains de sa femme et de leurs enfants, et qui est en train de "voler les élections de novembre". "D'annihiler toute opposition", comme l'écrit cette fois l'hebdo Confidencial. Car, depuis la dernière fois que je vous avais parlé du Nicaragua, il y a deux semaines avec l'arrestation de Christiana Chamorro, ce sont d'après le compte tenu par La Prensa pas moins de onze opposants au président Ortega qui ont été arrêtés et incarcérés, en vertu d'accusations particulièrement floues et d'une loi votée tout récemment pour réprimer  les soi-disant atteintes "à l'indépendance, à la souveraineté et à l'auto-détermination" du Nicaragua, au profit de puissances étrangères.

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Les derniers en date sont quatre ex-guerilleros qui eux étaient entrés depuis longtemps déjà en dissidence contre Daniel Ortega. Des anciens révolutionnaires qui avaient mené avec Ortega l'assaut du palais national des Somoza il y a 42 ans, mais qui dans le tournant des années 90, avaient fait sécession, restés fidèles à leur héritage sandiniste ils avaient fondé l'Unamos, "l'Union démocratique rénovée" qu'ils dirigeaient, dans l'opposition donc, dont ils comptent aujourd'hui encore parmi les voix les plus audibles toujours d'après La Prensa. En particulier deux figures de la révolution de 79, Dora Maria Tellez et Hugo Torres Jimenez ont été arrêtés dimanche, chez elles. Ironie du sort, les Etats-Unis qui les ont tant diabolisés à l'époque prennent aujourd'hui leur défense, dénonçant des arrestations arbitraires et appelant Daniel Ortega à faire cesser cette répression massive contre son opposition. 

Car c'est bien "toute une mécanique répressive" qu'a mis en branle le président pour se débarrasser des voix dissidentes, accuse Juan Carlos Bow dans les colonnes de Confidencial : il désigne ainsi les lois votées l'automne et l'hiver dernier pour tout à la fois réduire la liberté de la presse, les pouvoirs de la justice et donc criminaliser l'opposition politique. La fameuse loi sur la souveraineté permet de détenir des "suspects" pendant 90 jours sur la base de simples soupçons de collusion avec l'étranger : c'est elle qui est utilisée aujourd'hui à raison de quasiment un opposant jeté en prison par jour, depuis début juin. 

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Un régime qui voit partout des "traîtres à la nation" et divise la société entre "le vrai peuple" et "les agents de l'étranger", voilà le signe bien connu ailleurs d'un régime autocratique qui craint pour sa survie. El Pais America ne décrit pas autre chose en expliquant que si les dernières arrestations se sont concentrées sur les grande figures de la dissidence sandiniste, c'est bien parce qu'Ortega ne leur a jamais pardonné d'avoir osé s'opposer à lui au nom des idées révolutionnaires et démocratiques qu'ils ont un temps partagé, et auxquelles leur fidélité à eux met en évidence, en creux, sa trahison à lui.

Aux Philippines la Cour Pénal Internationale s'intéresse à la guerre contre la drogue menée par le président Rodrigo Duterte.  C'était à son arrivée au pouvoir, entre 2016 et 2019 : le président populiste et radical que l'on présentait comme une sorte de "Trump asiatique" avait juré d'en finir avec les cartels de trafiquants de drogue notamment dans la région de Davao dans le sud de l'archipel. Au final, cette opération, nous rappelle The Washington Post, s'était soldée par officiellement 6000 morts violentes de présumés narco-trafiquants... Mais les défenseurs des droits de l'homme dénoncent un bilan sans doute beaucoup plus élevé, entre 12 000 et 30 000 morts dans une lutte contre la drogue qui a souvent viré aux meurtres extra-judiciaires, aux massacres de civils perpétrés par des soi-disant milices citoyennes qui auraient en fait été recrutées voire même dirigées par des policiers. 

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Ce lundi donc, poursuit Al Jazeera, une procureure de la Cour Pénale Internationale, Fatou Bensouda, a publiquement demandé à son institution de diligenter une enquête sur toutes ces violences. Dans son acte d'accusation, elle écrit que tout porte à croire que "le crime contre l'humanité que constitue le meurtre comme attaque généralisée ou systématique contre une population civile" a été commis par les autorités philippines, sur ordres directs de Rodrigo Duterte. 

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Pour le journal en ligne Rappler qui combat les exactions de ces autorités depuis des années, la possibilité de cette enquête internationale est déjà un tournant historique dont de nombreuses ONG se félicitent également. Le président Duterte lui-même, n'a pas encore réagi à ces velléités d'enquête de la Justice internationale.

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