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Les Unes des journaux français et étrangers à l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, cette nuit. L’émotion est mondiale

Notre-Dame de Paris, destruction et permanence d'un "palimpseste" français

5 min
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L'incendie de Notre-Dame de Paris fait la Une de tous les journaux à travers le monde, et ça nous en dit long sur la place incontournable de ce momument dans l'imaginaire mondial. Pour le New York Times, la cathédrale est un palimpseste des permanences et évolutions de l'identité française.

Les Unes des journaux français et étrangers à l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, cette nuit. L’émotion est mondiale
Les Unes des journaux français et étrangers à l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, cette nuit. L’émotion est mondiale Crédits : SL - Radio France

Rarement une information n'avait autant fait l'unanimité, en Une des journaux du monde entier. 

Et une image en particulier, cette flèche de Notre-Dame qui bascule, qui s'apprête à tomber sous l'assaut des flammes. 

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C'est cet instant suspendu avant la destruction qui traverse le monde des médias ce matin. Je ne vous fais pas la liste des Unes qui consacrent le plus gros de leur pagination à ce cliché, mais en tous cas cette homogénéité nous fait réfléchir d'emblée sur la place, la résonance de la cathédrale parisienne dans l'imaginaire mondial. 

Bien sûr on sent bien que les journalistes qui en parlent le mieux, à travers le kiosque international, sont ceux qui ont eu la chance de la connaître, de vivre la rencontre avec Notre-Dame. C'est par exemple un privilège qu'a eu Steven Stromberg, du Washington Post quand il avait 11 ans. Il se souvient d'avoir pu marcher sur ce toit gris de plomb ( qui n'est plus qu'un souvenir), d'avoir admiré la légèreté ouvragée de la flèche (qui gît 96 mètres plus bas), et d'avoir eu le souffle coupé face à l'incomparable lumière rose et bleue perçant à travers les vitraux de la rose Sud (dont on ignore encore le sort).  

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En voyant les images de l'incendie hier soir, Steven Stromberg a d'abord été comme nous tous abasourdi, aimanté par le spectacle. Et puis il a compris qu'il ne pourra sans doute pas réaliser l'un de ses rêves : celui de faire partager à ses petits-enfants l'émerveillement parisien qui avait été le sien quand il avait 11 ans. Car, nous dit d'emblée Steven Stromberg, "Notre-Dame se dressera à nouveau au cœur de Paris, mais elle ne sera plus la même.

Il y a une ambiguïté intéressante entre Notre-Dame érigée en un point de repère, un symbole de permanence dans l'Histoire de France, et une réflexion sur ses mutations à travers le temps.

Et cette réflexion nourrit à peu près tout ce que j'ai pu lire sur le sujet. Ça commence avec cette description lapidaire que l'on doit à Richard Werly du quotidien suisse Le Temps : "Effroyable soirée, scène irréelle de cette forêt de poutres séculaires dévorées par le brasier". 

On croit voir 850 ans d'histoire partir en fumée sous nos yeux, et pourtant Richard Werly relativise cette illusion en citant l'incontournable en la matière Victor Hugo. "Chaque flot du temps superpose son alluvion, chaque race dépose sa couche sur le monument, chaque individu apporte sa pierre". Hugo invoque Babel, pour parler de Notre-Dame, ça nous en dit long sur l'importance patrimoniale du monument aujourd'hui meurtri, mais ça dit aussi, que Notre-Dame n'est pas un bloc pur de Moyen Âge qui serait réduit en cendres. Son histoire, sa physionomie ont sans cesse évolué avec le temps, les époques et les ravages des siècles.  

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Il serait faux d'imaginer, poursuit Michael Kimmelman dans The New York Times, que Notre-Dame n'a pas varié à travers les siècles : elle a été mutilée, scarifiée, restaurée, a gardé des cicatrices... Par exemple, "Louis XV trouvait son style gothique démodé et tapageur, alors il a fait détruire une grande partie de l'aménagement intérieur pour leredécorer en style classique". Tout ça pour dire, avec donc Michael Kimmelman, que "Notre-Dame, c'est un palimpseste de l'Histoire de France". 

Ça permet aussi de relativiser (un peu) l'ampleur des destructions de la nuit dernière, de savoir par exemple, comme nous le dit Die Zeit en Allemagne, que la fameuse flèche qui s'est écroulée n'était pas du tout d'origine : elle avait été détruite à la Révolution française et remontée seulement au XIXe siècle pendant la grande rénovation menée notamment par l'architecte Viollet-le-Duc. Lequel avait d'ailleurs prévenu, et la phrase, citée aujourd'hui par Die Zeit, est restée célèbre : "Restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire : c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné." 

Alors non, "Notre-Dame ne sera plus comme avant", mais "Notre-Dame est sauvée", et c'est cela que veulent en retenir de nombreux journaux à travers la planète ce matin. 

Et c'est un cri de soulagement, tant il est vrai que jusqu'à tard dans la soirée on a pu craindre pour la structure-même de l'édifice. 

Mais c'est bien sûr la carte du symbolique que l'on cherche surtout à replacer Notre-Dame. Dans Die Zeit, encore, on lit que cette nuit d'incendie restera assurément dans les livres d'histoire, de France mais aussi au moins d'Europe. 

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Hier soir, nous dit la correspondante à Paris de l'hebdo allemand, les Parisiens, les yeux levés et la main sur la bouche, ont contemplé impuissants la destruction d'un point de repère dans leur univers. Et de rappeler l'importance géographique de cette étoile dorée enchâssée dans le sol du Parvis : "Notre-Dame, c'est le kilomètre-zéro, littéralement là où la France commence, là d'où partent les routes qui la structurent".  

Et en ces temps où la France semble perdue, tiraillée au fil de ses routes et ronds-points, on retrouve Michael Kimmelman du New York Times pour évoquer la dimension politique de la soirée d'hier. "C'est une France dans la tourmente qui pleure un symbole de son identité profonde" : impossible, nous dit Kimmelman, de passer à côté du symbolisme de ce pays qui se déchire sur la manière de se réinventer, qui attendait pour cela une parole décisive de son Président en réponse aux "gilets jaunes" et au Grand débat, une France qui a allumé la télévision à 20 heures... et qui a finalement communié dans le spectacle de ces flammes dévorant ce qui ressemblait le plus à la matérialisation de son identité ; au palimpseste, on y revient, de sa civilisation.

Chroniques

7H40
45 min

L'Invité(e) des Matins

Notre-Dame de Paris ravagée par les flammes : quel avenir pour la cathédrale ?
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